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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 19:35

 

http://www.revolutionpermanente.fr/De-quoi-Generation-Ingouvernable-est-il-le-nom

 

De quoi Génération Ingouvernable est-il le nom ?

 

Samedi 28 Janvier et Dimanche 29 Janvier 2017 se tenait à Paris la première rencontre à l’appel de Génération Ingouvernable. Ce sont plusieurs centaines de personnes qui ont débattu sur le week-end de la meilleure manière de perturber les élections présidentielles à venir. Si les participants partageaient le sentiment commun de ne pas se sentir représentés dans ces élections, force est de constater que les réponses à apporter étaient fortes différentes. Mais surtout, difficile de savoir pour l’instant sur quoi cela va-t-il déboucher.

La première chose à constater, c’est que la participation était au rendez-vous pour cet événement diffusé par la seule force militante, collages, réseaux sociaux et bouche à oreille. Samedi 28 Janvier 2017, nous avons compté environ deux cent cinquante personnes et, selon les organisateurs, l’événement aurait attiré quatre cent personnes sur les deux jours. Et parmi ces participants, nous avons pu voir une grande diversité de profils, différentes générations et différents parcours militants. Si nous pouvions dégager un point commun entre ces divers protagonistes, c’est peut-être celui d’avoir participé à la mobilisation contre la loi travail, bien souvent au sein du cortège de tête.

La réussite quantitative tient en grande partie à la préoccupation claire de massifier en amont de l’événement, une communication soignée, accompagnée d’une forte présence sur les réseaux sociaux, le tout sur un ton très pédagogique et accessible. A l’image du mot d’ordre Génération Ingouvernable, qui exprime l’idée de ne pas se sentir représentés par cette caste politique au pouvoir. Un sentiment qui est, dans ce contexte d’accumulations des scandales et des cinq ans d’attaque de la gauche, plutôt largement partagé dans la population.

Notamment, force est de constater que ce mot d’ordre tranche avec celui qui prévalait lors des précédents rassemblements, comme celui d'A l’abordage, un mot d’ordre offensif souvent illustré par des scènes d’émeutes. Sur le logo de Génération Ingouvernable, en revanche, nous ne trouvons ni affrontements, ni volonté claire d’en découdre. Sur l’affiche imprimée pour l’occasion, nous pouvons voir une foule, ni armée, ni cagoulée, faisant face à un ensemble symbolisant l’alliance de la police, de l’armée et des classes dominantes. Une idée, notamment, semble avoir disparu du paysage, celle que 2017 n’aura pas lieu.

Ces transformations sont directement issues du bilan critique que tiraient un certain nombre de militants après l’action ratée du 29 novembre 2016 visant à perturber la tenue des élections primaires de la droite, « les lignes politiques d’À l’abordage parlent énormément aux militants convaincus, mais elles peinent à résonner au-delà de l’entre-soi anarchiste. Comme cela a été proposé sur Blocus Paris, il faudrait se réunir pour offrir quelque chose de plus parlant aux électeurs désillusionnés, quelque chose de plus concret et positif que les affirmations abstraites qui ont tourné jusqu’ici. Organisons-nous en amont des élections présidentielles pour rester vraiment ingouvernables et pour porter des critiques basées sur des propositions tangibles ».

Cette volonté de s’adresser à d’autres secteurs et de sortir d’un entre soi proprement militant s’est traduit lors de ce weekend par l’expression d’un débat d’idées parfois contradictoires, où l’on a pu constater des prises de positions relativement différentes. Cependant, la forme d’organisation du débat s’est révélée être un obstacle à leur expression la plus complète.

L’absence d’un tour de parole, ou même d’une tribune élue, a parfois empêché toutes les voix de s’exprimer, entraînant par exemple des plaintes de la part de camarades n’étant pas de genre masculin.

Malgré cela, la diversité des positions est apparue de manière évidente entre certains participants qui voulaient organiser des comités de vigilance citoyens, convoquer une assemblée constituante ou avoir des méthodes d’action plus directes, perturbation de meetings, enfarinage des candidats et dégradation de permanences d’élus. La discussion du Samedi 28 Janvier 2017 a notamment pu apparaître à certains égards très clivée, entre les différentes méthodes proposées et une question centrale, « pourquoi sommes-nous là », et une interpellation qui revenait, régulièrement, « nous ne sommes pas à Nuit Debout ici ».

Cependant, comment s’étonner de cette pluralité de points de vue au vu de la préparation de cet événement dont la seule délimitation était de se dire ingouvernable, sous-entendu de ne pas se sentir représentés par le système politique actuel ? « Représentons nous nous-même » pouvait-on lire sur une banderole placardée dans la salle, une préoccupation qui n’était pas très éloignée de celles et ceux qui organisaient et participaient aux assemblées générales de Nuit Debout durant la mobilisation contre la loi travail. Dès lors, peut-on s’étonner d’y voir et des débats et des préoccupations similaires ?

