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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 19:49

 

http://next.liberation.fr/cinema/2017/04/25/je-ne-suis-pas-votre-negre-magistrale-genealogie-du-racisme-aux-etats-unis_1565279

 

« Je ne suis pas votre nègre », magistrale généalogie du racisme aux Etats Unis

 

Par Elisabeth Franck-Dumas

 

Le documentaire consacré par Raoul Peck à l'écrivain américain James Baldwin passe Mardi 25 Avril 2017 sur Arte, en avant-première, avant sa sortie en salle le 10 mai 2017. A ne pas rater.

Important est un mot galvaudé, mais parfois il s’impose. Le documentaire que le cinéaste Raoul Peck a consacré à l’écrivain américain James Baldwin, « je ne suis pas votre nègre », qui passe en avant-première Mardi 25 Avril 2017 sur Arte et qui sortira au cinéma le 10 mai 2017, nous aurons l’occasion d’y revenir plus longuement, est par exemple un film important.

S’y déploient les mots d’un immense écrivain, trop peu connu en France, dont la pensée limpide s’est attaquée aux tourments américains, à son identité fracturée, à la question noire et à l’ignorance blanche et qui n’a rien perdu, les années passant, de son tranchant. Si l’on ne saurait trop recommander de voir le film également à sa sortie en salle, car c’est aussi un objet de et sur le cinéma, un visionnage en ces temps troubles aurait pour mérite de remettre violemment les idées en place.

Son point de départ est un manuscrit laissé inachevé par James Baldwin, mort en 1987, des notes prises en vue de l’écriture de Remember this House. Il comptait le consacrer à trois leaders des droits civiques aux Etats-Unis, tous assassinés dans les années 1960, Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King. Moins dissemblables que l’histoire n’a bien voulu le laisser croire, ils étaient des amis de James Baldwin et ils ont surtout, à la fin de leur vie, convergés dans leurs luttes. Si Raoul Peck s’appuie sur d’autres textes de James Baldwin, notamment le brillant Devil Finds Work, consacré à Hollywood, dont nous n’avons pas connaissance d’une traduction, pourvu que cela change, son film peut être vu comme la deuxième étape d’une magnifique course de relais, reprenant Remember this House là où James Baldwin l’avait laissé. Car, non content de raconter les destinées des trois leaders noirs et de puiser abondamment dans les écrits de James Baldwin, la voix off est assurée par Samuel Jackson pour la version originale et par Joey Starr pour la version française, Raoul Peck les juxtapose à des scènes d’actualités, notamment du mouvement Black Lives Matter, démontrant habilement que la pensée de l’écrivain a gardé sa pleine vérité, notamment lorsqu’il énonce que le racisme constitutif de la nation américaine resterait son pire ennemi, tant que les mensonges fondateurs du pays, le massacre des indiens et l’esclavage des noirs, ne seraient pas exhumés et exposés au grand jour. Il le resterait tant que les blancs et la culture dominante, car blanc est synonyme de pouvoir, ici comme ailleurs, ont, en inventant la figure du nègre, créé un exutoire à leurs propres terreurs, leur violence rentrée, leur sexualité immature et le grand vide émotionnel de leur existence, vouée à une consommation toute puissante et anesthésiante.

Le propos, qui renverra chacun à son imaginaire et à ses préjugés, parfois douloureusement, est développé par un montage habile. Aux scènes quasi insoutenables d’humiliations subies par une enfant noire se rendant, suite aux lois de déségrégation, dans une école blanche, Raoul Peck interpose des séquences joyeuses et idiotes de films de l’époque, où les blancs s’amusent entre eux et où les noirs n’apparaissent qu’aux marges, souvent en position servile. Et tandis que la voix de James Baldwin évoque les corps de ses frères morts, ce sont les visages de Trayvon Martin ou d’Eric Garner qui surgissent.

La démonstration fait de l’élection de Barack Obama un heureux accident et de celle de Donald Trump l’accomplissement d’une destinée manifeste dévoyée.

Si le film est captivant, c’est aussi parce qu’y apparaissent des extraits d’émissions télévisées dans lesquelles James Baldwin, extraordinaire orateur, brille d’élégance et d’intelligence, son doux parlé staccato et sa manière faussement nonchalante vous décillant les yeux d’un coup sec. Ils font regretter l’âge d’or de la télévision, livrant aussi une critique implicite du divertissement contemporain. Qui, aujourd’hui, inviterait ce genre de penseur à discourir aussi longtemps avec une telle liberté de ton ? C’est évidemment l’endroit où l’on souhaite féliciter Arte de s’être lancée dans la coproduction du documentaire.

Quels enseignements tirer d’un tel film ? Ils sont innombrables et ne concernent pas seulement les Etats-Unis. Mais nous aimerions aujourd’hui rappeler la puissance d’une idée toute simple et pourtant trop rarement énoncée, qu’en maltraitant les siens, un pays tout entier s’avilit et se condamne à la catastrophe. C’est ce message passé de mode que ce beau film martèle et que James Baldwin lui-même martelait, refusant que le problème noir soit vu autrement qu’un problème américain, un défi lancé au pays tout entier.

 

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