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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 19:19

 

http://www.liberation.fr/france/2017/02/14/mort-d-adama-traore-si-on-se-tait-c-est-toute-notre-societe-qui-se-salit_1548531

 

http://www.quartiersxxi.org/appel-des-artistes-contre-l-impunite-des-violences-policieres

 

Mort d'Adama Traoré

 

Si nous nous taisons, c’est toute notre société qui se salit

 

Mardi 14 Février 2017

 

A la suite de la mort d’Adama Traoré lors de son arrestation Mardi 19 Juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise, des personnalités réclament justice.

 

Appel des artistes contre l'impunité des violences policières

 

Nous, artistes, sportifs, comédiens et écrivains, considérons que la mort d’Adama Traoré n’engage pas seulement ses proches mais l’ensemble de notre pays et de notre société.

Cet été, à Beaumont-sur-Oise, un jeune français est mort entre les mains des forces de l’ordre, le jour de ses vingt quatre ans. Et, depuis six mois, ce qui aurait pu n’être qu’une énième bavure meurtrière illustre jour après jour l’impunité de certains gendarmes et policiers en France, telle qu’elle est depuis longtemps dénoncée par les organisations des quartiers populaires, les comités de soutien aux victimes et Amnesty International depuis 2009.

Mardi 19 juillet 2016, Adama Traoré tente d’échapper à un contrôle d’identité parce qu’il n’avait pas ses papiers sur lui et qu’il connaissait la violence susceptible d’en découler. Interpellé, Adama Traoré est plaqué et maintenu au sol par trois gendarmes qui pèsent de tout leur poids sur son corps. Les militaires notent qu’Adama Traoré se plaint de ne pas pouvoir respirer et ils l’embarquent dans leur fourgon où il perd connaissance. Plutôt que de le transporter à l’hôpital, ils poursuivent leur route vers la gendarmerie. Mardi 19 juillet 2016, vers 17 heures 45, Adama Traoré disparaît entre les mains des forces de l’ordre.

Selon la version officielle, les pompiers constatent le décès d’Adama Traoré, Mardi 19 Juillet 2017 à 19 heures 05. Mais rien n’est dit à la famille. Ayant entendu dire qu’Adama Traoré a fait une crise, ses proches contactent les hôpitaux pour rechercher sa trace, en vain.

Mardi 19 Juillet 2017 aux alentours de 21 heures, c’est par un appel aux pompiers qu’ils apprennent que le jeune homme est retenu à la gendarmerie. Oumou Traoré, la mère d’Adama Traoré, vient alors demander des nouvelles de son fils à la caserne, où on lui répond qu'il va très bien.

Elle attend donc sur place, avec ses proches, Mardi 19 Juillet 2016 jusqu’à 23 heures 30, quand les gendarmes annonceront la mort d’Adama Traoré, soit quatre heures et demie après le constat officiel du décès.

Les suites de cette mort suspecte nous interrogent, déclarations contradictoires des autorités, tentatives de salir la mémoire de la victime, dissimulation de son corps, escamotage des rapports médicaux, mensonges des forces de l’ordre, pressions sur la famille et intimidations des habitants. Les pouvoirs publics ont manifesté une partialité constante pour éclipser les actes qui ont conduit à la mort d’Adama Traoré. Jusqu’au procureur de la juridiction qui évoque une infection très grave, un malaise cardiaque et la présence d’alcool et de cannabis dans le sang d’Adama Traoré pour justifier son décès. Autant d’affirmations qui seront démenties par les expertises médico-légales.

Le tout afin d’occulter les circonstances réelles de la mort d’Adama Traoré à ses proches, comme aux médias et à l’opinion publique.

Cependant, après qu’il ait été démontré qu’Adama Traoré est mort asphyxié, que le procureur qui a sciemment menti à la famille et aux journalistes ait été muté et que l’instruction de l’affaire ait été dépaysée à Paris, nous assistons à un acharnement constant des autorités contre une famille dont la détermination, soutenue par la solidarité des habitants de leur quartier, a permis de mettre au jour les contrevérités officielles.

