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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 19:28

 

http://socialisme-2010.fr/blog2016/mars2017.php#mars28

 

Mettre la démocratie au centre de l’élaboration programmatique

 

Par Robert Duguet

 

Jacques Cotta s’inquiète du fait que dans la situation actuelle nous n’arrivions pas à aller au-delà de la caractérisation d’une période historique.

L’expérience durant grosso modo les vingt dernières années que nous avons vécu comme militants nous indique que, chaque fois qu’un mouvement politique s’est dégagé à gauche des appareils du vieux mouvement ouvrier, il s’est le plus souvent enlisé ou les appareils petits ou grands ont repris la main pour l’enterrer. C’est une donnée objective de la situation contre laquelle jusqu'à maintenant il a été difficile d’agir. Pour agir, il faut un minimum d’éléments programmatiques et il faut savoir où l’on veut aller, donc il faut un parti.

Sommes nous entrés dans la situation où nous pouvons collectivement élaborer pour agir ? Jacques Cotta pose la question, c’est aussi mon souci. Toutefois il est difficile de le faire sans caractériser les événements en cours. Je reviens sur un certain nombre d’éléments présents dans sa lettre.

Il y a d'abord la question centrale de la démocratie, pas le joyeux bordel, mais la démocratie. Le mouvement Ensemble, qui est en fait orphelin du Front De Gauche (FDG), est devenu une foire d’empoigne où coexistent au moins trois courants sur la question de savoir s’il faut soutenir la candidature de Jean Luc Mélenchon.

Jacques Cotta pose des questions relatives au processus de décomposition du Parti Socialiste d’Epinay, le parti de François Mitterrand.

C’est important d’autant que pour le moins cette crise s’accélère aujourd’hui. Qu’en restera t’il après les élections présidentielles ? Est-ce l’hallali ? Revenons sur le passé récent.

Marc Dolez a fait un petit tour de piste au moment de la lutte pour le non au referendum de 2005 sur l’Union Européenne. Puis Marc Dolez a abandonné bien vite la construction du courant des Forces Militantes qui commençait à regrouper des cadres politiques sur une ligne de résistance à l’Union Européenne, lesquels portaient une exigence de fonctionnement démocratique du courant. Ceux qui posaient cette question à l’intérieur du courant des Forces Militantes, dont moi à l’époque en tant que membre de la délégation nationale, seront vite mis sur la touche.

Marc Dolez n’était pas un chef, le chapeau était trop large pour lui mais il connaissait toutes les roueries bureaucratiques, léguées par sa propre histoire au sein du Parti Socialiste de François Mitterrand, et par ailleurs aussi l’influence de la franc-maçonnerie dans sa circonscription du Nord. Lorsque le Parti de Gauche a été proclamé, Marc Dolez s’est d’emblée couché devant Jean Luc Mélenchon, en acceptant de dissoudre son propre courant politique dans le Parti de Gauche. Il n'y avait pas de place pour des tendances et des fractions dans le Parti de Gauche puisqu'une seule fraction, celle de Jean Luc Mélenchon, avait le droit d'exister. De ce fait les contradictions au sein du Parti de Gauche allaient très vite s’exprimer et se régler par les exclusions et les excommunications majeures. Sur la démocratie, Marc Dolez capitulera sans combat devant Jean Luc Mélenchon et se réfugiera dans sa circonscription.

Les militants qui n’ont pas accepté d’agir et de penser dans les limites fixées par les règles de l’électoralisme et des institutions de la cinquième république n’ont eu aucune chance de gagner une place qui leur permette d’influer sur les franges sociales sur lesquelles nous voulons agir. Nous avons été déménagés, ou virés, ou isolés par les petits appareils censés représenter la nouvelle gauche. Et l’extrême gauche française dans la diversité de ses tribus gauloises ne vaut pas mieux, d'où notre situation aujourd’hui qu’il faut analyser comme un état en rapport avec la situation objective. Tant que la classe ouvrière recule et qu’elle ne trouve plus de réponse dans les représentations du vieux mouvement ouvrier, ce dernier étant par ailleurs en complète décomposition, elle hésite à reprendre l’offensive. Est-ce que la lutte contre la loi travail ouvre une situation de type nouveau marquée par une volonté de résistance de la classe ouvrière ? Pour l’instant, l’effet politiquement différé de cette avancée de la lutte des classes s’exprime dans la campagne présidentielle de Jean Luc Mélenchon.

