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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 19:48

 

NI GAUCHISME NI OPPORTUNISME

 

Vous trouverez ci-dessous la deuxième et dernière partie d’un long message de Jérôme Métellus relatif à la campagne électorale de Jean Luc Mélenchon, de Philippe Poutou et de Nathalie Arthaud.

 

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site www.marxiste.org à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

https://www.marxiste.org/actualite-francaise/politique-francaise/2140-l-extreme-gauche-et-melenchon-une-caricature-de-sectarisme

 

L'extrême gauche et Jean Luc Mélenchon, une caricature de sectarisme

 

Par Jérôme Métellus

 

Mercredi 29 Mars 2017

 

Les causes fondamentales du succès de Jean Luc Mélenchon ont un caractère international. Les mêmes causes ont déterminé l’émergence de Syriza en Grèce, de Podemos en Espagne, de Bernie Sanders aux Etats-Unis et de Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne. Ici, des militants d’extrême gauche nous répondent que « justement, Alexis Tsipras a capitulé, Bernie Sanders a rallié Hillary Clinton et Jeremy Corbyn recule sous la pression de l’aile droite du parti travailliste. Tous ces réformistes reculent, trahissent et capitulent. Il en ira de même avec Podemos et Jean Luc Mélenchon. Nous ne pouvons pas soutenir, même de façon critique, quelqu’un qui va trahir ».

Cette façon de poser la question est désespérément abstraite. Si Jean Luc Mélenchon n’est pas élu, il est évident qu’il ne risque pas de trahir.

Mais nous ne serions pas plus avancés. Nous aurions alors un gouvernement de droite, lequel, c’est certain, ne trahira pas la bourgeoisie.

Quelle alternative immédiate à Jean Luc Mélenchon proposent Lutte Ouvrière et le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), à l’occasion du premier tour des élections présidentielles ? Ils ne proposent pas eux-mêmes. Ils savent bien qu’ils feront un très petit score. Tout ce qu’ils proposent, au final, c’est de priver Jean Luc Mélenchon de quelques centaines de milliers de voix. Ils s’empressent d’ajouter « qu’il faudra surtout se mobiliser dans les rues ». Fort bien mais, ces dernières années, les travailleurs ont massivement manifesté, à de nombreuses reprises, et n’ont pratiquement subi que des défaites. Nous avons analysé ailleurs les causes de ces défaites. Ici, soulignons simplement que, en conséquence, les travailleurs cherchent désormais une solution sur le terrain électoral. Or, que cela plaise ou non aux dirigeants de Lutte Ouvrière et du NPA, le fait est que le mouvement de Jean Luc Mélenchon apparaît comme une possible solution à des millions de travailleurs, à commencer par une majorité de ceux qui ont manifesté contre la politique réactionnaire du gouvernement de François Hollande.

Les centaines de milliers de personnes qui s’engagent dans la campagne de Jean Luc Mélenchon, à des degrés divers, le font précisément parce qu’elles pensent qu’il ne va pas trahir ou, au moins, parce qu’elles espèrent qu’il ne trahira pas. Il faut partir de ce fait, non de perspectives abstraites, déconnectées de la conscience des militants et des sympathisants du Mouvement de la France Insoumise.

Il n’est pas question, bien sûr, de semer des illusions dans le programme réformiste de Jean Luc Mélenchon ou d’expliquer que son élection réglera tous les problèmes. Il faut dire la vérité aux travailleurs en toutes circonstances. Mais il faut la dire d’une façon positive et constructive, en lien avec le mouvement et l’expérience de notre classe. Au lieu de proclamer que « Jean Luc Mélenchon va trahir », il faut d’abord participer au mouvement qui lutte pour son élection. Puis il faut expliquer que son programme est progressiste, certes, mais inapplicable dans le cadre du capitalisme en crise et qu’il doit donc être complété par des mesures visant à briser le pouvoir économique de la classe dirigeante. Il faut expliquer que si, une fois au pouvoir, Jean Luc Mélenchon ne mettait pas le socialisme à l’ordre du jour, il finirait par devoir renoncer à son programme initial, c’est-à-dire, en effet, par trahir. Voilà comment il faut procéder si l’on veut être écouté et convaincre.

