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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 16:12

 

IL Y A UN SIECLE A PETROGRAD

 

Il y a un siècle à Pétrograd, c’était la révolution russe dite de février 1917, la révolution russe renversait le régime des tsars.

 

Vous trouverez ci-dessous une longue citation de l’histoire de la révolution russe de Léon Trotsky.

 

Le message est disponible en totalité si vous consultez les liens ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

https://www.contretemps.eu/russie-revolution-fevrier-trotsky

 

https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr07.htm

 

IL Y A UN SIECLE A PETROGRAD

 

Aux premières heures de la journée du 27 février 1917, les ouvriers imaginaient la solution du problème de l'insurrection comme infiniment plus lointaine qu'elle ne l'était en réalité. Plus exactement, ils croyaient encore avoir tout à faire alors que leur tâche, pour les neuf dixièmes, était déjà accomplie. La poussée révolutionnaire des ouvriers du côté des casernes coïncida avec le mouvement révolutionnaire des soldats qui déjà sortaient dans la rue. Dans le courant de la journée, ces deux torrents impétueux vont se mêler pour dévaler et emporter d'abord la toiture du vieil édifice, puis les murs et plus tard les fondations.

Tchougourine fut un des premiers à se présenter dans le local des bolcheviks, le fusil à la main, en bandoulière un ruban de cartouches, tout souillé, mais rayonnant et triomphant. Comment ne point rayonner.

Les soldats passent à nous, les armes à la main. Çà et là, des ouvriers ont déjà réussi à s'unir avec la troupe, à pénétrer dans les casernes et à obtenir des fusils et des cartouches. Le groupe de Vyborg, en collaboration avec les soldats les plus résolus, a esquissé un plan d'action, s'emparer des commissariats de police, où se sont retranchés les sergents de ville, désarmer tous les agents, délivrer les ouvriers incarcérés dans les commissariats, ainsi que les détenus politiques dans les prisons, écraser les troupes gouvernementales en ville et rallier les troupes non encore insurgées et les ouvriers des autres quartiers.

Le régiment moscovite adhéra au soulèvement non sans lutte intérieure. Ce qui est frappant, c'est qu'il y ait si peu de ces sortes de lutte dans l'armée. Le mince sommet de la monarchie, impuissant, tombait, ayant perdu l'appui de la masse des soldats, et se terrait dans des fissures, ou bien se hâtait de revêtir de nouvelles couleurs. Vers 14 heures, raconte Korolev, un ouvrier de l'usine Arsenal, comme le régiment moscovite sortait, nous prîmes les armes. Chacun avait un revolver et un fusil. Nous entraînâmes un groupe de soldats qui s'était approché, certains d'entre eux nous prièrent de les commander et de leur indiquer ce qu'il fallait faire, et nous nous dirigeâmes vers la rue Tikhvinskaia pour ouvrir le feu sur le commissariat de police. C'est ainsi que les ouvriers ne furent pas une minute embarrassés pour montrer aux soldats ce qu'il y avait à faire.

Les joyeuses nouvelles de victoire venaient coup sur coup, on disposa d'autos blindées. Parées de drapeaux rouges, elles répandaient l'épouvante dans tous les quartiers non encore soumis. Il n'était plus besoin de ramper sous le poitrail du cheval cosaque. La révolution se dresse de toute sa taille.

Vers 12 heures, Pétrograd est redevenu un champ de bataille, les coups de fusil et le tacotement des mitrailleuses retentissent de tous côtés. Il n'est pas toujours facile de savoir qui tire et d'où l'on tire. Ce qui est clair, c'est qu'on se fusille entre le passé et l'avenir. Il y a pas mal de coups de feu inutiles. Des adolescents tirent avec des revolvers qu'ils se sont procurés par occasion. L'arsenal est pillé. A ce qu'on dit, si l'on ne compte que les brownings, il s'en est distribué plusieurs dizaines de milliers. Du palais de justice et des commissariats de police qui brûlaient, la fumée montait en colonnes vers le ciel. Sur certains points, les escarmouches et les échanges de coups de feu s'aggravaient jusqu'à devenir de véritables combats. Sur la perspective Sampsonovsky, devant des baraquements occupés par les soldats des autos de guerre, dont certains s'attroupent aux portes, des ouvriers s'approchent. Qu'est-ce que vous attendez, camarades ? Les soldats ont le sourire, mais un mauvais sourire, et ils se taisent, rapporte un témoin. Les officiers ordonnent brutalement aux travailleurs de passer leur chemin.

Les automobilistes de l'armée, de même que la cavalerie, se montrèrent, en février comme en octobre 1917, les forces les plus conservatrices.

Bientôt, devant une palissade, se groupent des ouvriers et des soldats révolutionnaires. Il faut obliger à sortir le bataillon douteux. Quelqu'un vient dire qu'on a envoyé chercher des autos blindées. Autrement, on n'aurait probablement pas les autos de l'armée, dont l'équipe s'est fortifiée avec des mitrailleuses. Mais la masse trouve difficile d'attendre, elle s'impatiente, s'alarme et, dans son impatience, elle a raison. Les premiers coups de feu partent des deux côtés. Cependant, la palissade est un obstacle entre les soldats et la révolution. Les assaillants décident de démolir cette barrière. On l'abat partiellement et on incendie une autre partie. Les baraquements sont mis à nu, il y en a une vingtaine. Les automobilistes se sont retranchés dans deux ou trois. Les baraques évacuées sont immédiatement brûlées. Six ans plus tard, Kaïourov écrira dans ses souvenirs que les baraquements en feu, la palissade abattue, le tir des mitrailleuses et des fusils, l'animation visible des assaillants et l'arrivée à toute vitesse d'un camion automobile amenant des révolutionnaires armés et, enfin, d'une auto blindée dont les pièces d'artillerie étincelaient, formaient un tableau splendide et inoubliable.

