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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 16:39

 

LA REVOLUTION RUSSE ET L UKRAINE

 

La revue de l’émancipation syndicale et pédagogique publiait récemment une très longue histoire de l’Ukraine.

 

Vous trouverez ci-dessous les paragraphes relatifs à l’histoire de l’Ukraine pendant la révolution russe.

 

Bernard Fischer

 

Le pays qui voulait exister

 

Au mois de février 1917, la révolution éclate à Petrograd, elle s’étend à tout l'empire russe et elle fait exploser cette prison des peuples que constituait l’empire du tsar. Pour les nationalités opprimées, c'est une opportunité historique pour s’émanciper. Le processus de la révolution sociale se combine alors avec l’aspiration démocratique des peuples à décider de leur propre avenir. Compte tenu de l'extrême diversité des situations, ce processus diffère selon chaque cas et il conduit à des débats complexes et à des évolutions très rapides. C’est le cas de l’Ukraine.

 

Une aspiration trop longtemps refoulée

 

En Ukraine, l’aspiration à constituer une nation a été longtemps refoulée par la plus brutale des répressions. Cette aspiration s’était réfractée dans les premières organisations ouvrières de la seconde moitié du dix neuvième siècle et du début du vingtième siècle. Elle s’est encore exprimée à la veille de la première guerre mondiale. Le 11 mars 1914 à Kiev une manifestation interdite commémorant le poète nationaliste Taras Chevtchenko rassemble des dizaines de milliers de manifestants. Des manifestations ont lieu dans d’autres villes ukrainiennes.

La révolution qui balaie les territoires ukrainiens au mois de février 1917 libère alors une formidable énergie. La question nationale est immédiatement posée. Mais les réponses données à cette question varient selon les organisations et prolongent les débats qui avaient traversé le jeune mouvement ouvrier avant 1917.

Surtout, ce qui rend alors confus les débats, c’est l’extrême rapidité avec laquelle se succèdent, sur le territoire ukrainien ravagé par la guerre puis la guerre civile, des événements de grande ampleur.

 

Du mois de février 1917 au mois d'octobre 1917

 

On retrouve en Ukraine, avec des modulations locales, les mêmes débats et conflits que dans l’ensemble de la Russie, en particulier la lutte entre les réformistes, qui pactisent avec la bourgeoisie et qui refusent de mettre fin à la guerre et d’accorder la terre aux masses paysannes qui la revendiquent, et les révolutionnaires, qui mènent le combat pour la terre et la paix.

Ce débat se combine avec la question nationale, se concrétisant avec l’institution de la Rada. La Rada, le Conseil en ukrainien, créée à Kiev au mois de mars 1917, est généralement présentée comme un parlement bourgeois ukrainien.

Mais par certains traits, au début surtout, cela ressemble un peu à un soviet, avec des délégués d’usines, de quartiers ou d’associations culturelles, plus ou moins contrôlés par des partis. En fait, sa nature est rapidement donnée par sa politique et celle des partis qui y sont majoritaires. Comme le gouvernement provisoire de Petrograd, la Rada refuse de satisfaire l’exigence des paysans qui revendiquent la terre.

Cette Rada centrale est présidée par l’historien Mykhailo Hrushevsky, un nationaliste issu du parti radical ukrainien de 1905 et désormais membre du parti ukrainien des socialistes révolutionnaires (UPSR).

Puis, le gouvernement de Petrograd ignorant la revendication d’autonomie, la Rada proclame, au mois de juin 1917, l’autonomie de l’Ukraine. Il n’est alors pas question d’indépendance.

 

Une palette de groupes et de courants

 

En Ukraine, l’influence directe des deux partis, le parti bolchevik et le parti menchevik, issus de la sociale démocratie russe est d’abord limitée, pour l’essentiel, aux ouvriers d’origine russe embauchés dans l’est de l’Ukraine. Ce qui domine, c’est toute une palette d’organisations ukrainiennes combinant à des titres divers nationalisme bourgeois, politique réformiste de collaboration, politique révolutionnaire, revendications sociales et revendications nationales.

À la Rada siège ainsi un parti proche des mencheviks de gauche internationalistes, le parti ouvrier social démocrate ukrainien (USDRP), avec Volodymyr Vynnytchenko, désigné chef du gouvernement par la Rada. Nous pouvons rattacher à ce courant, dans son aile la plus à droite, le personnage de Simon Petlioura, qui dégénère rapidement.

Il y a aussi des populistes ukrainiens, les socialistes révolutionnaires, ainsi que des sociaux fédéralistes héritiers du populiste Mykhailo Drahomanov. Nous trouvons aussi les représentants de différentes minorités, dont celle des juifs, représentés par le Bund et le Poale Zion. Les anarchistes sont également actifs en Ukraine. Nestor Makhno est libéré de prison par la révolution du mois de février 1917 et il retourne à Gouliaï Polié, dans le sud-est de l’Ukraine, où il organise des paysans armés. Voline peut revenir d’exil au mois de juillet 1917 et il participe à la construction de Nabat, confédération d’organisations anarchistes en Ukraine.

 

Du mois d'octobre 1917 au mois de novembre 1918

 

À la fin de l’été 1917, en Russie, les révolutionnaires deviennent majoritaires dans les soviets. Au mois d'octobre 1917, le gouvernement d'Alexandre Kerensky est chassé et les soviets prennent le pouvoir. Vladimir Lénine signe immédiatement deux décrets, l’un pour l’arrêt de la guerre et l’autre pour l’expropriation des grands propriétaires fonciers. Ceux–ci, avec les débris de l’armée tsariste, lancent la contre révolution armée.

