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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 18:28

 

https://bdsf34.wordpress.com/2017/04/28/le-leader-de-bds-omar-barghouti-dedie-son-prix-gandhi-de-la-paix-aux-prisonniers-palestiniens-en-greve-de-la-faim/

 

https://www.democracynow.org/2017/4/25/bds_leader_omar_barghouti_dedicates_his

 

Le leader du mouvement pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS), Omar Barghouti, dédie son prix Gandhi de la paix aux prisonniers palestiniens en grève de la faim

 

Interview d'Omar Barghouti par Amy Goodman et Juan Gonzalez

 

Mercredi 26 Avril 2017

 

Alors que mille prisonniers palestiniens sont entrés dans leur neuvième jour d’une grève massive de la faim dans les prisons israéliennes, nous sommes rejoints par le militant palestinien Omar Barghouti, venu aux Etats Unis pour recevoir le prix Gandhi de la paix 2017 pour son travail en tant que cofondateur du mouvement pour le BDS. A la cérémonie de remise des prix, Omar Barghouti a dédié son prix aux palestiniens en grève de la faim. Il a été presque empêché d’être présent après que la police israélienne l’ait arrêté, saisissant son passeport et lui interdisant de quitter le pays. Un tribunal israélien a finalement levé temporairement l’interdiction de voyager.

 

Amy Goodman. Pouvez vous expliquer ce qui vous est arrivé, pourquoi vous avez eu autant de difficultés pour revenir aux Etats Unis. Vous êtes à la fois citoyen israélien et citoyen américain.

 

Omar Barghouti. Non, en fait je ne le suis pas. Je ne suis ni citoyen américain, ni citoyen israélien. En tant que palestinien et que réfugié, fils de réfugiés, je suis résident permanent en Israël et je suis un citoyen jordanien. Je ne peux pas parler de la dernière phase de répression que j’ai subie par Israël parce que je suis condamné au silence par ordre de justice et je vais donc éviter de m’étendre sur ce sujet. Mais nous devons le remettre dans son contexte. Il y a environ un an, Israël a créé une unité de ternissement, mise en place par le ministère des affaires stratégiques, dont le but était ouvertement de ternir la réputation des défenseurs des droits de l'homme palestiniens, internationaux et israéliens, impliqués dans la lutte pour les droits des palestiniens grâce au mouvement pour le BDS. Cette dernière phase de répression arrive donc dans ce contexte et dans le contexte d’une guerre mac carthyste lancée par Israël, depuis plus de trois ans maintenant, contre le mouvement pour le BDS à travers le monde.

 

Juan Gonzalez. Vous étiez l’un des fondateurs et aussi un membre du comité national du mouvement pour le BDS, qui est probablement la plus vaste coalition dans les territoires palestiniens. Pourriez vous nous parler du comité national du mouvement pour le BDS et de son rôle maintenant ?

 

Omar Barghouti. Le comité national du mouvement pour le BDS est la plus vaste coalition de la société palestinienne et il dirige le mouvement mondial pour le BDS. C’est donc lui qui établit les stratégies générales et les objectifs du mouvement. Mais c’est clairement un mouvement décentralisé. Ainsi, le comité national représente les partis politiques palestiniens, les syndicats, les associations de femmes et les réseaux de réfugiés. Il fonde son accord sur les trois exigences fondamentales de l’appel lancé en 2005, la fin de l’occupation israélienne, la fin du système de discrimination raciale, qui rejoint la définition de l'apartheid de l'Organisation des Nations Unies (ONU), et le droit au retour pour les réfugiés palestiniens. En tant que tel, il ne prend absolument pas position sur l’issue politique, un ou deux états. Nous restons fidèles à la déclaration des droits de l'homme plutôt qu’à l’issue politique à laquelle les palestiniens pourraient se déterminer dans le cadre de l’exercice de leur auto détermination.

 

Juan Gonzalez. Pourriez vous nous faire partager, ainsi qu’à nos auditeurs et spectateurs, un peu de votre propre expérience qui a en quelque sorte scellé votre engagement dans cette cause ?

