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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 18:37

 

REDACTEURS EN CHEF DE GARDE

 

Le site www.kedistan.net publiait récemment un très long message relatif à la répression du gouvernement turc contre le quotidien turc Ozgur Gundem. 

 

Vous trouverez ci-dessous la première partie de ce message.

 

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site www.kedistan.net à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://www.kedistan.net/2017/03/16/campagne-pour-ozgur-gundem

 

REDACTEURS EN CHEF DE GARDE

 

Mais qu’était donc cette campagne pour Özgür Gündem ?

 

Par Anne Rochelle

 

Jeudi 16 Mars 2017

 

C’était il y a un peu moins d’un an, le 18 mai 2016, très précisément.

Ce jour-là, en Turquie, les autorités ouvraient une enquête judiciaire contre six journalistes et syndicalistes. On leur reprochait d'avoir participé à une campagne de solidarité, pas n’importe laquelle. La campagne en question avait pour but de soutenir le quotidien Özgür Gündem attaqué des dizaines et des dizaines de fois par la justice, en associant symboliquement à la direction du journal des chroniqueurs, des écrivains ou des personnalités engagées. Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette campagne, baptisée « rédacteurs en chef de garde », a fait parler d’elle et même au-delà des frontières de la Turquie. Il en était question avant hier, lors du procès de la célèbre romancière Asli Erdogan.

Ces noms, Özgür Gündem, « rédacteurs en chef de garde », nous allons les lire encore et encore dans les compte rendus d’audience au moins jusqu’à cet été. Alors il faut peut-être expliquer un peu. Donner quelques éléments de compréhension sur le contexte dans lequel cette campagne de solidarité a émergé, sur ses objectifs premiers.

Cette campagne a vu le jour le 3 mai 2016 avec l’idée d’ouvrir les colonnes du journal à des chroniqueurs extérieurs et même de confier chaque jour les rênes du quotidien à un binôme de « rédacteurs en chef de garde ». Le choix du 3 mai 2016 ne doit rien au hasard. Car depuis 1993, et à l’initiative de l'Organisation des Nations Unies (ONU), cette date correspond à la journée mondiale de la liberté de la presse.

Ce 3 mai 2016 à Istanbul, au cœur du vieux Péra, Uğur Güç prend la parole et s’adresse à tous ceux qui défilent, pancartes à la main, pour défendre la presse. Président de l'union des journalistes de Turquie, il ne mâche pas ses mots. « Aujourd’hui, il n’y a pas de liberté de la presse, nous ne pouvons donc pas célébrer cette journée. Au mieux, c’est une journée où le journalisme résiste et où il ne cède pas devant l’oppression ». Hakkı Boltan, coprésident de l'association des journalistes libres, enchérit. « Il n’y a pas de liberté de la presse en Turquie. Depuis les années 1990 nous nous sommes battus contre l’oppression et nous avons fait beaucoup de progrès. Si nous pouvions réunir nos expériences et faire preuve de solidarité, alors nous aurions une chance de faire progresser la liberté de la presse ».

A l’époque, le nombre de journalistes arrêtés ne dépasse pas la trentaine, bien davantage qu’aux tout débuts de l’ascension du parti de la justice et du développement (AKP) et de Recep Tayyip Erdoğan, mais beaucoup moins que maintenant. A l’époque, aussi, ce sont souvent des journalistes kurdes qui sont ciblés, suite à la reprise des combats dans le sud est de la Turquie l’année précédente. Dix huit d’entre eux sont alors derrière les barreaux. Mais en prenant la défense des kurdes et en informant sur leur sort, le journal Özgür Gündem est également dans le collimateur. Et depuis longtemps, non seulement il a été perquisitionné à maintes reprises, mais il a déjà été fermé et il doit faire face à quelque quatre vingt actions en justice avec, dans les peines requises contre les uns et les autres, de la prison qui se compte en années et des amendes se chiffrant à plus de cent mille euros. Autant de raisons qui poussent le journal à lancer une campagne de solidarité.

