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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 20:29

 

VAFFANCULO DAY

 

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’un long message du Monde relatif à l’histoire du Mouvement Cinq Etoiles.

Je diffuserais prochainement la deuxième et dernière partie.

 

Bernard Fischer

 

http://www.lemonde.fr/international/article/2017/03/10/en-italie-l-irresistible-ascension-d-un-ovni-politique_5092569_3210.html

 

VAFFANCULO DAY

 

En Italie, l’irrésistible ascension d’un Objet Volant Non Identifié (OVNI) politique

 

Malgré les critiques sur la nature peu démocratique de sa direction, le Mouvement Cinq Etoiles (MCE) est donné favori aux élections générales prévues avant le mois de février 2018.

 

Retour sur la genèse d’un parti atypique créé en 2009 par Beppe Grillo, un Coluche italien.

 

Par Jérôme Gautheret, correspondant du Monde à Rome

 

Vendredi 10 Mars 2017

 

Roberta Lombardi se souvient du 4 mars 2013 comme si c’était hier. Les Italiens venaient d’accorder, aux élections générales, vingt cinq pour cent de leurs suffrages à l’inclassable MCE, fondé en 2009 autour de l’humoriste Beppe Grillo. Ce jour-là, cent neuf militants totalement inexpérimentés allaient faire leur entrée à la chambre des députés et cinquante quatre autres au sénat. Cette juriste, encore salariée d’une agence immobilière quelques jours plus tôt, était l’une d’entre eux. Mieux, à trente neuf ans, elle venait d’être désignée comme chef du groupe des députés du MCE. Sa vie a basculé. Elle n’y était pas préparée.

Elle se remémore ses premiers pas entre deux éclats de rire. « Dix minutes après mon élection, le téléphone est devenu fou. Les journalistes du monde entier voulaient me parler. J’ai même reçu un message de Renato Brunetta, le président du groupe Forza Italia au parlement, fidèle entre les fidèles de Silvio Berlusconi. J’ai cru que c’était une blague d’un imitateur, alors je ne lui ai pas répondu pendant des jours ». Passé l’euphorie, retour à la politique, « lors de la première réunion des chefs de groupe, il y a eu un tour de table pendant lequel chacun devait indiquer ses priorités. Très vite, les autres se sont mis à parler entre eux », raconte-t-elle. « Quand la parole m’a été donnée, j’ai dit bonjour, je m’appelle Roberta Lombardi et, entre personnes de bonne éducation, je crois qu’il est normal de se présenter. Il y a eu un grand silence. Evidemment, j’étais la seule nouvelle. Eux, ils se connaissaient tous ».

Seuls contre les autres et contre l’establishment, refusant les alliances de circonstance et les tractations de coulisse. Ainsi voulaient apparaître, dès le premier jour, les élus du MCE. Ainsi veulent-ils encore être perçus, même si Roberta Lombardi, qui a cédé son poste de chef de groupe au bout de trois mois selon les statuts du MCE, est devenue une familière des couloirs de Montecitorio, le siège de la chambre des députés, en même temps qu’une figure de la vie politique italienne.

Les premiers pas du MCE dans les allées du pouvoir ont été observés dans le camp d’en face avec une certaine perplexité. « Quand j’ai été chargé de former le gouvernement, à la fin du mois d’avril 2013, il y a eu le moment rituel des consultations des groupes parlementaires », se souvient Enrico Letta, du Parti Démocrate. « Le MCE voulait que la sienne soit diffusée en live streaming, au nom de la transparence. C’était plutôt amusant ». La vidéo de cette rencontre est toujours disponible sur YouTube et elle n’est pas vraiment à l’avantage des membres du MCE, qui y apparaissent comme des novices, un peu dépassés par les événements. « A l’époque », poursuit-il, « du fait de leur inexpérience, ils n’avaient pas obtenu grand-chose. A part la vice-présidence de la chambre, qui leur était garantie ».

Aujourd’hui retiré du jeu politique, l’ancien président du conseil, chassé du pouvoir par Matteo Renzi au mois de février 2014, concède volontiers quelques mérites à l’irruption du MCE dans le jeu parlementaire. « Cela nous a réveillés », dit-il. « Et c’est en grande partie grâce à eux que nous avons choisi des figures nouvelles pour diriger les assemblées, un ancien magistrat contre la mafia au sénat, Pietro Grasso, et une ancienne du Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR) à la chambre, Laura Boldrini ». Mais voilà, l’expérience n’était pas censée durer. Une fois démontrée l’incompétence de ses élus, le MCE aurait dû rentrer dans le rang. Or, il n’en a rien été.

Le MCE continue à progresser dans le cœur des italiens. En cas d’élections générales, les sondages le créditent d’environ trente pour cent des voix. Si bien qu’il ne paraît plus impossible de voir bientôt cette formation, campant sur une ligne ni droite ni gauche contre les élites, les médias et l’euro, prendre les commandes de la troisième économie de la zone euro.

Comprendre la séduction qu’opère le MCE dans de larges franges de la société italienne implique de faire un retour en arrière. Au commencement de cette aventure politique, il y a deux hommes que tout devrait opposer. Beppe Grillo, qui a vu le jour en 1948 à Gênes, humoriste et provocateur-né, enfant terrible de la télévision italienne, est le leader charismatique.

Ancien dirigeant du groupe Canal Plus, aujourd’hui installé dans la lagune de Venise, le journaliste et homme de télévision français Michel Thoulouze s’est lié d’amitié avec lui dans les années 1990. « A l’époque, il ne passait plus à la télévision publique. Je l’avais fait inviter sur notre chaîne Telepiu. Il donnait des spectacles dans des salles immenses pleines à craquer, il gagnait beaucoup d’argent et il en était très content ».