 

Omar Barghouti. Je pense que nous l’avons vu, spécialement après la décision en 2004 de la Cour Internationale de Justice (CIJ) comme quoi le mur construit par Israël dans les territoires occupés était illégal, et que le monde n’a pas bougé pour mettre Israël en accusation sur ce seul crime, sans parler de son déni des droits des réfugiés, de son système d’apartheid et de son occupation. Aussi, mes collègues et moi même avons pensé que nous ne pouvions pas indéfiniment vivre en attendant simplement que la communauté internationale, sous hégémonie américaine, bouge pour demander à Israël de rendre des comptes sur ses obligations envers le droit international. Nous avons dû pour ainsi dire emprunter le chemin des sud africains pour faire rendre compte à Israël par les citoyens du monde entier, les institutions du monde entier et la société civile qui, réunis tous ensemble, prendraient des mesures qui isoleraient Israël académiquement, culturellement et économiquement et qui, finalement, lui imposeraient des sanctions, comme cela avait été fait contre l’Afrique du Sud. J’ai donc été motivé par toute une série d’expériences personnelles de répression sous le régime israélien d’occupation et d’apartheid.

 

Amy Goodman. Pouvez vous nous parler de la très importante grève de la faim dans laquelle se sont engagés actuellement des centaines de prisonniers palestiniens ?

 

Omar Barghouti. La grève de la faim des prisonniers palestiniens, dont la plupart sont des prisonniers politiques qui souffrent de conditions extrêmement inhumaines dans ce que j’appelle les cachots d’apartheid d’Israël, ou dans les prisons et centres de détention, demandent l’application de leurs droits fondamentaux en tant que prisonniers selon le droit international. Et on leur refuse ces droits. Ils sont doublement punis, pas seulement avec de très longues peines de prison, mais avec un manque de procédures justes, le manque de tout semblant de justice dans le système carcéral d’apartheid et le système juridique israélien. On leur dénie aussi certains droits fondamentaux tels que le droit de visite. Leurs parents, lorsqu’ils viennent les voir, sont humiliés. Beaucoup de prisonniers subissent la torture et souffrent de conditions très inhumaines. Ainsi, la torture est très répandue dans les prisons israéliennes, dans le système carcéral, y compris en particulier contre des centaines d’enfants palestiniens. Aussi, les prisonniers font grève, s’engagent dans cette très difficile, très extrême forme de résistance, afin de montrer au monde qu’ils manquent de ces droits fondamentaux et qu’ils exigent ces droits fondamentaux. Ils refusent de vivre dans ces conditions.

 

Juan Gonzalez. Je m’interroge sur vos perspectives, maintenant que le président Donald Trump est là à la Maison Blanche et que Benjamin Netanyahu est toujours premier ministre d’Israël, ce que vous attendez de la nouvelle administration américaine. Et je comprends que, le 3 mai 2017, le président Donald Trump va rencontrer le président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas. Qu’attendez vous de cette rencontre ?

 

Omar Barghouti. Je pense que, si nous observons le gouvernement israélien, arrivé au pouvoir en 2015 comme le plus raciste de l’histoire d’Israël, en train de jeter le masque qui recouvrait jusque là le régime d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid d’Israël, l’administration de Donald Trump a elle aussi jeté le masque de l’administration américaine, qui a toujours fait lit commun avec le système israélien d’occupation et d’apartheid, et maintenant vous l’affrontez aussi. Ainsi, la répression que nous voyons croître aux Etats Unis et la répression et le déni de droits que nous constatons de la part du gouvernement israélien se rejoignent et nous montrent des voies pour réunir nos combats. Nous envisageons donc des temps très difficiles, face à l’impunité israélienne gonflée aux stéroïdes, à cause de l’administration de Donald Trump. Et en même temps, l’administration de Donald Trump utilise le gouvernement droitier d’Israël comme un modèle pour le profilage ethnique, pour les murs, comme celui avec le Mexique, et pour diverses sortes de politiques raciales. Israël est maintenant un modèle pour l’administration américaine. Et cela, c’est dangereux pour tout le monde.

 

Amy Goodman. Vous avez été honoré à l’université de Yale, conjointement à Ralph Nader, avec le prix Gandhi. Vous vous êtes également exprimé hier soir à l’université de Columbia. Y a-t-il eu des troubles à cette occasion ?

