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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 18:21

 

LUTTE OUVRIERE LE NPA ET L ISLAMOPHOBIE

 

Il y avait encore récemment une discussion politique entre Lutte Ouvrière et le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) relative à la question de l’islamophobie.

Cette discussion est répétitive. D’un certain point de vue, c’est toujours la même discussion au moins depuis 1989, depuis vingt huit ans, depuis l’apparition de la première affaire du voile à Creil.

Une forte minorité sinon une majorité des militants et des organisations de la gauche et de l’extrême gauche française exprime et défend une position de négation de l’islamophobie et c’est précisément une forme d’expression majeure de la crise de la gauche et de l’extrême gauche française.

Vous trouverez simplement ci-dessous la conclusion d’un très long message de quatre militants du NPA, Julien Salingue, Christine Poupin, Ugo Palheta et Selma Oumari.

Les lecteurs de mon blog personnel le comprendront facilement, si j’étais militant du NPA, je serais signataire de ce message.

Le message des quatre militants du NPA est disponible si vous consultez le site internet national du NPA à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

 

https://npa2009.org/idees/antiracisme/combat-contre-lislamophobie-quand-lutte-ouvriere-inverse-la-hierarchie-des-normes

 

LUTTE OUVRIERE LE NPA ET L ISLAMOPHOBIE

 

Nous pourrions nous contenter, pour clore cette réponse, de noter que l’article de Lutte Ouvrière a recueilli l’accueil enthousiaste de Caroline Fourest et de Gilles Clavreul, soutiens de Manuel Valls et défenseurs d’une vision intégriste de la laïcité, clairement tournée contre les musulmans, mais aussi de Natacha Polony, une figure de la pensée néo-conservatrice. Évidemment, nous avons les amis et les ennemis que nous méritons. Mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans au moins trois divergences importantes entre nos deux organisations.

La première divergence concerne l’islamophobie elle-même. Contrairement à ce qu’écrit Lutte Ouvrière au début de son article, l’islamophobie va bien au-delà d’une simple illusion, diversion ou écran de fumée. D’ailleurs, comme le rappelle Pierre Tevanian, « pour tous ceux qui ne sont pas enfumés et qui ne se la prennent pas dans la gueule cette fumée, cela a pour seul effet de les empêcher de voir une partie de la réalité. Mais pour ceux qui se la prennent en pleine face cette fumée, elle est dangereuse et toxique, pour les filles voilées, pour leurs familles et pour les musulmans en général. Cette loi n’a pas seulement pour effet de réduire leur champ de vision, mais de réduire leur champ de vie, de les virer de l’école, de les déscolariser, de les désocialiser, de les humilier et de les brutaliser à un âge où on est fragile. S’il y a écran de fumée, n’oublions pas aussi qu’il étouffe et qu'il empoisonne une partie de la population ».

Avant de faire diversion ou de diviser, l’islamophobie constitue donc une oppression et c’est d’abord en tant qu’oppression qu’elle doit être combattue, parce qu’elle a des conséquences immédiates, matérielles, idéologiques et psychologiques, pour la vie de millions de personnes, en France et ailleurs, dont la grande majorité appartiennent aux classes populaires. C’est d’ailleurs parce qu’elle n’est pas un simple écran de fumée, mais une oppression suscitant et reproduisant des divisions réelles au sein des classes populaires, qu’elle peut jouer actuellement un rôle si central dans les stratégies de la classe dirigeante française. Depuis une quinzaine d’années, c’est ainsi sur le dos des musulmans, mais aussi des immigrés, donc sur le terrain identitaire et raciste, que les gouvernements successifs ont cherché à obtenir le consentement d’une partie au moins des travailleurs/ses à l’ordre capitaliste, là où, sur le terrain social, les travailleurs restent massivement opposées à la purge néolibérale et aux politiques d’austérité.

Une deuxième divergence concerne le rapport aux premiers concernés par cette oppression. L’offensive de l’été dernier autour du burkini a constitué de ce point de vue une leçon de choses. Ce sont toujours aux femmes qu’on impose des injonctions vestimentaires, dans un sens ou dans un autre. Or ces injonctions participent de l’oppression des femmes et du contrôle que certains tentent de s’arroger sur leurs corps. C’est pourquoi, au mois d'août 2016, en manifestant sur la plage de Port-Leucate contre la décision municipale d’interdire sur les plages le port du burkini, décision qui a d’ailleurs été retoquée par le conseil d'état, nous chantions « trop couvertes ou pas assez, c'est aux femmes de décider ». Pour le dire autrement, à l'instar de la quasi-totalité des mouvements féministes dans les pays majoritairement musulmans, mouvements parfois de masse que Lutte Ouvrière choisit de superbement ignorer, nous sommes tout aussi opposés à ceux qui veulent imposer à une femme de porter tel ou tel vêtement qu’à ceux qui veulent lui imposer de le retirer.

Plus largement, nous considérons que l’auto-organisation n’est pas un slogan pour les jours de fête. Les militants anticapitalistes et révolutionnaires n’ont pas à sermonner de manière paternaliste les opprimés sur la meilleure manière de mener leurs luttes. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas attendu Lutte Ouvrière pour défendre leurs intérêts et ils auraient pu attendre longtemps, tant, comme nous l'avons vu, Lutte Ouvrière se montre davantage soucieuse de dénoncer la lutte contre l’islamophobie que d’y contribuer. Ce que nous pouvons, en tant que militants et en tant qu’organisation, c’est de nous faire les meilleurs alliés des luttes que mènent les opprimés, en popularisant leurs mots d’ordre, revendications et propositions, quand ils nous paraissent aller dans le sens d’une politique d’émancipation et des intérêts fondamentaux de notre camp social.

C’est seulement en participant à des fronts communs et en menant des batailles communes que nous pourrons convaincre que, pour en finir réellement avec les oppressions, il faudra bâtir une unité de classe et abattre le pouvoir capitaliste par des moyens révolutionnaires. Or, dans ce combat pour l’émancipation du genre humain, ce qui compte ce n’est pas l’opinion des exploités et des opprimés sur dieu, le salut ou l’origine du monde. Comme l’affirmait Vladimir Lénine, « l'unité de cette lutte réellement révolutionnaire de la classe opprimée combattant pour se créer un paradis sur la terre nous importe plus que l'unité d'opinion des prolétaires sur le paradis du ciel ».

Une troisième divergence tient, enfin, dans la conception de la politique pour une organisation révolutionnaire. Comme l’illustre sa campagne pour le premier tour des élections présidentielles, Lutte Ouvrière se caractérise plus que jamais par une vision très étroite de la lutte politique, réduite en bonne partie aux conflits sur les lieux de travail, à la défense d’un programme d’urgence composés de revendications indispensables mais strictement économiques, augmentation des salaires et interdiction des licenciements, et à une propagande abstraite pour le communisme, dont Lutte Ouvrière ne dit à vrai dire pas grand-chose si nous y prêtons attention. Comme nous l’avons écrit plus haut, ce réductionnisme économique est à mille lieues de la pratique politique qui fut celle de Karl Marx, de Vladimir Lénine, de Léon Trotsky et de Rosa Luxemburg. Si une organisation à prétention révolutionnaire se complaît dans une posture de gardienne du dogme et dans une routine essentiellement destinée à s’auto-reproduire, se montrant dès lors incapable de contribuer activement aux batailles politiques menées actuellement contre l’islamophobie, l’état d’urgence ou les guerres impérialistes, quelle peut être son utilité pour modifier réellement le rapport de forces en faveur des exploités et des opprimés ?

 

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