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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 16:01

 

URGENCE DEMOCRATIQUE ET FRONT COMMUN

 

Vous trouverez ci-dessous la dernière partie d’un très long message de Pierre Dardot et de Christian Laval relatif à l’actuelle situation politique française.

 

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site Mediapart à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

https://www.mediapart.fr/journal/france/250317/l-urgence-democratique?onglet=full

 

URGENCE DEMOCRATIQUE ET FRONT COMMUN

 

Les problèmes non résolus de la candidature de Jean Luc Mélenchon

 

La stratégie révolutionnaire de Jean Luc Mélenchon est en réalité strictement électorale. Si au départ il était question de composer un large bloc social et idéologique autour de l’élaboration collective d’un programme, la voie suivie a plutôt consisté à parier sur l’adhésion des masses à un leader charismatique prêtant son verbe haut à un peuple révolté. À la grande différence de Podemos, parti qui s’est appuyé sur un collectif de jeunes dirigeants et a été porté par des vagues contestataires, le Mouvement de la France Insoumise repose sur l’identification à un homme exceptionnel, dont la puissance de persuasion tient à ses qualités personnelles et surtout à l’éloquence rare des tribuns d’autrefois.

La radicalité mélenchonienne est cependant loin du socialisme d’antan. Il n'est plus question de socialisation des forces productives ou d’autogestion. L’essentiel du message est mis sur les institutions politiques, regardées comme la clé de toute transformation. D’où la centralité de la question de la souveraineté, de là les emblèmes républicains et nationaux, drapeaux tricolores, bonnets phrygiens, Marseillaise, assemblée constituante et autre levée en masse des citoyens rassemblés place de la Bastille et place de la République.

Cette candidature pose un certain nombre de problèmes non résolus, comment passer à la sixième république en jouant la personnalisation à outrance et en flirtant dangereusement avec la démocratie plébiscitaire ? Comment croire à la maturation collective d’un projet de société en alimentant la pulsion politiquement ambiguë du dégagisme ? En tout cas, puisque cette candidature d’incarnation du peuple est au-dessus des partis, il ne saurait être question du moindre arrangement avec les autres formations de gauche, traité avec mépris de carabistouilles. Qui m’aime me suive.

L’entreprise de Benoît Hamon n’est pas plus encourageante. À beaucoup d’égards, elle l’est moins. Le candidat socialiste ne sait sur quel pied danser, faute d’avoir changé de terrain. Plutôt que d’afficher sa rupture avec le quinquennat néo libéral, il manœuvre et il esquive.

Comme s’il y avait encore quelque chose à attendre d’un appareil et d’élus qui veulent le noyer au plus vite dans les eaux fétides des accommodements et des résignations.

Pourtant, déjà trop à gauche pour l’appareil, qu’aurait-il eu à perdre en restant fidèle à ses convictions de l'élection primaire ? Il aurait évidemment fallu lever toute ambiguïté envers l’Union Européenne, sa logique de l’austérité et son dumping fiscal et social. Mais c’était tellement contraire à ses appels piteux au rassemblement de la famille socialiste, qu’il n’a pas pu aller bien loin en ce sens. Il aurait dû savoir que beaucoup d’électeurs de gauche ne sont plus du tout disposés à lui faire une confiance aveugle, après s’être fait berner par François Hollande, Emmanuel Macron et Manuel Valls comme ils l’ont été. Faire acclamer par vingt mille personnes les noms de François Hollande, de Bernard Cazeneuve et de Jean Yves Le Drian lors de son meeting à Bercy le Dimanche 19 Mars 2017 est le signe même que sa double position à l’égard du quinquennat, critique et élogieuse, est proprement intenable.

 

Benoît Hamon enlisé dans l’héritage

 

Pour surmonter ses contradictions, il a cru bon, lors des élections primaires, de se projeter dix ou vingt ans en avant, en envisageant à l’avenir une raréfaction de l’emploi qui venait ainsi justifier sa proposition de revenu universel. Diversion qui lui a permis un moment d’obtenir un brevet d’utopie auprès d’une fraction des électeurs de gauche. Si cette utopie ne lui permet pas de renouer avec les classes populaires, dont les membres au chômage veulent un vrai travail, elle lui a permis au moins de ne pas aborder de front les questions éminemment urgentes de la politique économique et de l’Europe. En un mot, enlisé dans l’héritage, il n’espère plus guère qu’un nouveau rapport de forces à l’intérieur du Parti Socialiste.