À Kiev, on change alors de fusil d’épaule. La Rada centrale, le 7 novembre 1917, proclame l’indépendance de l’Ukraine que reconnaissent la France et le Royaume-Uni. Cette république populaire ukrainienne est dirigée par Mykhailo Hrushevsky.

Ce retournement est souvent interprété comme une manœuvre pour échapper au nouveau pouvoir soviétique instauré à Petrograd et à Moscou.

En même temps, nous devons prendre en compte le fait que, en Ukraine, le processus de radicalisation s’est développé tout autant qu’en Russie. Lassés d’attendre le partage des terres, les paysans ukrainiens ont multiplié les occupations sauvages des grandes propriétés. L’exigence de la fin de la guerre se fait pressante. Cette radicalisation se traduit par le développement des soviets dans les villes qui concurrencent le pouvoir de la Rada. Le soviet de Kiev forme ainsi, le 22 octobre 1917, un comité révolutionnaire destiné à prendre le pouvoir.

On peut donc aussi lire cette proclamation de la république populaire ukrainienne comme une concession majeure faite aux masses. Il n’en reste pas moins que ce gouvernement de la Rada est un gouvernement bourgeois.

Quant aux bolchéviks, avec l'appui des socialistes révolutionnaires et des sociaux démocrates de gauche, ils organisent un congrès des soviets d’Ukraine qui se tient à Kharkiv au mois de décembre 1917.

Ensuite est constitué un gouvernement, le comité central exécutif d’Ukraine, dirigé par Yevgenia Bosch, une militante appartenant à l’aile luxemburgiste du bolchevisme. Or, ce courant est hostile à ce que soient formés de nouveaux états indépendants.

Dans cette situation de double pouvoir, la Rada en appelle à l’impérialisme allemand, rompant avec ses soutiens français et anglais, et écrase, sous la direction de Simon Petlioura, un soulèvement révolutionnaire à l’arsenal de Kiev.

Quelques jours plus tard, au mois de février 1918, ce même Simon Petlioura, avec la Rada, s’enfuit de Kiev à l’approche de l'armée rouge.

C’est l’armée allemande qui rétablit alors la situation au mois de mars 1918, qui met fin au premier gouvernement des soviets ukrainiens et qui prend le contrôle de Kiev.

Puis, au mois d'avril 1918, les autorités allemandes apportent leur appui à un coup d'état organisé par les hobereaux et l’hetman Pavlo Skoropadsky. Ce chef de guerre entreprend de restaurer les grandes propriétés foncières, provoquant révoltes paysannes et guérillas de partisans rouges et noirs.

 

De 1918 à 1920

 

La défaite, au mois de novembre 1918, de l'empire allemand marque la fin de ce pouvoir fantoche balayé par une insurrection générale.

C’est désormais la guerre civile, exacerbée par l’intervention des puissances étrangères, qui ravage le pays. S'y affrontent quatre forces au moins, les armées blanches d'Anton Denikine soutenues par les armées françaises et anglaises, celles de Simon Petlioura, les cavaliers de Nestor Makhno et les forces soviétiques, sans compter un certain nombre de bandes autonomes.

Les armées blanches, encadrées par d'anciens officiers tsaristes, reçoivent dès la fin de l'année 1918 le renfort des français et des anglais qui débarquent à Odessa et à Sébastopol.

Pendant ce temps, à Kiev, un nouveau gouvernement , le directoire, est constitué par des socialistes, dont l'USDRP. Il est dirigé d’abord par Volodymyr Vynnytchenko, qui démissionne au mois de février 1919, puis il passe sous le contrôle de l’aventurier Simon Petlioura, qui défend les grands propriétaires et qui fait alliance avec des chefs de guerre pogromistes.

La troisième force s’organise dans les territoires historiques des cosaques zaporogues sous la direction de Nestor Makhno. Sur ce territoire, les paysans insurgés organisent des communes autonomes.

Niant l'état, refusant tout pouvoir central, Nestor Makhno tente d’avoir une politique indépendante des armées blanches et de l'armée rouge, quitte à passer desalliances improbables. Durant l’été 1919, il est rejoint par Voline qui devient responsable du conseil militaire insurrectionnel. Voline, plus tard, fera de Nestor Makhno un portrait à la fois élogieux et très critique.

Quant au pouvoir soviétique, il se reconstitue comme république soviétique autonome, dirigé par Iouri Piatakov à partir du mois de novembre 1918.

Il a, dans les villes, le soutien, variable selon les moments, de deux importants partis ukrainiens qui s'affirment révolutionnaires et indépendantistes, les borotbistes, nouvelle appellation des socialistes révolutionnaires de gauche, et les oukapistes, le parti communiste indépendantiste (UKP), l'ancienne gauche sociale démocrate.

L’année 1919 est marquée par la progression des troupes d'Anton Denikine. Ces troupes se livrent à des pogroms, en particulier à Kiev.

D’autres pogroms, plus nombreux encore, sont imputables aux forces de Simon Petlioura.

Puis la situation militaire s’infléchit. Les troupes blanches sont prises à revers par la cavalerie paysanne de Nestor Makhno. Durant l'hiver de 1919 et de 1920, l'armée rouge, qui avait dû se replier à l’est, reprend l’offensive.

Sa progression a été facilitée par des accords militaires passés par Iouri Piatakov avec diverses forces dont celles de Nestor Makhno.

 

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