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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 19:35

 

Emmanuel Macron accepte l'offre d'alliance de François Bayrou (Reuters)

 

Emmanuel Macron a accepté Mercredi 22 Février 2017 l'offre d'alliance du président du Mouvement Démocrate (MODEM), François Bayrou, ce qui rebat les cartes de la campagne pour le premier tour des élections présidentielles françaises en renforçant le potentiel électoral de l’ancien ministre de l’économie.

Le dirigeant centriste, qui a été trois fois candidat à l'Elysée sans franchir le premier tour et n'a eu de cesse depuis 1995 de peser sur les élections présidentielles successives, a mis fin à des mois de suspense entretenu jusqu'au dernier moment.

Lors d'une conférence de presse au siège du MODEM, il a invoqué la menace de l'extrême droite, dont la candidate, Marine Le Pen, est en tête dans les sondages.

Mais il a aussi mis en exergue les soupçons de privilèges indus pesant sur le candidat de la droite, François Fillon, et le désarroi d'un Parti Socialiste représenté par « un opposant déterminé » au gouvernement de gauche sortant.

« Nous sommes dans une situation d'extrême risque et, à cette situation exceptionnelle, je pense qu'il faut une réponse exceptionnelle », a-t-il déclaré.

« J'ai décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d'alliance », a-t-il ajouté, renonçant à se présenter lui-même. « Le danger est trop grand, il faut changer les choses et le faire d'urgence. Unissons nos forces pour y parvenir ».

Il a assorti cette offre d’exigences pour assurer une « véritable alternance et un vrai changement des pratiques », dont une loi de moralisation de la vie publique et d'un appel implicite à un mode de scrutin proportionnel.

Il a également souhaité « qu'il soit clair que la France résistera à la pente universelle qui cherche à réduire sans cesse la rémunération du travail, indépendant ou salarié ».

Peu après, Emmanuel Macron saluait dans une déclaration à Reuters un « geste courageux et un tournant de la campagne pour les élections présidentielles », voire de la vie politique en France.

« L'alliance proposée s'inscrit pleinement dans la démarche de renouvellement et de rassemblement qui depuis le début est la nôtre », a-t-il dit. « C'est pourquoi je l'accepte ».

Il a dit faire siennes les exigences de François Bayrou pour sceller cette alliance et précisé qu'il le rencontrerait Jeudi 23 Février 2017.

Cette double annonce avait été préparée par une rencontre des deux hommes la semaine dernière chez le président du MODEM, a précisé le maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb.

« Ils avaient décidé, je crois dès ce moment-là, de faire alliance ensemble », a déclaré à des journalistes ce soutien de la première heure du candidat du mouvement En Marche.

Héritier d'une composante de la nébuleuse centriste qui a refusé d'être absorbée en 2002 par l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP), ancêtre du parti des Républicains, François Bayrou avait soutenu Alain Juppé lors des élections primaires de la droite, remportées par François Fillon.

Il n'a eu depuis de cesse de dénoncer la brutalité du projet de l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy et il a rejoint le choeur des demandes de retrait de François Fillon, fragilisé par des soupçons d'emplois fictifs au profit de sa famille.

François Bayrou n'a pas pour autant été tendre, au début, pour Emmanuel Macron, dont il partage certes les convictions européennes et la volonté de casser le clivage entre la droite et la gauche, mais aussi une bonne part de l'électorat centriste.

« Cela ne marchera pas, parce que les français vont voir ce que cette démarche signifie, ce qu'il y a derrière tout cela, derrière cet hologramme », disait-il ainsi au mois de septembre 2016, accusant Emmanuel Macron d'être le candidat des « grands intérêts financiers ».

Il a ensuite réservé ce type d'attaque à François Fillon, accusé d'être sous l'influence « des puissances d'argent ».

Mercredi 22 Février 2017, François Bayrou n'a pas tari d'éloges à l'égard de l’ancien banquier de trente neuf ans, « il est brillant et ses intuitions et son approche lui ont permis de réaliser une importante percée dans les sondages. Peut-être enfin le projet de dépassement des clivages que j'ai porté depuis quinze ans est-il à portée de main ».

Emmanuel Macron avait enregistré un peu plus tôt le ralliement du député écologiste François de Rugy, ancien candidat aux élections primaires de la gauche.

François Bayrou n'était crédité ces derniers jours que de cinq pour cent à six pour cent des intentions de vote. Mais sa décision est de nature à faire basculer une grande partie de son électorat potentiel et des indécis dans le camp de l’ancien ministre de l’économie, voire de convaincre des centristes ralliés à François Fillon de changer de camp, précipitant la recomposition du paysage politique français.

C’est une mauvaise nouvelle à la fois pour François Fillon, avec qui Emmanuel Macron est au coude-à-coude dans les sondages, et pour le candidat officiel du Parti Socialiste, Benoît Hamon, d'où des réactions très critiques dans ces deux camps.

Les marchés, inquiets ces derniers temps de la course en tête de Marine Le Pen, ont en revanche réagi positivement, l’euro a progressé face au dollar, de même que l'indice de la Bourse de Paris, et le rendement de la dette à dix ans de l’état français a reculé.

 

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