Depuis le premier jour, la maire de la ville n’a cessé d’entraver les sollicitations de la famille. Refus d’autoriser une marche blanche au lendemain de la tragédie, obstruction aux demandes d’entretien de la mère et des frères et sœurs d’Adama Traoré, absence de visite sur place et, après chaque manifestation de soutien et extinction de l’éclairage public nocturne dans le quartier, situation propice à toutes les provocations et dégradations, nous sommes loin d’une recherche d’apaisement. Enfin, après avoir partagé sur sa page Facebook un appel à la violence armée des « citoyens de souche pour venir en aide à nos pauvres policiers », la maire a menacé de porter plainte en diffamation contre Assa Traoré, la sœur de la victime, devenue porte-parole de la famille, qui avait dénoncé ce parti pris.

Du côté de l'état, malgré les mensonges avérés, le ministre de l'intérieur n’a jamais eu un mot, ne serait-ce que de compassion, à l’égard de la famille. Interpellé par un député à l'assemblée nationale, il refuse même de prononcer le nom d’Adama Traoré, tandis qu’il assure les gendarmes et la maire de Beaumont sur Oise de son appui plein et entier. Mépris, esprit de revanche et parti pris aveugle, c’est donc le message que les pouvoirs publics renvoient depuis six mois à la famille et aux habitants de Beaumont sur Oise qui ont manifesté massivement leur solidarité.

Finalement organisée, la marche blanche réclamant vérité et justice pour Adama Traoré a rassemblé plusieurs milliers de personnes. Une mobilisation sans précédent dans cette commune paisible, derrière une famille qui ne réclame ni aucun privilège ni aucune exception, mais qui exige la stricte application du droit républicain, la vérité sur la mort d’une victime quand la violence des forces de l’ordre est en cause et la mise en examen de ceux qui en sont responsables.

C’est pour cela que l’affaire Adama Traoré est l’affaire de tous, pour affirmer et défendre l’égalité des droits. C’est cette exigence élémentaire que nous, artistes, sportifs, comédiens et écrivains, partageons et relayons. Nous refusons que les habitants des quartiers populaires qui sont quotidiennement frappés par la violence économique et la violence raciste soient également abandonnés à l’insécurité, aux mensonges, à une culture de l’excuse permanente des excès des forces de l’ordre et au jeu dangereux des politiques qui tentent de monter les citoyens les uns contre les autres. Nous refusons qu’une part croissante de la population française soit abandonnée par la république et nous réclamons la plus stricte impartialité des pouvoirs publics quand les garants de l’ordre outrepassent les lois. « C’est une affaire d'état », selon Assa Traoré, et nous sommes également convaincus que c’est toute notre société qui se salit, si elle se tait et détourne le regard. Et nous avec, si nous ne réagissons pas.

Jeudi 2 Février 2017, à Paris, des rappeurs donnaient à Paris un concert de soutien pour la justice pour Adama Traoré. Ce même jour, Théo Luhaka., vingt deux ans, subissait la barbarie de l’agression policière qui révolte aujourd’hui le pays. C’est pourquoi nous appelons, par une convergence de toutes nos sensibilités et dans un élan solidaire, à soutenir l’exigence de vérité et de justice pour Adama Traoré et de justice pour Théo Luhaka, comme pour toutes les victimes des violences des forces de l’ordre. C’est notre cause commune à toutes et tous, ensemble contre les violences policières et leur impunité.

 

Premiers signataires

 

Eric Cantona, Vincent Delerm, Nadir Dendoune, Rokhaya Diallo, Mathieu Kassovitz, Yannick Noah, Eros Sana, Omar Sy, Serge Teyssot Gay, Roland Timsit, Zebda, Didier Fassin, Eric Fassin, Ugo Palheta, Pierre Tévanian

 

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