En réalité, les deux candidats, et ils ne s’en cachent guère, se sont résignés à l’échec de la gauche. Et ne semblent plus rivaliser que pour savoir qui des deux sera le quatrième et le cinquième dans la course électorale. Objectif dérisoire aux yeux des électeurs de gauche, compte tenu des enjeux historiques de cette élection, mais d’une importance majeure pour les militants les plus convaincus ou les plus sectaires.

Il est d’ailleurs fort inquiétant que certains d’entre eux, mi-cyniques mi-calculateurs, s’en fassent aussi vite une raison. C’est plié, glissent en aparté certains d’entre eux. Seule compterait la recomposition future de la gauche. D’où l’étrange indifférence affichée face aux sondages décevants et d’où cet aveuglement quant aux conséquences de la division.

Sans doute Benoît Hamon et Jean Luc Mélenchon ont-ils fait semblant de se parler. En réalité ni l’un ni l’autre ne tenait à quelque rapprochement que ce soit. La division va sans doute permettre à l’oligarchie d’élus qui tient le Parti Socialiste d’en reprendre le contrôle après la parenthèse de la candidature de Benoît Hamon. Mais elle va surtout laisser face à face la candidate du néo fascisme réchauffé et le candidat du néo libéralisme rajeuni. Qu’à la fin, cela doive se conclure aussi lamentablement a de quoi détacher beaucoup d’électeurs de la gauche et peut-être même de les dégoûter de la politique. L’amertume, de toute manière, sera au rendez-vous et ce n’est pas avec elle que l’on reconstruit.

 

Quelle unité ?

 

Le néo libéralisme a fait des ravages et continuera d’en faire, nous le savons. L’un d’entre eux, le plus pressant dans la conjoncture, c’est la progression du néo fascisme. Les salariés les plus dominés, et d’autres catégories avec eux, enragent et croient voir en Marine Le Pen leur ultime recours. Tout semble fait pour renforcer son image sociale.

Son hold up sur les thèmes sociaux, retraite, protection sociale et plein emploi national, dont la gauche a eu longtemps une sorte de monopole, est en train de réussir au-delà de toutes ses espérances, du fait même de leur abandon par la gauche gouvernementale.

Emboîtant le pas à un Nicolas Sarkozy qui dénonçait naguère le programme économique du Front National comme un programme d'extrême gauche, nombreux sont les journalistes qui l’aident à accomplir son forfait. Dès qu’un candidat de gauche ou d’extrême gauche ose avancer une mesure sociale, en prônant la retraite à soixante ans ou la suppression de la loi travail par exemple, on s’empresse de l’accuser d’imiter Marine Le Pen.

Comment conjurer la catastrophe démocratique qui menace, selon la formule de Laurent Mauduit ? Beaucoup, désolés du spectacle à gauche, voudraient l’unité. Leur appel mérite le respect, notamment celui, dramatique, du maire communiste de Grigny, Philippe Rio. Mais en appeler à l’unité des deux candidats ne sert malheureusement pas à grand-chose dans la situation actuelle. Ils se maintiendront, enfermés l’un et l’autre dans leur logique propre. Ils paieront le prix, et nous avec eux, de l’auto destruction du socialisme durant ces trente ou quarante dernières années, faute d’avoir voulu et pu surmonter ce désastre historique. Personne pourtant n’est propriétaire de l’unité. Aucun appareil, aucun responsable, ne devrait avoir le droit d’en décider sur un coin de table de restaurant.

Mais surtout, comment ne pas voir que, si l’on désire vraiment refonder la gauche, le temps des appareils dominateurs et des leaders solitaires est passé ? Comment ne pas comprendre que toute transformation sociale réelle passe désormais par la libération des énergies démocratiques et par une déverticalisation effective de l’action politique ? Jean Luc Mélenchon a certes compris que le temps des vieux partis était passé, mais il a reverticalisé encore plus la relation personnelle qu’il veut entretenir avec le peuple, selon le schéma douteux et dangereux d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe.

De ce point de vue, la dette proclamée à l’égard de la révolution bolivarienne d’Hugo Chavez est passablement inquiétante. Insistons là-dessus encore une fois. La prétendue démocratie plébiscitaire n’est en rien une forme particulière de démocratie, elle est la négation pure et simple de la démocratie comprise comme exercice effectif du pouvoir politique par le peuple, au moins sous la forme d’un contrôle actif sur les détenteurs du pouvoir exécutif.