C'était la vieille Russie des tsars, du servage, des popes et de la police qui brûlait avec ses baraques et ses palissades, crachant feu et fumée et crevant dans les hoquets du tir des mitrailleuses. Comment les Kaïourov, des dizaines, des centaines, des milliers de Kaïourov n'auraient-ils pas été enthousiasmés ? L'auto blindée qui survint tira quelques coups de canon sur le baraquement où s'étaient enfermés les officiers et les soldats automobilistes. Le commandant de la défense fut tué. Les officiers, s'étant dépouillés de leurs galons et décorations, s'enfuirent à travers les potagers du voisinage. Les autres se rendirent. Ce fut peut-être la plus grosse des collisions de la journée.

Le soulèvement dans l'armée prenait entre-temps un caractère d'épidémie. Ce jour-là les effectifs qui ne se soulevèrent pas furent seulement ceux qui n'avaient pas trouvé le moment de se soulever.

Vers le soir se joignirent au mouvement les soldats du régiment Séménovsky, bien connu pour avoir férocement écrasé l'insurrection moscovite en 1905. Onze ans écoulés avaient laissé leur marque.

Avec les chasseurs, les soldats du régiment Séménovtsy vinrent, à la nuit, enlever les soldats du régiment Ismaïlovsky que leurs chefs tenaient enfermés dans leurs casernes. Ce régiment qui, le 3 décembre 1905, avait cerné et arrêté les membres du premier soviet de Pétrograd, était encore considéré comme un des plus arriérés. La garnison du tsar, dans la capitale, au nombre de cent cinquante mille hommes, se désagrégeait, fondait et s'éclipsait. Vers la nuit, elle n'existait déjà plus.

Informé dans la matinée du soulèvement des régiments, Khabalov tente d'opposer encore quelque résistance, en envoyant contre les insurgés un détachement sélectionné d'environ mille hommes, nanti des plus draconiennes instructions. Mais le sort de ce détachement s'enveloppe de mystère. Il commence à se passer, ce jour-là, des choses invraisemblables, raconte, après la révolution, l'incomparable Khabalov.

Le détachement se met en route, il part sous le commandement d'un officier brave et résolu, il s'agit du colonel Koutiépov, mais il n’y a pas de résultats. Des compagnies envoyées à la suite du détachement disparurent également sans laisser de traces. Le général commença à former des réserves sur la place du Palais, mais les cartouches manquaient et l'on ne savait où s'en procurer. Tout cela est consigné authentiquement dans les dépositions de Khabalov devant la commission d'enquête du gouvernement provisoire. Où donc avaient filé les détachements destinés à la répression ? Il n'est pas difficile de le deviner. Dès qu'ils se trouvèrent dehors, ils se confondirent avec l'insurrection. Ouvriers, femmes, adolescents et soldats mutinés s'accrochaient de tous côtés aux troupes de Khabalov, les prenant pour de nouvelles recrues, s'efforçant de les convertir et ne leur donnaient pas la possibilité de se mouvoir autrement qu'avec l'incommensurable multitude. Livrer bataille à cette masse agglutinante, qui ne craignait plus rien, qui se pressait inépuisable et qui pénétrait partout, c'eût été comme faire un assaut d'escrime dans un pétrin.

En même temps qu'affluaient les rapports sur l'extension de la révolte dans les régiments, Khabalov réclamait des troupes sûres pour la répression et pour la protection du central téléphonique, du château Litovsky, du palais Marie et d'autres lieux plus sacrés encore. Le général téléphona à la forteresse de Cronstadt, exigeant des renforts, mais le commandant répondit que lui-même avait des craintes au sujet de la place. Khabalov ne savait pas encore que l'insurrection avait gagné les garnisons voisines. Il essaya, ou fit semblant, de transformer le palais d'Hiver en redoute, mais ce plan fut aussitôt abandonné comme irréalisable et la dernière poignée de troupes fidèles se transporta à l'Amirauté. Là, le dictateur se préoccupa enfin de prendre les mesures les plus importantes et urgentes. Il fit imprimer deux avis à la population qui constituent les derniers actes officiels du régime, l'un sur la démission de Protopopov pour cause de maladie et l'autre décrétant l'état de siège à Pétrograd. Il était effectivement urgent de prendre cette dernière mesure car, quelques heures plus tard, l'armée de Khabalov levait le siège et, s'esquivant de l'Amirauté, se dispersait, chacun gagnant son chez-soi. C'est seulement par inadvertance que la révolution ne mit pas en état d'arrestation dès le soir du 27 février 1917 le général, dont les pouvoirs étaient formidables, mais qui lui même n'était pas du tout à redouter. L'arrestation eut lieu le lendemain sans complications.

 

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