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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 19:11

 

https://blogs.mediapart.fr/francois-bonnet/blog/100417/mediapart-et-melenchon-un-d-invitations-un-de-refus

 

Mediapart et Jean Luc Mélenchon, un an d’invitations, un an de refus

 

Par François Bonnet

 

Lundi 10 Avril 2017

 

Nos lecteurs nous interrogent à juste titre. Pourquoi ne pas inviter Jean-Luc Mélenchon à notre émission « en direct de Mediapart », comme nous le faisons pour de nombreux autres candidats ? La réponse est simple. Invité depuis un an, Jean-Luc Mélenchon a systématiquement refusé toutes nos propositions, faisant savoir qu’il « ne voulait pas venir ».

Emmanuel Macron, Yannick Jadot, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Oscar Temaru, Charlotte Marchandise et Vincent Peillon, mais aussi de nombreuses personnalités de la droite, depuis des mois, notre émission vidéo hebdomadaire « en direct de Mediapart », retransmise en direct et en accès libre, reçoit de nombreux responsables politiques. Nous nous sommes fixé une seule limite, ne pas inviter Marine Le Pen, son parti ayant sa liste noire de journalistes sur laquelle Mediapart figure.

Pour le reste, Mediapart s'efforce de faire vivre la pluralité des débats publics en invitant les responsables de toutes les forces politiques. Ce sera encore le cas, le Mercredi 19 Avril 2017, avec François Bayrou puis plusieurs élus de la droite qui seront interrogés par la rédaction de Mediapart. Pourquoi pas Jean-Luc Mélenchon, nous demandent des lecteurs, certains nous accusant au passage de ne pas vouloir donner la parole au candidat du Mouvement de la France Insoumise (MFI).

L'histoire n'est pas celle-là. Depuis 2012, Jean-Luc Mélenchon a participé à trois émissions « d'en direct de Mediapart ». Mais depuis un an maintenant, il refuse systématiquement toute participation, malgré nos invitations répétées. Il nous a fallu de longs mois pour comprendre que les problèmes d'agenda, de disponibilité ou d'opportunité du moment qui nous furent longtemps opposés masquaient en fait un choix déterminé. Jean-Luc Mélenchon ne veut pas être interrogé par la rédaction de Mediapart dans le cadre de notre émission.

Au mois d'avril 2016, nous lui avions fait une proposition qui nous semblait très intéressante, débattre avec Emmanuel Macron dans le cadre d'une grande réunion publique organisée à Paris, sans doute au Théâtre de la Ville qui permet d'accueillir plus de mille personnes.

Emmanuel Macron était intéressé. L'équipe de Jean Luc Mélenchon était également intéressée. Et les dates défilent, le 23 avril 2016, puis début mai 2016, puis entre le 10 et 20 juin 2016. Impossible, l'agenda du leader du MFI se referme à chaque fois. Trois mois passent et le débat tombe à l'eau.

Nouvelle salve d'invitations dès le début du mois d'octobre 2016, Stéphane Alliès et Christophe Gueugneau proposent à l'attachée de presse de Jean-Luc Mélenchon plusieurs dates jusqu'à la fin du mois de décembre 2016. Au début du mois de novembre 2016, notre émission « en direct de Mediapart » devient hebdomadaire, chaque mercredi, ce qui permet d'assouplir les calendriers et de s'adapter plus aisément aux contraintes des responsables politiques. Relancé, l'entourage de Jean-Luc Mélenchon nous fait savoir qu'il est souvent à Bruxelles ou à Strasbourg les mercredis pour les sessions du parlement européen mais que cela devrait se faire.

Et l'automne passe. A la fin du mois de novembre 2016, nous proposons au candidat du MFI des dates au mois de février 2017, soit après l'élection primaire du Parti Socialiste.

Nous faisons de nouvelles relances au mois de décembre 2016 et au mois de janvier 2017, en passant aussi par son directeur de campagne. Nous faisons de nouvelles propositions à la fin du mois de février 2017 avec des propositions pour les deux mois à venir jusqu'à la fin du mois d'avril 2017.

De fait, nous l'avions compris, mais il est toujours plus courtois que les personnes invitées nous opposent des refus clairs et motivés. Le 10 mars 2017, lors de son déplacement à Rome que Christophe Gueugneau couvrait, Jean-Luc Mélenchon nous explique enfin lui-même qu'il ne veut pas venir à Mediapart. Des inimitiés, des contentieux et l'accusation que nous organiserions des traquenards, c'est ce que nous comprenons de ces explications. Mediapart agace Jean-Luc Mélenchon.

C'est oublier plusieurs choses essentielles. Mediapart n'organise pas de traquenards. Au contraire, nos émissions sont conçues pour laisser aux personnes invitées tout le temps nécessaire pour s'expliquer, deux heures, deux heures et demie, trois heures parfois. C'est justement ce long format, trop long, parfois, qui est apprécié par les invités comme par ceux qui nous regardent. Les argumentaires peuvent être déployés et les explications peuvent aller au bout.