Examinons la composition de la marche du Mouvement de la France Insoumise du Samedi 18 Mars 2017, cinquante pour cent sont des personnes ou des militants de notre génération et cinquante pour cent sont des jeunes gens qui viennent à la politique contre cette société.

Entre les deux une génération, la génération des militants qui ont entre trente et cinquante ans, a été cassée par le mitterrandisme. A l’heure qu’il est, l’émergence de la jeunesse est un élément très important. Je pense que les militants de notre génération peuvent encore être des passeurs. Le site de Denis Collin et de Jacques Cotta a mis l’accent sur la recomposition d’une pensée de l’émancipation sociale et sur ce point ils ont raison. Toutes les tentatives ces vingt dernières années de faire exister des regroupements en dehors des appareils officiels du mouvement ouvrier n’ont pas abouti ou sont retombées dans les ornières des petits appareils de l’extrême gauche.

Une reconstruction programmatique, ce ne sont pas trois intellectuels qui élaborent dans un coin le futur programme de transition sur lequel devront s’aligner les masses, mais une élaboration démocratique dont les hommes sont la chair et le sang. Les idées n’ont un sens que si elles sont saisies par des forces sociales. Nous appartenons à une génération, venue à la politique par la grève générale de 1968 et qui a rejoint la quatrième internationale, pour un certain nombre le courant lambertiste. Les déconvenues que nous avons connues ont conduit des militants, par ailleurs chevronnés, à rejeter la forme parti. Mais comment faire autrement pour associer des hommes et des femmes, dans une perspective commune, le socialisme, que par la forme parti ? Léon Trotsky disait que « le parti, c’est la compréhension commune des événements et des tâches ».

Sur Jean Luc Mélenchon, il faut être plus précis dans la caractérisation de ce qu’il est devenu aujourd’hui. Tant que nous étions dans la logique du Front De Gauche (FDG), c’est-à-dire d’un accord électoral entre plusieurs forces politiques issues du mouvement ouvrier et en rupture avec la politique du Parti Socialiste, le combat dans ce regroupement restait possible. Il faut noter à ce sujet que le rassemblement de forces politiques, même limité par le cadre étroit de l’électoralisme, a fait litière au passage de la construction d’un parti du type de ce que fut conjoncturellement le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). C'est pas moins de trois composantes du NPA qui rejoindront le FDG.

L’expression que nous pouvions avoir à l'intérieur du FDG restait cadrée par des délimitations très précises imposées par un accord entre le Parti Communiste Français (PCF) et le Parti de Gauche. Ainsi la principale revendication avancée par les nombreux militants qui participeront aux estivales du FDG à l’été 2012 était la construction de collectifs locaux sans obligation d’être membre d’une organisation politique. Les militants voulaient se saisir du cadre du FDG tout en voulant en faire un cadre permanent d’élaboration démocratique et d’action politique. Ils allaient au-delà des limitations imposées par l’électoralisme. Le PCF s’y est opposé formellement et le Parti de Gauche s’est débrouillé pour que la responsabilité de ce refus de répondre à cette aspiration démocratique repose sur le seul PCF. A partir de là, la décomposition du FDG a commencé par là où il pêchait, à savoir l’électoralisme. Le PCF, en retournant s’allier avec le Parti Socialiste dans les élections locales, rendait la politique du FDG totalement illisible pour nos concitoyens.

