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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 19:11

 

http://www.melenchon.fr/2017/02/09/le-telephone-rose-na-pas-sonne

 

Le téléphone rose n’a pas sonné

 

Par Jean Luc Mélenchon

 

Jeudi 9 février 2017

 

Je ne lui en veux pas. Benoît Hamon n’a pas eu le temps de me téléphoner depuis sa victoire contre Manuel Valls. Pourtant il disait dans sa campagne qu’il me contacterait dès le lendemain du vote interne au Parti Socialiste. De toute façon, je suis à la campagne cette semaine. Je ne lui en veux pas car j’aurai mal pris d’être calé entre un rendez-vous chez Bernard Cazeneuve, un autre chez François Hollande ou bien juste derrière sa rencontre avec le groupe des parlementaires du Parti Socialiste, à qui il fut dit que la démarche vers moi est essentiellement destinée à me marginaliser. Je préfère cette pause dans les postures car l’image serait très brouillée et négative pour moi si je figurais dans une telle série. En effet, un nombre considérable de gens ne supportent plus l’idée de voter pour le Parti Socialiste, quel que soit l’emballage. Un nombre remarquable de gens n’ont aucune envie de se faire faire une deuxième fois le coup du Bourget ou de la renégociation du traité européen. Ces personnes savent avec quel aplomb un candidat du Parti Socialiste peut mentir sur les sujets essentiels et tromper tout le monde sans vergogne. Nous avons payé pour voir.

Je crois que bien des politiciens ne comprennent rien à cet état d’esprit protestataire. Ils pensent qu’un peu de pipeau unitaire couvrira bien vite les protestations. La tentation est forte pour ceux-là de jouer le numéro classique de celui qui refuse l’unité sera électoralement puni. C’était le grand must des années de l’union de la gauche. Mais celle-ci avait été construite en vingt ans au moins. Et elle s’appuyait sur une classe ouvrière et une nouvelle classe moyenne nombreuse, socialement structurée politiquement liée à une superstructure dense de syndicats, d’associations et de partis influents et organisés. Ce monde a disparu.

La conscience du ridicule d’un programme commun imaginé, écrit, et signé soixante dix jours avant le premier tour des élections présidentielles n’a pas l’air d’effleurer ceux qui s’y abandonnent. Et comment gérer un programme commun quand le Parti Socialiste n’a toujours pas le sien, en propre et que Benoît Hamon l’annonce pour le mois de mars 2017 ? Au passage, je me demande où sont passées toutes les bonnes âmes qui glapissaient le programme d’abord, le casting après, il y a de cela quelques mois.

Les incantations unitaires ne prennent pas en compte qu’en mettant le doigt dans la tambouille des cartels de partis nous détruirions le rassemblement que nous avons construit. Cela n’a rien à voir avec la compétition des personnes candidates. Ce qui est en jeu c’est l’appréciation qu’on se fait du moment politique et de l’état des consciences. Il est vrai qu’il existe une gauche traditionnelle à qui les raisonnements des années 1970 et des années 1980 parlent toujours quand bien même aucune des bases sociales et psychologiques de l’époque n’existent plus. Je ne méprise pas ce fait. Je tâche de lui répondre sur des bases rationnelles de conviction. Mais ce secteur méconnaît gravement la crise morale qui a déchiré les profondeurs de la société et notamment les milieux populaires du fait de la politique menée par la gauche au gouvernement.

Lorsque je demande des garanties de bonne foi à Benoît Hamon, je ne pose pas des problèmes de personnes comme l’affirme si frivolement Cécile Duflot. Je rends compte d’une exigence populaire que n’importe qui peut entendre autour de lui sitôt qu’il sort du premier cercle des belles personnes. Et je crois que je fais bien. Car la lecture détaillée de ce qu’on me dit est souvent très perturbante. Ainsi quand je pose la question du refus des candidatures du Parti Socialiste aux élections législatives pour les responsables du désastre quinquennal. La réponse de Cécile Duflot interrogée à mon sujet est typique, « il se trompe en posant la question des personnes. Il ne faut fermer la porte à personne. Si Myriam el Khomri accepte le fait qu’il faut abroger une large partie de sa loi et qu’elle est d’accord sur la politique que nous voulons mener ». Vous avez bien lu. Ce serait une question de personne et pas une question politique. Et l’abrogation de la loi travail ne concernerait qu’une partie de celle-ci, certes large. Cette impression de faire l’objet d’un piège dans lequel mon accord servirait de caution à une amnistie générale des anciens ministres ne se dissipe pas facilement. Surtout quand je lis qu’il s’agit de me siphonner, de creuser le trou avec moi et ainsi de suite.

