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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 19:29

 

https://www.politis.fr/articles/2017/04/melenchon-et-lorient-complique-36673

 

Jean Luc Mélenchon et l'orient compliqué

 

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Par Denis Sieffert

 

Editorial de Politis

 

Mercredi 12 Avril 2017

 

Le rapport que chacun entretient avec les sondages me rappelle l’histoire du juif athée qui dit à son fils que « dans notre religion, il n’y a qu’un seul dieu et nous n’y croyons pas ».

Nombreux sont ceux qui font profession de ne pas croire aux sondages mais ils les attendent impatiemment, ils les scrutent et ils s’en inspirent dans leurs analyses politiques. Et, depuis deux semaines, toutes les enquêtes d’opinion nous livrent le même message. Jean Luc Mélenchon est en hausse. Et ce n’est pas du gagne-petit. Le candidat du Mouvement de la France Insoumise (MFI) serait maintenant à la hauteur de François Fillon, voire un peu devant.

Et, comme le tandem de tête entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron fait du surplace, nous pouvons dire aujourd’hui que tout est possible, même l’accession au second tour et même la victoire, à laquelle on ne croyait guère il y a une semaine encore.

Cette remontée spectaculaire est le résultat d’une campagne menée de main de maître. Le candidat a su jouer de tous les registres de la communication pour élargir progressivement la mobilisation par cercles concentriques, jusqu’à toucher des électeurs venus d’horizons improbables. C’est aussi le fruit d’une stratégie gagnante. Jean Luc Mélenchon a policé son personnage. Le colérique atrabilaire est devenu un sage. Il sait désormais habiter les fonctions régaliennes, comme il l’a fait dimanche à Marseille. Sur un ton grave et parfois anxiogène, il a parlé de la guerre, évoquant longuement la situation en Syrie. Mais c’est peu dire que son analyse sur le sujet nous trouble profondément.

Je le dis d’autant plus tranquillement que nous approuvons sa démarche dans beaucoup d’autres domaines. Mais la Syrie, ce n’est pas rien. C’est en soi une tragédie sans nom. Et c’est aussi un miroir où chacun dit son rapport au monde, à la démocratie et au pouvoir. Le double événement de la semaine, c’est évidemment la nouvelle attaque au gaz contre une localité tenue par les rebelles et l’opération américaine contre une base aérienne syrienne. Une opération que le candidat du MFI a immédiatement dénoncée comme un acte criminel et irresponsable. Et c’est là que le bât blesse. Nous l'aurions évidemment approuvé sans réserve si nous l'avions entendu prononcer les mêmes mots quand l’aviation de Vladimir Poutine anéantissait Alep-Est sous les bombes. Mais, à l’époque, il n'y a rien eu, sinon une sorte d’approbation, « je pense que Vladimir Poutine va régler le problème », des confusions, les rebelles et l’Etat Islamique, c’est du pareil au même, et des généralités, « que voulez-vous, c’est la guerre ». Voilà qu’aujourd’hui Jean Luc Mélenchon invoque le droit international et qu’il en appelle à l’Organisation des Nations Unies (ONU), comme si la Russie n’avait pas, pendant cinq mois, violé l’un et méprisé l’autre.

Voilà qu’il fait mine de douter de la responsabilité du régime dans l’attaque au gaz contre la localité de Khan Cheikhoun, suggérant même que ce pourrait être l’œuvre du Front al Nosra, qui, simple détail, n’a pas d’avions, ou du Qatar, que l’on imagine mal se hasarder dans ce genre d’aventure. Les rebelles se gazant eux-mêmes pour faire du tort à Bachar al Assad, le soupçon a évidemment fait le miel des complotistes, toujours avides de nouvelles théories. C’est surtout ignorer la nature de ce régime depuis 1970 et la longue série de massacres auxquels il s’est livré contre sa population, souvent d’ailleurs en usant de l’arme chimique.

Quant au slogan « c’est aux syriens de décider eux-mêmes de leur avenir », il pourrait demain s’appliquer aux coréens du nord avec la même déconcertante naïveté. Depuis le début de la dictature baassiste en 1963, seule la coalition formée autour du parti Baas est admise aux élections. Et l’unique scrutin présidentiel, en 2014, a confirmé Bachar al Assad avec plus de quatre vingt huit pour cent des voix. Comment imaginer des élections libres avec un dictateur à la fois président et candidat ? Bien entendu, je ne crois pas que Jean-Luc Mélenchon ait de la sympathie pour Vladimir Poutine, mais il emprunte son discours et c’est bien trop. Cela dit, je partage son inquiétude après la réaction de Donald Trump, non pas tant d’ailleurs en raison de l’acte lui-même, la Syrie, hélas, en a vu d’autres depuis six ans, que du caractère impulsif qu’il révèle. Nous attendrons cependant pour en juger. Si l’opération n’est suivie d’aucun effort diplomatique visant à favoriser une transition politique, nous pourrons crier à l’esbroufe.

Il est probable que la tragédie syrienne ne déterminera pas le vote des électeurs français. Et puis, dans cet orient décidément compliqué dont parlait Charles de Gaulle, un autre dossier historique nous réconcilie avec Jean Luc Mélenchon. C’est le conflit israélo-palestinien. En regard des frilosités de Benoît Hamon, qui s’est récemment déclaré hostile au mouvement pour le Boycott, pour le Désinvestissement et pour les Sanctions (BDS), le candidat du MFI ne mégote pas son engagement.

Nous sommes d’ailleurs frappés par la symétrie des situations, veto russe d’un côté, pour permettre à Bachar al Assad de massacrer à loisir, et veto américain de l’autre, encourageant Israël à coloniser jusqu’à obsolescence les territoires palestiniens. Cette symétrie mortifère devrait nous prémunir contre toutes les formes d’inconditionnalité. « Guérissez de cette manie d’attendre d’un homme une perfection qu’il ne peut pas avoir », a lancé joliment Jean Luc Mélenchon à la foule qui scandait son nom à Marseille. Pour notre part, nous sommes guéris.

 

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