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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 17:27

 

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/03/17/sous-la-pression-l-onu-enterre-le-rapport-accusant-israel-d-apartheid_5096546_3218.html

 

http://www.france-palestine.org/Sous-la-pression-l-ONU-enterre-le-rapport-accusant-Israel-d-apartheid

 

Sous la pression, l’Organisation des Nations Unies (ONU) enterre le rapport accusant Israël d’apartheid

 

Le document publié Mercredi 15 Mars 2017 par une commission régionale onusienne a été retiré de son site internet. En signe de protestation, sa responsable a démissionné.

 

Par Benjamin Barthe, correspondant permanent du Monde à Beyrouth

 

Il n’aura pas fallu plus de quarante-huit heures à Israël et aux Etats-Unis pour parvenir à leurs fins. Vendredi 17 Mars 2017, sous la pression de sa hiérarchie, la secrétaire exécutive de l'Economic and Social Commission for Western Asia (ESCWA), l’organe onusien à l’origine de la publication, deux jours plus tôt, d’un rapport accusant l'état hébreu de soumettre le peuple palestinien à un régime d’apartheid, a démissionné de son poste.

Le document en question avait suscité l’ire des ambassadeurs américains et israéliens, qui avaient appelé le nouveau secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à le retirer immédiatement. Le Vendredi 17 Mars 2017 dans la soirée, le texte n’était plus disponible sur le site internet de l’ESCWA, une des cinq commissions régionales de l'ONU, chargée des questions de développement dans le monde arabe.

Rédigé par deux spécialistes du droit international, les professeurs américains Richard Falk et Virginia Tilley, le texte concluait, après analyse des multiples discriminations dont sont victimes les palestiniens, « qu'Israël est coupable de politique et de pratiques constitutives du crime d’apartheid ».

Il appelait les pays membres de l'ONU à soutenir la campagne internationale pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS), qui prône le boycott de l'état d’Israël.

Dans une conférence de presse organisée à Beyrouth, où se trouve le siège de l’ESCWA, sa secrétaire exécutive, la jordanienne Rima Khalaf, a présenté sa démission comme un acte de protestation contre les pressions d'Antonio Guterres.

« Il m’a demandé de retirer le rapport, je lui ai demandé de repenser sa décision mais il a insisté. Sur ce, je lui ai présenté ma démission de l’ONU. Je démissionne parce qu’il est de mon devoir de ne pas dissimuler un crime, je soutiens toutes les conclusions du rapport ».

Cette économiste de formation, âgée de soixante trois ans, fut ministre de la planification et premier ministre adjoint du royaume de Jordanie dans les années 1990, avant de faire carrière à l'ONU. Au sein de l’organisation internationale, elle a notamment contribué au premier rapport sur le développement humain dans le monde arabe, en 2002, une étude qui a fait date.

« Sa démission est un choc, mais la plupart d’entre nous sommes fiers d’elle », confie une source au sein de l’ESCWA, sous couvert d’anonymat.

« C’est ce qu’elle pouvait faire de mieux. Elle proteste contre un acte de censure qui va à l’encontre de tous les principes de l’ONU ».

Une accusation rejetée par le porte-parole d’Antonio Guterres, Stéphane Dujarric. « Il ne s’agit pas du contenu, mais de la procédure. Le secrétaire général ne peut pas accepter qu’un secrétaire général adjoint ou un autre haut fonctionnaire de l’ONU placé sous son autorité soit autorisé à publier sous le nom et sous le logo de l’ONU, sans consulter ni les services compétents, ni lui-même ».

C’est la première fois dans l’histoire de l’ONU qu’un rapport publié en son nom accuse l’état hébreu d’apartheid. Le terme revient pourtant régulièrement, depuis une dizaine d’années, dans le débat sur la politique d’occupation israélienne. L’ancien président américain Jimmy Carter l’avait employé dans un livre qui avait fait beaucoup de bruit à sa sortie, en 2006, intitulé « Palestine, peace, not apartheid ».

A l’époque, l’ancien architecte de la paix de Camp David, entre Israël et l’Egypte, avait estimé que les pratiques israéliennes dans les territoires occupés étaient « pires que l’apartheid en Afrique du Sud ». En 2014, John Kerry, alors chef de la diplomatie américaine, avait prévenu que l’état hébreu risquait de devenir un état d’apartheid, si une solution au conflit israélo-palestinien n’était pas trouvée rapidement.

Les autorités israéliennes, qui avaient comparé le rapport au journal Der Stürmer, un organe de propagande nazie, se sont félicitées de la démission de Rima Khalaf. « Les militants anti israéliens n’ont rien à faire à l’ONU », a déclaré Danny Dannon, l’ambassadeur de l’état hébreu auprès de la communauté internationale. « Il est temps de mettre un terme à ces pratiques où des responsables de l’ONU utilisent leur position pour promouvoir des objectifs anti israéliens. Depuis des années, Rima Khalaf œuvrait pour nuire à Israël et promouvoir le mouvement pour le BDS. Sa mise à l’écart de l’ONU n’a que trop tardé ».

Au siège de l’ESCWA, au moment de tirer sa révérence, Rima Khalaf n’a laissé paraître aucun regret. « Les conclusions du rapport sont désormais publiques », a-t-elle déclaré. « Elles ont été diffusées largement, tout le monde peut les utiliser ».

 

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