Quel contraste avec le foisonnement des pratiques innovantes et des idées nouvelles en matière démocratique dont a témoigné le mouvement des Nuits Debout. Il suffit d’être à l’écoute de toutes les expérimentations pratiques et de toutes les discussions théoriques qui ont lieu depuis des années dans ce pays et dans d’autres, dont l’Espagne, pour se rendre compte du caractère archaïque des manières de faire dans la gauche politique française.

Aucune refondation de la gauche n’aura lieu tant que l’on dissociera la parole et l’action, le projet et l’organisation. Les ficelles du passé sont trop grosses aujourd’hui pour la sensibilité politique des gens de gauche qui veulent prendre part. Et il est une autre condition et elle est élémentaire. Nous l'avons dit, la lutte séculaire pour l’égalité sociale a été trahie par la gauche de gouvernement et cette trahison a conduit à la désertion des classes populaires et au succès du néo fascisme.

Remettre au centre de l’activité politique l’égalité sociale et faire que cette politique égalitaire commence dans les dispositifs organisationnels eux mêmes est la seule voie concevable pour que la gauche survive et se reconstitue. La transformation sociale désirée à gauche commence donc par soi-même.

 

Urgence démocratique et front commun

 

Il faut agir vite pour que dès les élections législatives le sort de la gauche anti néo libérale ne soit pas entièrement condamné. Avec qui faire l’unité demain et comment ? Nous ne devons nous faire aucune illusion sur la nature du Parti Socialiste et nous savons parfaitement quel obstacle il est par lui-même devenu à toute politique de rupture avec l’ordre existant. Compte tenu de la décomposition de la gauche actuelle, il importe de réfléchir à la constitution rapide d’un vaste bloc démocratique anti néo libéral, rassemblant de multiples composantes politiques, syndicales et associatives, d’accord pour faire front commun contre les deux ennemis aux destins inséparables que sont le néo fascisme et le néo libéralisme.

La gauche de gauche française a pris un retard considérable et déçu les attentes de beaucoup, sauf lorsqu’elle s’est unie durant une trop brève période sous la forme d’un cartel d’organisations. Rappelons nous. Entre 1995 et 2005, c'est la première période de luttes massives contre les politiques néo libérales et l'émergence de l’alter mondialisme. Entre 2005 et 2009, c'est le cafouillage sectaire et l'incapacité des forces politiques de gauche de donner une forme politique nouvelle aux résistances sociales. Entre 2009 et 2016, c'est la vie et la mort du Front De Gauche (FDG), seule tentative, mais avortée, de coalition de la gauche de gauche.

Le dépassement du FDG voulu par Jean Luc Mélenchon en 2016 débouchera-t-il, comme il le souhaite, sur une nouvelle force parlementaire ou bien sur le vide ? La désunion se paie en tout cas aujourd’hui au prix fort. La responsabilité est sans doute partagée entre les appareils, mais elle est lourde pour chacun et n’en épargne aucun.

Soit le sectarisme d’appareil se prolonge et ce sera la fin pour longtemps de la gauche critique et radicale, soit il peut être dépassé par la création d’une nouvelle formation à la fois unitaire et diverse et le couple infernal de ses deux ennemis pourra alors être combattu et vaincu.

Cette dynamique unitaire est d’ailleurs la condition pour que le Parti Socialiste éclate entre ses deux pôles artificiellement réunis aujourd’hui sous un même chapeau. Si un groupe de frondeurs, sociaux démocrates à l’ancienne, parvenait à se reconstituer sur les ruines du hollandisme, il pourrait participer au front commun.

Mais nous n’en sommes pas encore là. La dynamique actuelle de division risque fort d’offrir au second tour des élections présidentielles le choix entre Marine Le Pen et François Fillon ou, plus probablement, entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Si tous les appels à l’unité sont restés vains et si nous ne pouvons plus rien empêcher, en tout état de cause, après les élections, il restera l'urgence démocratique de faire face au néo fascisme, fruit d’un désespoir doublement alimenté par le néo libéralisme et l’absence d’une vraie alternative politique. Car il ne faut pas s’y tromper, la menace du néo fascisme est une menace de guerre civile. C’est donc dès maintenant, si l’on veut vraiment éviter que le pire n’advienne, qu’il faut penser et expérimenter les formes d’un front commun démocratique.

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