 

Omar Barghouti. Un genre de mac carthysme israélien a touché l’université de Columbia et le collège Barnard. A la toute dernière minute, moins de vingt quatre heures avant l’événement de la nuit dernière, les administrations de Columbia et de Barnard ont refusé aux étudiants le droit d’ouvrir la rencontre au public. Elle a donc été restreinte à la communauté de l’université de Columbia dans une démarche très étrange. Et les raisons étaient encore plus étranges. Elles citaient l’article d’un torchon d’extrême droite qui disait que cet orateur était enclin à la controverse et pourrait provoquer quantité de débats sur le campus, comme si tout orateur ayant quelque chose à dire n’était pas sujet à la controverse. Ainsi, les gens en place, dont ceux qui siègent dans les universités de notre pays, plient sous la pression des lobbies israéliens qui essaient véritablement de vendre leur mac carthysme et leur répression dans diverses institutions pour empêcher les voix des palestiniens de se faire entendre et pour empêcher de nombreux américains de rejoindre le combat pour la justice en Palestine et de le rapprocher des luttes nationales pour les droits raciaux, les droits économiques et d’autres formes de justice.

 

Juan Gonzalez. Je voulais vous interroger sur le mouvement pour le BDS et sur la réponse d’Israël contre le mouvement pour le BDS. Que fait-il pour le combattre ? Et aussi sur la base de données qu’ils établissent sur les citoyens israéliens qui soutiennent ce mouvement ?

 

Omar Barghouti. Depuis 2014, Israël a décidé que son ancienne politique et que son ancienne stratégie contre le mouvement pour le BDS, la propagande ou la stratégie de la marque Israël, avaient failli et il a donc adopté une nouvelle stratégie fondée sur l’utilisation de ses services secrets pour espionner les militants du mouvement pour le BDS et essayer de ternir nos réputations, en s’appuyant sur un combat juridique pour voter des lois contre le mouvement pour le BDS, comme cela arrive dans beaucoup de législatures dans ce pays, comme au congrès américain et dans des pays comme la France et la Grande Bretagne. Aussi sont-ils passés d’une guerre de propagande à une guerre acharnée juridique et d’espionnage contre le mouvement. Ce que vous avez mentionné est absolument important. Récemment, Israël a voté un interdit contre le mouvement pour le BDS. Il interdisait à tout supporter du mouvement pour le BDS, ou même aux supporters de boycotts partiels contre les colonies israéliennes illégales dans les territoires occupés, d’entrer dans le pays. En fait, Israël dresse une liste noire des israéliens qui soutiennent n’importe quelle forme de boycott contre les institutions israéliennes pour obtenir justice et accorder leurs droits aux palestiniens. Ainsi, ce mac carthysme n’est plus une simple métaphore. C’est réel et cela arrive véritablement, alors qu’Israël tombe dans l’abîme et que des gens du commun, comme Ehud Barak par exemple, mettent en garde sur le fait que des signes de fascisme menacent Israël.

 

Amy Goodman. Qu’aimeriez vous voir sortir de cette rencontre de la semaine prochaine, le 3 mai 2017, entre Mahmoud Abbas et le président Donald Trump, à laquelle Juan Gonzalez vient de faire référence ?

 

Omar Barghouti. Je pense que je ne suis pas le seul palestinien à avoir très peu d’espoir que quoi que ce soit puisse en sortir. Tout d’abord, les fonctionnaires palestiniens actuellement au pouvoir n’ont pas de mandat démocratique pour gouverner. Ils n’ont pas de mandat démocratique pour transiger sur quelque droit des palestiniens que ce soit comme ils le font. Aussi ne font-ils pas observer les droits des palestiniens selon le droit international. Ils ne font pas observer le droit au retour des réfugiés palestiniens et le droit de vivre sans apartheid et sans occupation. Ils ne demandent qu’un tout petit résidu des droits des palestiniens. Et ils tiennent compte des dictas qui viennent des administrations israéliennes et américaines. Aussi ai-je très peu d’espoir. C’est une gouvernance très faible, dépourvue de tout mandat démocratique. Et nous n’en attendons pas grand-chose. Nous faisons plus confiance à la société, la société civile, la résistance populaire et la solidarité internationale qui l’accompagne.

 

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