La formule « Jean Luc Mélenchon va trahir » est mauvaise non seulement d’un point de vue tactique, comme nous venons de le voir, mais aussi du point de vue des perspectives. Elle est abstraite et fataliste. Sur fond de crise économique et de crise de régime, l’élection de Jean Luc Mélenchon ouvrirait une phase potentiellement explosive de la vie politique et sociale du pays. Jean Luc Mélenchon caractérise la situation actuelle de pré-révolutionnaire. En réalité, nous n’y sommes pas encore, mais son élection pourrait bien y conduire. La bourgeoisie lèverait le poing, menacerait puis, si nécessaire, passerait à l’offensive. Or les travailleurs ne resteraient probablement pas les bras croisés en simples spectateurs face à la tentative de faire plier un tel gouvernement de gauche élu aux cris de « résistance ». Très vite, l’élection de Jean Luc Mélenchon pourrait mettre à l’ordre du jour, non sa trahison, mais une explosion de la lutte des classes. Ce genre de considérations, hélas, ne traverse même pas l’esprit des dirigeants de Lutte Ouvrière et du NPA.

Parmi les rares arguments politiques que les dirigeants de Lutte Ouvrière et du NPA mobilisent contre Jean Luc Mélenchon, son nationalisme occupe une place centrale. Malheureusement, cette critique, juste, au fond, est souvent formulée de façon très lapidaire sans entrer dans le détail de la question. Les travailleurs profiteraient pourtant d’une argumentation approfondie. C’est l’occasion d’expliquer ce qu’est l’internationalisme ouvrier. Par ailleurs, les tendances nationalistes de Jean Luc Mélenchon méritent d’être caractérisées, car elles s’alimentent à d’autres sources que le nationalisme de la droite et de l’extrême droite.

Au lieu de cela, les dirigeants de Lutte Ouvrière et du NPA se contentent trop souvent d’accrocher une étiquette nationaliste à la veste de Jean Luc Mélenchon. C’est typique du sectarisme qui se complaît à prêcher aux convaincus. Ceux qui savent déjà n’ont pas besoin d’explication.

Les marxistes ne doivent pas faire la moindre concession de principe au nationalisme car c’est un poison qui ronge la conscience de classe des travailleurs et fait toujours, au final, le jeu de nos adversaires. C’est vrai même lorsque des éléments de nationalisme sont étroitement associés à des idées progressistes, comme c’est le cas chez Jean Luc Mélenchon.

Le nationalisme français, en particulier, n’a pas un atome de contenu progressiste car la France n’est pas un pays dominé par l’impérialisme.

Au contraire, l’impérialisme français est l’un des plus réactionnaires au monde malgré son déclin. La classe dirigeante française opprime, pille et tue aux quatre coins du monde. Sur le territoire français, elle opprime systématiquement les jeunes et les salariés issus de l’immigration, à grand renfort de nationalisme républicain et de prétendue laïcité. La bourgeoisie française a poussé très loin la vieille formule de toutes les classes dirigeantes, diviser pour mieux régner. Le nationalisme est l’un des piliers de l’édifice politique vermoulu du capitalisme français.

Encore une fois, aucune concession de principe n’est admissible dans ce domaine. Mais dans le même temps, il est important de comprendre la façon dont les masses interprètent les tendances nationalistes de Jean Luc Mélenchon. Ces idées suscitent souvent un malaise, voire de franches critiques, parmi les éléments les plus conscients et expérimentés. Mais dans la masse des jeunes et des travailleurs qui se tournent vers Jean Luc Mélenchon, ces idées sont souvent interprétées dans un sens progressiste et essentiellement démocratique. Par ailleurs, beaucoup de partisans de Jean Luc Mélenchon retiennent plutôt ses forces que ses faiblesses ou subordonnent ses faiblesses à ses forces, ce qui est caractéristique de la psychologie politique des masses.

Enfin, les tendances nationalistes de Jean Luc Mélenchon sont d’un genre particulier car elles se réclament du républicanisme jacobin de la révolution française de 1789, mais aussi des idées d’un géant du socialisme français, Jean Jaurès, qui lui-même était plus jacobin que marxiste et ajoutait une coloration nationaliste à sa conception de la république sociale. Ainsi, les idées indépendantistes et souverainistes de Jean Luc Mélenchon ne tombent pas sur un sol vierge. Elles s’inscrivent dans une vieille tradition du mouvement ouvrier français qui a toujours été marqué par un républicanisme confus. Cela contribue à une interprétation positive de ces idées chez bon nombre de militants et de sympathisants du Mouvement de la France Insoumise.