Certes, de mon côté je ne veux pas passer l’occasion que présente l’investiture de Benoît Hamon. Il peut être l’homme qui fera le ménage au Parti Socialiste. Celui qui changerait du tout au tout le cap de ce parti. Il faut en faire le pari. Il est très important pour nous que la droite du Parti Socialiste soit progressivement soumise ou expulsée par un courant de gauche de ce parti, si approximatif soit-il. Il faut donc l’y aider, sans illusion, certes, mais franchement. Il y a une volonté populaire de ce côté. En effet l’étude des votes montre que la moitié des participants au vote de cette élection primaire du Parti Socialiste n’était pas membre ni sympathisante des partis au gouvernement. Et parmi eux un bon nombre venait de nos rangs en dépit de tout ce que j’ai pu dire avec d’autres pour demander aux nôtres de ne pas participer à cette consultation. Il est donc évident que la demande numéro un des participants est de dégager Manuel Valls, non pour des raisons de personne, encore une fois, mais par opposition à la politique gouvernementale qu’il incarne. C’est cette politique qu’il faut extirper du Parti Socialiste pour que ce parti puisse encore servir à quelque chose dans le futur.

Le jour venu, je verrai Benoît Hamon. Je l’ai dit depuis le début. Je suis prêt à boire le café et à écouter comment il répond à nos exigences de clarté. En effet, il ne peut prétendre à la fois nous tendre la main et recycler dans sa campagne tout le Parti Socialiste dont nous avons combattu la politique ces dernières années. Je l’ai dit plusieurs fois ces derniers jours. Je le redis bien volontiers et très tranquillement, discuter oui, mais participer à des combines non. En effet, Benoît Hamon parle de former une majorité gouvernementale. Mais on ne peut pas former une majorité gouvernementale cohérente et stable sans avoir tranché avant les grandes questions. Je ne prends qu’un exemple. Comment prétendre demain abroger la loi travail en reconduisant la masse des députés qui l’ont soutenue hier ? En tant que frondeur, Benoît Hamon est bien placé pour savoir que quand c’est flou, il y a un loup, et que cela finit par créer toute sorte de difficultés. L’une, et non la moindre, est qu’il s’agit de gouverner un grand pays sur un programme audacieux. Comment pouvoir le faire si nous embarquons comme députés autant de gens qui sont absolument hostiles à cette politique ?

Pourtant, les premiers signes donnés allaient tous dans le sens d’une nouvelle tentative de synthèse à la sauce hollandaise bien connue. Sa première semaine de candidat du Parti Socialiste l’a ainsi conduit à aller rencontrer, à sa demande, le premier ministre Bernard Cazeneuve puis François Hollande. Sur la deuxième chaîne de la télévision française, Lundi 30 Janvier 2017, il a ainsi déclaré n’avoir jamais considéré que le bilan du quinquennat était indéfendable et ce contrairement à ce que disait, par exemple, Arnaud Montebourg dans l'élection primaire. Il ne cesse de répéter qu’il faut se tourner vers l’avenir. Comment est-ce possible avec ceux qui défendent le passé ?

En réponse à ma question concernant la cohérence de sa candidature avec celles que le Parti Socialiste propose aux élections législatives du mois de juin 2017, Benoît Hamon a aussi été très clair. C’était dans une vidéo en direct sur sa page Facebook le Jeudi 2 Février 2017. Un internaute lui a demandé s’il soutenait la candidature de Myriam el Khomri pour être députée du dix huitième arrondissement de Paris au mois de juin 2017. La réponse de Benoît Hamon est claire, « on peut avoir combattu la loi travail sans considérer que le rassemblement ne se fait qu’à la condition d’offrir la tête politique de qui que ce soit ».

A-t-on bien compris que Myriam el Khomri a le soutien de Benoît Hamon pour les élections législatives ? Évidemment, cet argument d’offrir les têtes vise à nous faire passer pour des guillotineurs. Ce ne sont évidemment pas des têtes qu’il faut trancher mais les contradictions et les grandes questions politiques du moment. J’ai déjà dit que je ne demandais pas de têtes sur des piques mais juste qu’on ne se paie pas la tête des gens qui ont déjà été beaucoup trompés.

Myriam el Khomri n’est évidemment pas la seule concernée. C’est une logique politique qui est en cause. On ne peut prétendre former une majorité cohérente pour abroger la loi travail tout en proposant d’élire Myriam el Khomri comme députée. On ne peut prétendre écrire une nouvelle page en reconduisant Manuel Valls dans sa circonscription d’Évry. On ne peut faire battre le cœur de la gauche en proposant aux électeurs de réélire Stéphane Le Foll dans la Sarthe ou Michel Sapin dans l’Indre. Et comment croire aux promesses de réorientation de l’Union Européenne par ceux-là même qui ont approuvé la non-renégociation du traité budgétaire de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel en 2012 ?

