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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 20:36

 

http://www.liberation.fr/planete/2017/03/05/a-manbij-point-de-friction-des-factions-du-conflit-syrien_1553393

 

A Manbij, point de friction des factions du conflit syrien

 

Par Luc Mathieu, envoyé spécial de Libération à Gaziantep

 

Dimanche 5 Mars 2017

 

Après avoir chassé l'Etat Islamique, les rebelles kurdes cèdent du terrain face à la Turquie et ses alliés. Entre eux, il y a l'armée syrienne de Bachar al-Assad. Une situation complexe qui contraint les américains à faire des choix parmi leurs alliés en vue de la reprise de Raqqa.

Qui va contrôler Manbij, petite ville du nord de la Syrie ? L’Etat islamique s’en était emparé il y a trois ans, avant d’en être chassé cet été par les combattants kurdes des unités de protection du peuple (YPG). Mais la Turquie la revendique aussi. Ses soldats, alliés à des rebelles de l’Armée Syrienne Libre (ASL), s’en approchent. Face à leur avancée, les kurdes ont cédé ces derniers jours le contrôle de plusieurs villages qui bordent la ville à l’armée du régime de Bachar al-Assad, créant une sorte de zone tampon. L’accord a été validé par la Russie.

Les accrochages se multiplient depuis. S’ils venaient à dégénérer, ils pourraient opposer directement l’armée turque à celle de Damas. « Je ne pense pas que nous irons jusque-là. La Turquie a changé de priorité. Elle n’exige plus le départ de Bachar al-Assad et se focalise sur la sécurité à sa frontière. Quant au régime syrien, il veut avant tout reconquérir l’intégralité de la région de Damas et il ne veut pas s’engager dans un affrontement avec la Turquie », assure un diplomate occidental basé à Gaziantep. Ces derniers jours, l’armée turque a amassé véhicules et armements à la frontière syrienne. L’armée américaine a, elle, envoyé des blindés à Manbij et l’a fait savoir.

La ville est une priorité de l’armée turque depuis plusieurs mois. « Manbij est arabe et elle n'est pas kurde », a répété le président Recep Tayyip Erdogan. C’est précisément pour stopper la progression des combattants des YPG qu’Ankara a envoyé des troupes en Syrie au mois d'août 2016.

A l’époque, les kurdes, alliés à des brigades rebelles au sein des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) et épaulés par des forces américaines, venaient de s’emparer de Manbij après plusieurs mois de combats. Ils s’approchaient de Jarablous, un poste-frontière tenu par l’Etat Islamique.

Leur avancée est alors jugée inacceptable par Ankara. Le gouvernement turc est violemment opposé à ce que les kurdes syriens des YPG, affiliés au parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), puissent unifier leurs territoires le long de la frontière avec la Turquie. Il décide d’intervenir et monte la coalition du Bouclier de l’Euphrate avec des brigades rebelles de l’ASL. Au total, près de cinq mille hommes sont mobilisés. A la fin du mois de février 2017, ils reprennent la ville d'al Bab à l’Etat Islamique.

Manbij, à une quarantaine de kilomètres, est l’objectif suivant. « Nous sommes prêts à y aller. Nous n’avons rien contre le peuple kurde mais nous sommes opposés aux YPG et au PKK. Nous ne voulons pas qu’ils créent leur propre état en Syrie. Et surtout, les YPG sont depuis le début de la révolution un allié du régime de Bachar al-Assad. Ils ont même participé au siège d’Alep », explique Molham Ekaidy, un commandant militaire de Fastakim, un groupe rebelle qui participe au Bouclier de l’Euphrate.

L’escalade de ces derniers jours place Washington dans une position complexe. Les Etats-Unis soutiennent à la fois les forces kurdes et arabes des FDS et certaines brigades rebelles alliées aux turcs. Les responsables américains s’étaient également engagés à ce que les combattants kurdes restent du côté est de l’Euphrate, considéré comme une ligne rouge par Recep Tayyip Erdogan. Sauf que Manbij est à l’ouest. Samedi 4 Mars 2017, le ministère de la défense des Etats Unis a affirmé que le récent déploiement de ses blindés dans la ville servirait « à empêcher des actes hostiles, à améliorer la gouvernance et à s’assurer qu’il n’y avait pas de présence permanente des YPG ». C'est une manière de contrer l’argumentaire turc. « Nous avons déjà dit que nous frapperons les YPG s’ils ne se retirent pas », avait déclaré Jeudi 2 Mars 2017 le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu.

Au-delà du sort de Manbij, Washington doit décider d’un plan pour la bataille de Raqqa, principal fief de l’Etat Islamique en Syrie. Le président Donald Trump avait demandé que des options lui soient exposées avant la fin du mois de février 2017. Le ministère de la défense des Etats Unis a deux options, soutenir les FDS ou bien le Bouclier de l’Euphrate. Autrement dit, appuyer les kurdes ou les rebelles syriens de l’ASL alliés à la Turquie.

La première option est la plus probable. Les Etats-Unis disposent déjà de quelques centaines d’hommes dans les zones kurdes. Ils ont créé onze centres de formation de combattants des FDS. Ils fournissent armes, munitions, véhicules et une partie des salaires. Leur aviation appuie les offensives contre l’Etat Islamique et des forces spéciales se déplacent sur les fronts. Les FDS ne sont qu’à une dizaine de kilomètres de la ville.

Mais leur confier la tâche de la reprendre provoquera la colère d’Ankara. « Nous ne voulons pas que notre allié américain continue à coopérer avec des organisations terroristes qui nous prennent pour cible », a déclaré le Jeudi 2 Mars 2017 Mevlut Cavusoglu. Depuis l’élection de Donald Trump, les visites de responsables américains, dont le directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), Mike Pompeo, se sont succédé à Ankara. Le gouvernement turc a réaffirmé à chaque fois sa volonté de mener la bataille de Raqqa. Les combattants kurdes participeront d’une façon ou d’une autre à l’offensive, a répliqué le général américain en charge de la coalition contre l’Etat Islamique, Stephen Townsend. Il a ajouté qu’il n’y avait aucune preuve que les YPG constituait une menace pour la Turquie.

 

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