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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 17:50

 

HISTOIRE DU MCE

 

Vous trouverez ci-dessous la deuxième et dernière partie d’un long message du Monde relative à l’histoire du Mouvement Cinq Etoiles (MCE).

 

Bernard Fischer

 

http://www.lemonde.fr/international/article/2017/03/10/en-italie-l-irresistible-ascension-d-un-ovni-politique_5092569_3210.html

 

HISTOIRE DU MCE

 

Le 4 octobre 2009, jour de la Saint-François d’Assise, un symbole très fort en Italie, naît un non parti, le MCE. Cinq étoiles pour rappeler le chiffre romain cinq et donc le mouvement du Vaffanculo Day, mais aussi pour énoncer cinq priorités, retour au public de la gestion de l’eau, zéro déchet, transports publics, énergies renouvelables et Wi-Fi gratuit. Il remporte ses cinq premières mairies en 2012 et il entre en force au parlement en 2013, puis au parlement européen en 2014. A la fin du mois de juin 2016, il gagne les élections municipales dans deux des plus grandes villes du pays, Rome et Turin. Si l’entrée de Virginia Raggi à la mairie de Rome était tout sauf une surprise, la victoire de Chiara Appendino dans la capitale du Piémont fit, en revanche, l’effet d’un coup de tonnerre.

La principale victime en fut le maire sortant, unanimement respecté, un certain Piero Fassino.

Ainsi donc, en moins de dix ans, un non parti campant sur une ligne ni droite ni gauche, créé par un informaticien et un comique à succès, est devenu l’une des formations politiques les plus puissantes d’Italie.

Comment cela peut-il être possible ? « Il y a de nombreuses explications historiques », avance le professeur de sciences politiques Massimiliano Panarari, coauteur, avec Marco Laudonio, d’un dictionnaire critique consacré au MCE dont le titre est Alfabeto Grillo, aux éditions Mimesis en 2014, non traduit. « Il y a d’abord le vieil antiparlementarisme, qui subsiste depuis l’unification du pays, sur fond de construction nationale inachevée. Et puis, il y a la faiblesse des autres partis, après la crise du début des années 1990 ». En quelques mois explosent alors, coup sur coup, le Parti Communiste Italien (PCI), victime de l’écroulement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), et la toute-puissante Démocratie Chrétienne, balayée par l’opération Mani Pulite.

C’est sur ce champ de ruines qu’a commencé à prospérer Silvio Berlusconi. Sans lui, nous ne pouvons pas comprendre le succès du MCE, estime Massimiliano Panarari. En 1994, il est entré en scène en disant que « l’état est la source de nos problèmes, je veux vous en protéger et je suis comme vous ». Fort de cette promesse, qu’on a appelée antipolitique, portée par un parti créé de toutes pièces à sa complète dévotion, Silvio Berlusconi a dominé la vie politique italienne pendant deux décennies. Au fond, Beppe Grillo dit exactement la même chose.

Partisan de la fin de l’austérité budgétaire, d’un référendum sur l’euro, de l’instauration d’un revenu universel et d’une lutte sans merci contre la corruption, le MCE se caractérise également par sa grande capacité à agréger les luttes sociales. « C’est ce que les anglo-saxons appelleraient un marketing oriented party », poursuit l’universitaire. « Un mouvement attrape-tout, qui s’encombre peu de contradictions. Il peut très bien se dire favorable à la révolution numérique et, le lendemain, se prononcer pour les taxis contre Uber, ou se prévaloir de l’expertise scientifique, tout en donnant du crédit à l’inquiétant mouvement contre les vaccins qui se développe actuellement en Italie ». Beppe Grillo en avait fait l’aveu désarmant en lançant à ses partisans réunis à Turin, une semaine avant le référendum constitutionnel du 4 décembre 2016, que « vous devez décider avec le ventre et vous ne devez pas décider avec votre tête. Faites confiance à votre ventre et ne faites pas confiance à votre esprit, qui a été conditionné ».