En conséquence, la critique des tendances nationalistes de Jean Luc Mélenchon doit être concrète. Elle doit s’appuyer sur des éléments précis de la situation internationale et du programme du Mouvement de la France Insoumise. Il faut analyser, en particulier, les leçons de la crise grecque de 2015, en expliquant que seule une politique révolutionnaire et internationaliste aurait pu ouvrir et peut toujours ouvrir une issue aux travailleurs grecs. Il faut dévoiler le lien intime entre réformisme et nationalisme, car celui-ci soutient celui-là. Par exemple, le protectionnisme solidaire est au final, et indépendamment des intentions de ses concepteurs, une tentative d’exporter la crise du capitalisme français chez les voisins, comme si les voisins n’allaient pas faire de même en retour. Il faut aussi démontrer que le capitalisme et la paix s’excluent absolument. Nous ne pouvons avoir l’un et l’autre.

Seule une politique révolutionnaire et internationaliste permettra d’en finir avec les guerres. Sur toutes ces questions, il faut démontrer l’impasse du réformisme souverainiste et lui opposer la seule politique viable, l’internationalisme révolutionnaire et ouvrier.

Léon Trotsky soulignait que le gauchisme et l’opportunisme sont les deux faces de la même pièce et du même manque de confiance dans la capacité de la classe ouvrière à transformer la société. Lutte Ouvrière et le NPA en offrent une illustration frappante. Leur sectarisme à l’égard du Mouvement de la France Insoumise se double d’une adaptation opportuniste au réformisme de gauche.

Prenons par exemple l’éditorial du journal Lutte Ouvrière du Lundi 20 Mars 2017. Le programme qu’il développe se réduit aux propositions suivantes, baisser le temps de travail pour le partager entre tous, interdire les licenciements, augmenter les salaires, les pensions et les allocations, et lever le secret commercial des grandes entreprises. Ces revendications sont progressistes, bien sûr. Mais elles ne se distinguent pas franchement du programme du Mouvement de la France Insoumise.

Elles ne sont pas articulées à la perspective d’une rupture avec le système capitaliste. Et ce n’est pas une exception. Tous les éditoriaux de Lutte Ouvrière, qui sont repris dans les bulletins d’entreprise de Lutte Ouvrière, ont cette même caractéristique. Les révolutionnaires de Lutte Ouvrière n’osent pas expliquer la nécessité d’une révolution, d’une expropriation des grands capitalistes et d’une réorganisation de la société sur des bases socialistes, en France et à l’échelle internationale.

Pourquoi n’osent-ils pas ? Parce qu’ils pensent que c’est trop radical et que les travailleurs ne le comprendraient pas. Alors, ils se contentent d’avancer un programme un peu plus à gauche que celui du Mouvement de la France Insoumise. Le sectarisme marche ici main dans la main avec l’opportunisme.

Bien sûr, on trouve aussi dans la presse et les publications de Lutte Ouvrière des articles qui défendent la perspective d’une révolution. Il en va de même dans la presse du NPA. Mais là où l’opportunisme de ces organisations est le plus flagrant, c’est lorsque leurs dirigeants sont invités sur des radios ou des télévisions, c’est-à-dire lorsque l’occasion leur est donnée d’expliquer les idées et le programme du marxisme à une très large audience. Jamais ils ne saisissent cette occasion. Ils se contentent de commenter l’actualité et de développer un programme de réformes progressistes. Ils confinent leurs idées les plus radicales à certaines pages de leurs publications pour un lectorat d’initiés et de convaincus. Ils doutent de la capacité des masses à comprendre les idées du marxisme. Ils parlent sans cesse des travailleurs mais, au fond, ils ne leur font pas confiance.

Lutte Ouvrière et le NPA comptent dans leurs rangs de nombreux militants dévoués à la cause des travailleurs. Mais ils font fausse route.

Jamais un authentique parti révolutionnaire ne sera construit sur la base des méthodes que nous venons de décrire. Le sectarisme est une impasse. Il joue même un rôle contre-productif. La place des militants révolutionnaires est dans le mouvement des masses, pas à sa marge, et le programme du marxisme doit être défendu habilement, mais ouvertement. C’est le seul moyen de construire une organisation révolutionnaire au fur et à mesure que les masses tirent des conclusions de leur propre expérience. Telle était la démarche de Karl Marx, de Vladimir Lénine et de Léon Trotsky. Nous ne voyons aucune raison d’y renoncer.

 

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