Pourtant, si cela n’était jamais clairement annoncé, cela ressemblait à s’y méprendre au congrès de fondation d’une organisation qui prendrait le nom de Génération Ingouvernable.

A l’image de la première discussion du Samedi 28 Janvier 2017, intitulée « discussion stratégique pour poser des dates communes », si on peut à priori mal voir ce qu’il y a de stratégique dans une discussion sur les dates, qui est au contraire une question très technique ou tactique, le déroulé de la discussion, soigneusement maîtrisé par la tribune, apportait certains éléments de réponse. En effet, derrière les discussions sur les dates, il s’agissait en réalité d’une discussion sur le label que devait prendre ces différentes dates pour être se rendre visibles de manière commune, une discussion qui a débouché sur une autre, plus stratégique, celle de fonder un mouvement ou une organisation.

Un intervenant a même posé les pieds dans les plats, « les classes dominantes ont le parti, il nous faut le nôtre ». Une discussion habituellement taboue dans la tradition politique autonome, refusant de s’organiser dans un mouvement, et d’autant plus quand celui-ci prend le nom de parti. D’ailleurs, la discussion a pu susciter des réactions hostiles, sur des argumentaires plutôt classiques du mouvement autonome, prendre les mêmes formes que la politique dominante, c’est perdre sa capacité à les subvertir justement.

« Voter ou ne pas voter. Telle n’est pas la question ». Ainsi était intitulée la discussion du Samedi 28 Janvier 2017. Il faut dire que pour un certain nombre de participants, se dire ingouvernable ne signifiait pas de ne pas aller voter. Au contraire, plusieurs interventions ont revendiqué le vote pour Jean Luc Mélenchon pour transformer le système politique, voire expliqué qu’il voterait pour la gauche pour faire barrage à un scénario à la Donald Trump, comme il y a pu avoir lieu aux Etats-Unis récemment.

Si ces interventions ont parfois suscité des réactions outrées, elle ne semblait cependant pas déranger outre mesure les organisateurs du débat. Pour eux, voter aux élections ne leur semblait pas contradictoire avec le fait de participer à Génération Ingouvernable. Au contraire, ceux-ci espéraient bien que même les gens ayant voté viendraient perturber le soir du premier tour avec eux. Là était l’essentiel.

Pourtant, derrière les discours, nous voyons mal comment le fait de voter et de participer à Génération Ingouvernable pourrait être compatible. Et en premier lieu quand nous regardons l’activité proposée par les organisateurs à la fin du weekend, un autodafé électoral. Comment pourrait-on bien voter après avoir brûlé sa carte électorale ?

Surtout, le soutien à Jean Luc Mélenchon et le fait de remettre en cause de manière radicale ce système ne peut pas être compatible. Doit-on rappeler à ce propos, que dans le programme du candidat du mouvement de la France Insoumise, nous trouvons par exemple la proposition d’augmenter les effectifs de police ? Cette même police qui nous a réprimé durant la mobilisation contre la loi travail et qui sera évidemment en première ligne pour empêcher quiconque voudra se rendre ingouvernable. Tout cela, les organisateurs de ce débat le savent évidemment, mais ils ont choisi de ne pas l’assumer jusqu’au bout. Et c’est là l’une des principales critiques que nous pourrions faire à propos de ce week-end de débats. N’est-ce pas au contraire la tâche des révolutionnaires au contraire d’expliquer et du convaincre du fait qu’il n’est pas possible de réformer ce système, mais aussi, par exemple, de dévoiler ce qui se cache derrière la candidature de Jean Luc Mélenchon, les complaisances avec le patronat et les relents réactionnaires ?

Si depuis la mobilisation contre la loi travail, certains secteurs du cortège de tête semblent avoir opérer un certain nombre de clarifications d’ordre tactique et stratégique, force est de constater que celle-ci se font de manière implicite. Dès lors, le mot d’ordre de Génération Ingouvernable ne peut que prêter à confusion, au malentendu et limiter le débat. Les révolutionnaires doivent-ils passer à l’action directe maintenant ou tenter de convaincre d’abord de larges franges de la population de l’actualité et de la nécessité de l’insurrection, pourquoi et comment ? Doivent-ils s’organiser dans un parti ? Quel comportement doivent-ils avoir face aux élections ? Autant de questions légitimes, vitales même pour celles et ceux qui prétendent renverser ce système.

Ces questions, pour être débattues et tranchées, doivent se faire à visage découvert et à destination du plus grand nombre. Débattre en tant que révolutionnaires, débattre de stratégie, et non pas en tant que citoyens ou autres nuitdeboutistes, constitue une voie obligatoire pour forger des militants convaincus et préparés, non seulement pour construire les soulèvements à venir mais surtout pour permettre de les convertir en une véritable révolution. Malgré ses limites, le weekend de Génération Ingouvernable apparaît comme une première tentative en ce sens. Cependant, force est de constater que l’on ne sait pas, pour l’instant, de quoi il est le nom. Un débat à continuer donc.

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Achtergael 04/04/2017 18:00

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FISCHER 03/04/2017 19:06

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