Dans le même ordre d’idées, le MCE s’est lancé, au début du mois de janvier 2017, dans un étrange pas de deux au parlement européen, affichant sa volonté de quitter le groupe eurosceptique et très à droite réuni autour des britanniques de l’United Kingdom Independant Party (UKIP), pour rejoindre la très centriste et europhile Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ADLE), avant de faire piteusement marche arrière, à la suite d’un vote hostile des députés de l’ADLE, tout en affirmant n’avoir jamais changé d’avis.

« Vu de l’étranger, c’est déconcertant. Mais, pour les électeurs du MCE, ces revirements ne sont pas si graves. Leur adhésion est fondée sur autre chose. Ce qui les motive, c’est la colère contre la classe dirigeante italienne et leur envie de balayer ce système politique », explique Massimiliano Panarari. Alors que la crise économique a produit des effets dévastateurs dans le pays, que le chômage des jeunes atteint les quarante pour cent et que la mobilité sociale est au point mort, le sujet du coût de la politique est devenu une préoccupation centrale des italiens. Et sur ce thème, les élus du MCE sont sans rivaux. C’est volontairement que les parlementaires grillistes reversent une partie de leur salaire à un fonds de soutien aux Petites et Moyennes Entreprises (PME). Tous se sont aussi engagés à ne pas accomplir plus de deux mandats.

Dans son fonctionnement, le MCE, tel qu’imaginé par Gianroberto Casaleggio, possède une structure révolutionnaire. Celle d’un parti qui n’en serait pas un et dématérialisé à l’extrême, où les investitures et grandes orientations se décident par vote électronique, sans hiérarchie ni lieu de commandement. Lorsqu’il est de passage à Rome, Beppe Grillo ne reçoit pas au siège du MCE, puisqu’il n’y en a pas. Le plus souvent, les rendez-vous ont lieu à l’hôtel Forum, où l’humoriste a ses habitudes.

La plate-forme informatique sur laquelle les militants sont appelés à voter a été nommée Rousseau, en hommage au philosophe français, chantre de la démocratie directe. Mais c’est aussi un clin d’œil au mythe du bon sauvage, cher à l’auteur de la Nouvelle Héloïse, et au fond c’est en bons sauvages que les élus grillistes cherchent à évoluer dans les allées du pouvoir, forcément perverties.

Leur méfiance s’étend également aux médias de presse écrite et audiovisuels italiens, accusés d’adopter un parti pris négatif envers le MCE pour mieux protéger la caste responsable des malheurs du pays. Ils privilégient la communication directe par les réseaux sociaux, domaine dans lequel ils sont passés maîtres. Les apparitions télévisées de leurs ténors, même les plus aguerris, se passent en général en tête à tête avec un journaliste, sans contradicteur.

La transparence, autre vertu cardinale du MCE, s’arrête quant à elle aux portes de la Casaleggio Associates, cette entreprise informatique dirigée par Davide Casaleggio, le fils de Gianroberto Casaleggio, qui constitue la véritable boîte noire du MCE. Si ses activités ne constituent officiellement qu’un support technique aux diverses actions informatiques de la galaxie grilliste, de nombreux observateurs assurent que c’est au siège milanais de cette entreprise particulièrement opaque que se dessinent les grandes orientations du MCE.

Malgré les critiques sur la nature peu démocratique de la direction, les très nombreuses défections comme celle du maire de Parme, Federico Pizzarotti, et les débuts calamiteux de la maire de Rome, Virginia Raggi, la popularité du MCE ne diminue pas et c’est dans la peau du favori qu’il aborde la prochaine élection municipale de Palerme, qui doit se tenir au printemps 2017 et qui pourrait bien être le prélude à une conquête du conseil régional de Sicile, à l’automne 2017. Au-delà de ces enjeux locaux, l’éclatement du centre droit et la récente scission du Parti Démocrate placent le mouvement de Beppe Grillo en position idéale, alors que se profilent les élections générales, prévues avant le mois de février 2018.

En cas de victoire, quelles seraient les premières mesures prises par le MCE ? « Il y aura d’abord le revenu de citoyenneté », répond du tac au tac Roberta Lombardi. « Et ensuite, il y aura une véritable loi contre la corruption. Quand nous aurons fait cela, les gens de Bruxelles verront que nous sommes sérieux. Et nous pourrons commencer à négocier avec l’Europe ».

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