Souvent qualifié de Coluche italien, il a partagé l’affiche avec le comique français dans un film de Dino Risi sorti en 1985, Beppe Grillo avait une audience comparable auprès du public et le même talent inné pour tenir une salle, mais il pratiquait un humour d’une tonalité différente, dans lequel apparut très tôt, outre la dénonciation de la corruption des politiques, un sujet qui ferait presque figure de passage obligé en Italie, une sensibilité particulière aux enjeux économiques, ainsi qu’aux droits des consommateurs. « Il a toujours eu la passion de décortiquer les sujets techniques, d’aller au bout des choses », affirme Michel Thoulouze. « Il se faisait aider d’universitaires suisses pour concevoir ses spectacles. Beppe Grillo est allé jusqu’à acheter des actions de Telecom Italia pour pouvoir aller à l’assemblée générale annuelle et y dénoncer, très brillamment d’ailleurs, les conditions dans lesquelles l’entreprise avait été privatisée ».

En 2004, cet homme qu’on avait vu sur scène détruire un ordinateur à coups de maillet, éructant contre le faux progrès que représentent les nouvelles technologies, rencontre l’informaticien Gianroberto Casaleggio, né en 1954 et mort en 2016. Ce sera lui, le cerveau politique du MCE.

Ensemble, ils créent un blog. « Gianroberto Casaleggio était un homme très réservé, qui voulait rester dans l’ombre », se souvient le journaliste Alberto Di Majo qui lui a consacré plusieurs ouvrages. « Il avait une intuition très forte selon laquelle internet allait tout changer à la façon de faire de la politique ».

Fondateur d’une entreprise internet, Casaleggio Associates, le futur gourou du MCE a été, jusqu’en 2010, le responsable de la communication numérique de l’Italie des Valeurs, le petit parti centriste créé par le juge Antonio di Pietro, ancienne figure de l’opération Mani Pulite. Fortement influencé par le New Age, cet intellectuel atypique avait développé un curieux penchant pour les prophéties apocalyptiques. Dans ses écrits, il annonçait notamment pour 2050 l’avènement de Gaïa, un monde dans lequel l’intelligence sociale collective permettra de résoudre les problèmes de l’humanité. Non sans mal, car avant cela, l’espèce humaine devra subir une guerre mondiale faisant six milliards de morts.

A côté de ces théories hasardeuses, Gianroberto Casaleggio était attaché à des thèmes plus concrets tels qu’une écologie fondée sur le concept de décroissance heureuse, ainsi qu’à une certaine forme d’austérité, qui continuent d’irriguer le MCE. Il est également le père d’une stratégie fondée sur internet, lieu d’une possible démocratie directe en ligne, et dans laquelle l’enjeu central est la conquête des réseaux sociaux, jugés plus importants que la télévision vieillissante. Sans lui, jamais le MCE n’aurait pu décoller.

Retour à la chambre des députés de Rome, Roberto Fico, quarante deux ans, grand sourire et allure décontractée, reçoit non loin de Montecitorio, dans les locaux de la commission de surveillance de la RAI, dont il est un membre important. C’est un des premiers convertis et il a été de toutes les étapes de la spectaculaire ascension du mouvement grilliste. « Quand je suis arrivé, en 2005, il n’était pas encore question de se lancer dans la course électorale. Mais il y avait ce blog passionnant qui publiait un post par jour depuis le mois de janvier 2005. Le 16 juillet 2005, Beppe Grillo lançait l’idée de se rencontrer, pour essayer de transformer en action citoyenne l’énergie des spectacles, par le biais de Meetup, une plate-forme informatique. Quelques heures après, je créais le groupe Meetup de Naples ».

La première réunion nationale des groupes d’amis de Beppe Grillo a lieu dans les environs de Naples au mois de septembre 2005. « Notre cheval de bataille principal était alors la lutte contre la privatisation de l’eau », se souvient Roberto Fico. « Mais il y avait d’autres sujets. Quelques semaines plus tard, nous nous sommes retrouvés à Turin et, après une demi-journée de réunion, nous sommes tous allés manifester contre le projet de tunnel de la future ligne du Train à Grande Vitesse (TGV) entre Lyon et Turin, avec les associations locales ».

Les groupes grandissent parallèlement au blog, bientôt lu par des millions de fidèles. Il accueille des contributions d’artistes, de chercheurs ou de simples citoyens, conquis par la volonté de Beppe Grillo de renouveler le système politique italien. Le premier point d’orgue sera le Vaffanculo Day, les 8 et 9 septembre 2007, avec des rassemblements organisés dans toute l’Italie au cours desquels plus de trois cent mille signatures sont recueillies en faveur d’une initiative appelée Parlamento Pulito lancée en 2005, qui veut interdire d’entrée au parlement les personnes condamnées par la justice et qui veut limiter à deux mandats successifs les carrières parlementaires.

Gagnés à l’idée d’entrer de plain-pied dans le jeu politique, les amis de Beppe Grillo lancent leurs premières candidatures lors de scrutins locaux, pour des résultats très modestes, deux pour cent des voix aux élections municipales de Rome, en 2008. L’humoriste envisage même de se présenter en personne aux élections primaires du Parti Démocrate, en 2009. Les amis de Beppe Grillo se situent alors clairement dans la dissidence de gauche. Leurs provocations répétées hérissent l’appareil du Parti Démocrate. Réagissant à l’annonce de cette candidature lors d’un entretien télévisé, l’ancien ministre Piero Fassino déclare, non sans condescendance que « si Beppe Grillo veut faire de la politique, qu’il mette sur pied une organisation et qu’il se présente, nous verrons combien de voix il remportera ». Il sera entendu.

 

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