Durant l’été 2014, Jean Luc Mélenchon répond à la situation créée par l’implosion du FDG à travers un ouvrage intitulé « l’ère du peuple ». Il passe d’une position politique qui restait sur le terrain du mouvement ouvrier, avec les limitations que les appareils constituant imposaient aux militants, à autre chose. Il y a d’un côté la caste ou l’oligarchie qui colonise l'état et, de l’autre côté, il y a le peuple. Et à partir de là tout se décline. Ce n’est plus la lutte des classes qui est le moteur de l’histoire et à travers cette lutte la seule classe en capacité de reconstruire la société sur d’autres bases que celles du capitalisme, la classe ouvrière. Donc la seule en fait en capacité de rassembler le peuple et de nous redonner un destin commun. De manière abstraite, le peuple, cela ne veut rien dire. Jean Luc Mélenchon passe en fait sur une position que ne renierait pas Charles de Gaulle, pour l’un il y a l’oligarchie et pour l’autre il y a le régime des partis. Le candidat président est celui qui rencontre le peuple par-dessus l’oligarchie ou le régime des partis. La pensée politique de Jean Luc Mélenchon s’est entièrement coulée dans le modèle de la cinquième république bonapartiste et du gaullisme. On me rétorquera qu’il rassemble de nombreux salariés et une fraction de la jeunesse. Certes mais sur quelles bases et pour faire quoi ? Il occupe une place laissée vacante par les révolutionnaires et la crise de la quatrième internationale. La ligne politique sur laquelle Jean Luc Mélenchon dirige sa campagne est celle du néo-populisme, ce faisant il prend modèle sur ce qu’il se passe dans plusieurs pays où l’on observe ces processus. Toutefois à la différence de ce qui peut se passer avec Podemos en Espagne, c’est que ce mouvement s’est construit relativement démocratiquement, même s’il connait aujourd’hui une vraie crise interne du fait des limites que veut y mettre sa direction. Le Mouvement de la France Insoumise ne connaîtra jamais une vie démocratique et ce sont une poignée d’hommes et de femmes à la dévotion du chef qui le font fonctionner. Il faut dire les choses sans fard, le néo-populisme, ce n’est plus le mouvement ouvrier. Nous ne sommes plus chez nous. En fonction de cette place laissée libre par une génération révolutionnaire, la nôtre, dont les élites pour moi ont entièrement fait faillite, Jean Luc Mélenchon rassemble. Les choses sérieuses commenceront après les élections présidentielles. La candidature de Jean Luc Mélenchon fait apparaitre qu’une fraction de la jeunesse cherche une issue politique. Et là nous avons une carte à jouer.

Sur un autre registre, j’ai participé dans la matinée du Samedi 18 Mars 2017 à la manifestation tenue par le Parti Ouvrier Indépendant et Démocratique (POID) devant le Mur des Fédérés.

Fêter la commune de Paris, tout de même, je préfère le faire avec des gens qui se réclament de la république sociale et de Léon Trotsky. Le rassemblement était convoqué sur une ligne de rupture avec l’Union Européenne et la cinquième république. J’ai observé que la part de jeunes militants et de vieux militants de ma génération était exactement le même que dans la manifestation convoquée par le Mouvement de la France Insoumise. C’est intéressant. La rupture entre le courant qui constitue aujourd’hui le POID et le courant lambertiste officiel, le Parti Ouvrier Indépendant (POI), porte sur quoi ? En fait sur le lien qui existe aujourd’hui entre les confédérations ouvrières, particulièrement la Confédération Générale du Travail (CGT) Force Ouvrière, et le gouvernement au service des intérêts capitalistes et de l'Union Européenne. Aujourd’hui nous devons prendre en compte que le POID est un courant qui construit.

Reste à appréhender comment ils entendent traiter la question de la démocratie face à des aspirations qui commencent à s’exprimer. Jacques Cotta fait état d’une discussion avec eux sur la question d’un appel sur la question de l’Union Européenne et de la cinquième république. C'est décevant, certes. Mais il faudra bien que, eux aussi, ils tirent le bilan du lambertisme.

Toutes les formes politiques qui ont existé ces vingt dernières années à gauche des appareils se sont décomposées à partir du moment où elles tournaient le dos à l’aspiration des militants à contrôler leur activité. Le POID n’échappera pas à cette règle. C’est donc un enjeu pour nous et aussi pour eux.

Jacques Cotta écrit en conclusion à propos de Jean Luc Mélenchon que « demain, quel que soit le résultat, dans l’éventualité d’une explosion du Parti Socialiste et donc d’une recomposition dans les faits, il devra bien lui aussi se plier aux nécessités de rassemblement. Son programme fourre-tout, qui se mêle de tout sauf de l’essentiel, la lutte implacable contre le capitalisme et les rapports sociaux et donc les mesures immédiates à prendre pour le travail au détriment du capital, ne fera pas l’affaire ».

Plus Jean Luc Mélenchon se rapproche du pouvoir et plus il évolue sur la droite et c’est chez lui un cours constant. Les qualités du tribun et le savoir-faire au niveau de l’organisation ne peut faire oublier le contenu de la politique défendue. La période qui suivra les élections présidentielles risque plutôt de voir la décomposition du mélenchonisme.

Reste ouverte la question posée par Jacques Cotta dans son propos, et maintenant que faire ? Personne n’y répond pour l’instant. Un capital apparaît, une nouvelle émergence de la jeunesse exploitée, et il n'est pas exploité dans le bon sens. Le mieux serait quand même que ceux qui partagent un certain nombre de points de vue sortent de leur retraite pour se voir et travailler ensemble.

 

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