Les deux coprésidents de l'association des journalistes libres, Hakkı Bolta et Nevin Erdemi, seront les premiers à endosser la casquette de « rédacteurs en chef de garde ». Mais d’autres vont rapidement leur emboîter le pas, la journaliste et membre du parti républicain du peuple (CHP) Melda Onur, le journaliste d’opposition Ertuğrul Mavioğlu, l’avocat, écrivain et militant des droits de l’homme Eşber Yağmurdereli, le journaliste et représentant de Reporters SansFrontières (RSF) Erol Önderoğlu, la journaliste, écrivaine et féministe Ayşe Düzkan, le journaliste engagé et pro-kurde Fehim Işık, le poète, écrivain, journaliste et scénariste Yildirim Türker, l’économiste, journaliste et auteur Mustafa Sönmez, le journaliste et syndicaliste Faruk Eren, le journaliste et écrivain Ahmet Abakay, le journaliste d’opposition Celal Başlangıç, le président de l'union des journalistes de Turquie Uğur Güç, la journaliste, auteure militante et fondatrice de l'institut des sciences politiques et sociale à Diyarbakır, Nurcan Baysal, et le journaliste et auteur Ragıp Duran.

Quinze jours après le début de la campagne, Günay Aksoy, l’un des journalistes du quotidien, se montre plutôt enthousiaste. Le mouvement ne vise pas selon lui qu’à soutenir Özgür Gündem, mais plus largement à défendre la presse et la liberté d’expression. Et déclarant que la campagne va se poursuivre durant un mois minimum, il appelle tous ceux qui le souhaitent à s’exprimer librement, dans le « coin des lecteurs ». Sauf que Recep Tayyip Erdoğan et ses sbires ne vont pas laisser faire.

Ce 18 mai 2016, une première enquête judiciaire est en effet ouverte contre plusieurs contributeurs. Et le 23 mai 2016, les autorités demandent à dix d’entre eux de venir s’expliquer devant le tribunal, en les accusant de « propagande pour une organisation terroriste ». A ce moment-là, une vingtaine de personnes se sont déjà impliquées dans la campagne et toutes ne sont pas encore inquiétées. Mais les choses vont se corser le 20 juin 2016. Car les contributeurs ne sont plus seulement appelés à témoigner. Ils sont arrêtés. C’est le cas de l’éminente Şebnem Korur Fincancı, présidente de la fondation de Turquie pour les droits humains (TIHV) et directrice de l'institut de médecine légale de la faculté de Cerrahpaşa, mais aussi de l’écrivain et journaliste Ahmet Nesin, et enfin du journaliste Erol Önderoğlu, le représentant en Turquie de RSF. Tous trois sont arrêtés lors d’une audience, au motif de « propagande pour une organisation terroriste ».

La première a participé à la campagne d’Özgür Gündem dans le numéro du 29 mai 2016, le second dans le numéro du 7 juin 2016. Et tous deux interprètent la décision comme une tentative d’intimidation et une volonté de rompre la chaîne de solidarité. Au total, quarante quatre personnes ont alors joué le jeu. Mais la chaîne ne va pas se rompre.

« Les arrestations d’hier sont à prendre comme un message, si vous êtes du côté de la vérité, vous êtes arrêtés. Nous avons bien reçu le message. Nous ferons tout ce que nous pourrons. S’ils nous disent de ne pas regarder une chaîne, nous la regarderons. C’est ainsi que nous protégerons nos droits Nous allons poursuivre le combat », déclare le journaliste Can Dündar.

Un combat, c’est bien le mot. Car au fil des jours, les arrestations vont se multiplier. Le 27 juin 2016, six autres contributeurs sont entendus, les journalistes Nadire Mater, Tuğrul Eryılmaz et Faruk Balıkçı, l’écrivain et scénariste Yıldırım Türker et le photographe Veysi Altay. Eux aussi font face à l’accusation de « propagande pour une organisation terroriste ». Alors bien qu’ayant déjà plus de cent actions en justice contre sa propre personne, le directeur de la rédaction d’Özgür Gündem réagit.

« L’objectif de cette campagne, c’était de rendre visible les violations du droit et de la liberté de la presse en Turquie et d’attirer l’attention sur la guerre menée depuis une an. Il y a une guerre dans ce pays qui dure depuis un an et ce n’est pas la guerre du peuple mais celle du palais présidentiel », tonne İnan Kizilkaya.

Il n’est pas seul à donner de la voix. Dès le 21 juin 2016, l’avocat des trois premiers inculpés, mais aussi des juristes, des représentants d’organisations de défense des droits de l’homme, d’associations de journalistes ou de syndicats protestent haut et fort. Et de fait, très vite, Erol Önderoğlu et Şebnem Korur Fincancı, le 30 juin 2016, puis Ahmet Nesin, le premier juillet 2016, sont remis en liberté. Mais la trêve va être de courte durée. Car suite à la tentative de coup d'état, tout va se précipiter.

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