Le journal le Monde a compté, pas moins de seize ministres actuels sont présentés par le Parti Socialiste pour les élections législatives du mois de juin 2017, sans compter les trois que je viens de citer à l’instant. Ce sera donc une vingtaine au total. Sont par exemple déjà investis outre Myriam el Khomri, le très vallsiste Jean-Marie Le Guen, le ministre des budgets d’austérité Christian Eckert, la ministre du burn-out des hôpitaux Marisol Touraine, les ministres de la reconduction de l’état d’urgence et des violences policières non sanctionnées Jean-Jacques Urvoas et Bruno Le Roux.

La question est encore plus profonde que cela. Le Parti Socialiste a investi déjà quatre cent candidats aux élections législatives sur les cinq cent soixante dix sept circonscriptions du pays. Un citoyen a fait un décompte très précis des engagements des uns et des autres. Le résultat est sans appel. Parmi les quatre cent candidats du Parti Socialiste, les deux-tiers ont été des soutiens actifs et enthousiastes de toutes les mesures des gouvernements de Jean Marc Ayrault et de Manuel Valls, traité budgétaire européen en 2012, pacte de responsabilité et crédit d’impôt compétitivité, loi d'Emmanuel Macron et loi travail. Cela représente deux cent cinquante cinq candidats. À l’inverse seuls quatorze pour cent des candidats, soit une cinquantaine, ont émis des critiques régulières. Les autres ont savamment évité de prendre des positions trop claires. C’est encore plus édifiant si l’on regarde uniquement les députés sortants réinvestis. Là, ce sont quatre vingt six pour cent des députés sortants réinvestis qui ont approuvé la ligne de François Hollande depuis 2012. Soit cent quarante trois députés que Benoît Hamon et le Parti Socialiste proposent donc de reconduire.

Comment former une majorité gouvernementale avec un tel attelage ? Est-ce avec toutes ces personnes élues ou réélues demain députés que Benoît Hamon entend appliquer son programme ? Compte-t-il réellement faire autre chose que la politique menée depuis cinq ans en s’appuyant sur ceux qui ont décidé et mis en œuvre cette politique ? Ce n’est pas crédible. Faudra-t-il espérer qu’à notre tour nous devions agir demain en monarques et recourir à son tour au quarante neuvième article de la constitution pour imposer à notre future majorité cohérente les mesures emblématiques de son projet comme l’abrogation de la loi travail ? Ce serait un comble. Faut-il alors se préparer à l’abandon programmé du projet de Benoît Hamon ?

La paralysie est déjà là. Jeudi 2 Février 2017, à l'assemblée nationale, le Parti Socialiste s’est auto-bloqué sur un sujet aussi important que l’accord de libre-échange avec le Canada. Les députés issus du Front De Gauche (FDG) avaient déposé une résolution exigeant un référendum en France sur ce traité. Ce traité doit être soumis au vote du parlement européen, Mercredi 15 Février 2017, puis à la ratification dans chacun des états membres. La question est donc d’une brûlante actualité. Et qu’ont fait les députés du Parti Socialiste ? Ils se sont abstenus parce qu’ils n’étaient pas d’accord entre eux. Faut-il voir là un avant-goût de ce que serait un quinquennat à la sauce de synthèse qui nous est proposé ?

Je vais plus loin. Benoît Hamon propose d’abroger la loi travail. Puisqu’il est convaincu de pouvoir le faire demain tout en reconduisant les députés qui ont soutenu cette loi en 2016, je pose une question, pourquoi attendre ? Puisque le candidat du Parti Socialiste veut abroger cette loi et que le Parti Socialiste gouverne encore, pourquoi Benoît Hamon n’exige-t-il pas de son parti qu’il abroge la loi travail avant la fin du mandat ? C’est encore possible. Cela montrerait sa capacité à rompre vraiment au-delà des paroles. Cela montrerait sa capacité à convaincre les députés du Parti Socialiste de se déjuger de leurs votes d’hier. La confiance et l’union ne décrètent pas depuis des tribunes. Elle se construit ou elle se rompt au moment de passer aux actes.

Benoît Hamon, choisissez. C’est maintenant qu’il vous faut donner son sens à votre victoire aux élections primaires. Sinon vous verrez bien vite comment vous allez être auto-bloqué par le jeu des courants et sous courant. Je ne suis pas le seul à penser de cette façon. Cécile Duflot, votre alliée acquise le dit aussi à sa façon, « la question de fond posée par Jean Luc Mélenchon est celle de la cohérence. Et là-dessus il a raison ».

 

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