Il y a ensuite cette règle journalistique de base, dans un entretien, les journalistes sont maîtres de leurs questions et les invités sont maîtres de leurs réponses. Ce principe bête reste le meilleur moyen d'être crédible, mais aussi d'organiser une confrontation où l'interviewé ne parle pas seulement à son fan-club via des questions ineptes ou complaisantes. Donc, oui, depuis le début « d'en direct de Mediapart », comme dans nos entretiens écrits, notre devoir professionnel est aussi de poser des questions qui fâchent, par exemple, en 2012, sur les relations de Jean-Luc Mélenchon avec Serge Dassault.

Jean-Luc Mélenchon se fâche d'autant plus vite que, durant des années, sa stratégie fut de clouer au pilori les journalistes, avec parfois de bonnes raisons tant notre profession ne saurait être à l'abri de critiques. Le voilà fâché avec Mediapart et nous devinons en partie pourquoi. Nous avons souvent été en complet désaccord, dans nos analyses ou nos partis pris, avec ses positions sur la Russie, sur la nature du régime de Vladimir Poutine, sur la guerre en Ukraine, sur l'annexion de la Crimée et sur la Syrie. Des analyses et des partis pris qui n'engagent que leurs auteurs tant Mediapart est une rédaction diverse, avec des opinions différentes et un pluralisme revendiqué.

Voilà, par exemple, quatre articles qui ont fâché Jean-Luc Mélenchon, « Mediapart, Jean Luc Mélenchon et Vladimir Poutine, quelques mises au point » au mois de mars 2015, « Mediapart et l'Ukraine, quelques mises au point » au mois de février 2015, « Vladimir Poutine, le boulet russe de Marine Le Pen, de François Fillon et de Jean Luc Mélenchon » le 21 décembre 2016, et « Jean-Luc Mélenchon joue à saute-cadavre » au mois de mars 2015.

Ce dernier article est mis en avant pour justifier les refus. L'argument ne tient guère puisque Mediapart a fait depuis trois entretiens écrits avec Jean-Luc Mélenchon, dont les deux premiers sur sa proposition, « la clarification politique n’a jamais été aussi avancée » le 16 septembre 2015, « l’élection primaire est une machine à enterrer les questions de fond » le 6 février 2016, et « si je suis élu, j’abrogerai la loi travail » le 3 juillet 2016.

Dès lors, nous nous inquiétons de cette pleine année de refus réitérés. Le leader du MFI préférerait-il une presse soumise ou, à tout le moins, des journalistes ne venant pas l'interroger sur quelques-unes des questions les plus sensibles ? Sa stature de candidat à la présidence de la république l'exonère-t-il de répondre, donc de rendre compte et d'expliquer ?

Le 23 mars 2017, Edwy Plenel, président de Mediapart, a une dernière fois relancé de manière formelle l'attachée de presse de Jean-Luc Mélenchon.

Voici le message envoyé, « chère Juliette Prados, comme vous le savez, Christophe Gueugneau vous a transmis depuis longtemps notre invitation à ce que Jean-Luc Mélenchon soit l’invité d’une de nos émissions hebdomadaires qui se tiennent chaque mercredi soir. À ce jour, nous n’avons pas reçu de réponse formelle, dans un sens ou dans un autre. L’échéance du premier tour des élections présidentielles approchant à grands pas, nous avons maintenant besoin de savoir ce qu’il en est. Les dates des Mercredi 5 Avril, Mercredi 12 Avril ou Mercredi 19 Avril 2017 sont disponibles. Pouvez-vous me dire rapidement si vous êtes preneur d’un de ces créneaux. Je n’imagine évidemment pas un refus tant le public de Mediapart est concerné et intéressé par les enjeux porté par votre candidat. Et d’autant moins que, dans le passé, à plusieurs reprises, nous n’avons jamais eu de difficultés à l'interviewer pour notre journal ou à le recevoir lors de nos émissions. En vous remerciant de votre réponse, quelle qu’elle soit, bien cordialement, Edwy Plenel ».

Message doublé le jour même d’un message téléphonique sur son répondeur et d’un texto sur son portable ainsi libellé, « chère Juliette Prados, je viens de vous envoyer un message réitérant notre invitation à Jean Luc Mélenchon pour être l’invité d’une émission de Mediapart avant le premier tour des élections présidentielles. Pouvez-vous me répondre rapidement car il ne reste plus beaucoup de dates, merci par avance ».

Une réponse est arrivée Vendredi 24 Mars 2017, « bonjour Edwy, bien vu vos messages. J’étais mobilisée par le salon du livre. Je vous réponds ce week-end ». Depuis, c’est le silence radio.

Pas de Jean Luc Mélenchon donc, mais nous couvrons largement la campagne du MFI et nous accueillons régulièrement ses autres responsables. Nous vous proposions, par exemple, il y a deux semaines un débat entre Eric Coquerel et Thomas Piketty sur les fractures de la gauche et l'Europe. Nous avons longuement interrogé son directeur de campagne, Manuel Bompard, comme son principal conseiller économique, Jacques Généreux. Nous avons également reçu Marie-Christine Vergiat, députée européenne du Front De Gauche (FDG), Frédéric Pierru et Corinne Morel-Darleux.

Et à défaut d'émission, c'est un entretien écrit que nous avons demandé au candidat du MFI pour publication avant le premier tour des élections présidentielles.

 

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