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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 20:01

 

https://medium.com/@salam.abbara/franco-syriennes-voilà-pourquoi-nous-ne-voterons-pas-mélenchon-4ac32124f34b

 

Franco-syriennes, voilà pourquoi nous ne voterons pas pour Jean Luc Mélenchon

 

Devant une tragédie humaine qui montre aujourd’hui le rapport de chaque homme politique au pouvoir, à la justice, à la liberté et à l'humanité, les prises de position de chacun sur la question sont révélatrices.

 

Par Salam et Alia Abbara

 

Françaises d’origine syrienne, plus proches de la gauche que de la droite et n’ayant de toute façon aucune affinité pour le programme de François Fillon ou de Marine Le Pen, nous nous sommes intéressées de près à la position de Jean Luc Mélenchon, au-delà des courtes citations dans les articles et des raccourcis dans les vidéos, pour découvrir à quel point sa position sur la Syrie dénote, à notre sens, d’une profonde immoralité. Vous trouverez dans les références de quoi étayer nos propos et nourrir votre réflexion.

 

Pas de soutien à Vladimir Poutine, sauf en Syrie

 

Jean Luc Mélenchon affirme lors de son meeting au Havre qu’il ne soutient pas Vladimir Poutine, soit. Néanmoins, sur la question syrienne, le discours n’est pas le même. Partant d’un exemple très particulier et discuté, le fait que les russes auraient coupé une sortie du pétrole de l'Etat Islamique par la Turquie, et d’une citation, « la première victime d’une guerre, c’est la vérité », Jean Luc Mélenchon généralise, paradoxalement très sûr de lui, en disant qu’il ne pense pas que les russes ciblent en majorité des civils et des révolutionnaires et qu’ils font, en gros, du bon travail en Syrie. S’il a besoin de preuves, qu’il discute avec les médecins dans les hôpitaux de campagne de Médecins Sans Frontières (MSF), de l’Union des Organisations de Secours et de Soins Médicaux (UOSSM) ou de Syria Charity, bombardés par l’aviation syrienne et par l'aviation russe. Qu’il lise les rapports de Human Rights Watch (HRW), Amnesty International et nous en passons, citant les crimes de guerre commis par la Russie en Syrie.

 

L’absence de condamnation des agissements de Bachar el Assad

 

Ce qui sidère sans doute le plus, c’est que, depuis 2011, Jean Luc Mélenchon n’a à aucun moment clairement condamné les agissements de Bachar al Assad. Dans le dernier rapport du Syrian Network for Human Rights (SNHR), sur les deux cent sept mille civils décédés recensés depuis 2011, plus de quatre vingt quatorze pour cent auraient été tués par l’alliance syro-irano-russe. Face à un désastre humanitaire incroyable, près d'onze millions de déplacés ou réfugiés, plus de quatre cent cinquante mille morts, une nouvelle génération perdue, l’extermination en masse de dizaines de milliers de personnes, y compris des enfants, dans les prisons du régime, l’utilisation avérée de l’arme chimique et de bombes incendiaires par le régime syrien, Jean Luc Mélenchon continue à faire l’autruche. Sans oublier les bombes-barils explosives larguées depuis des hélicoptères et qui tuent sans distinction parmi la population civile. Il n’est plus un secret pour personne aujourd’hui que Bachar al Assad est la cause première du désastre syrien. Non, il ne s’agit pas, en toute simplicité, comme Jean Luc Mélenchon pense le résumer, d’une guerre de gazoducs et d’oléoducs.

Il s’agit de la volonté initiale d’un peuple de se libérer d’une dictature. Il s’agit d’une frustration et d’une révolte qui a débuté avec la torture d’enfants à Deraa en 2011. Après des manifestations pacifiques du peuple, c’est la répression sanguinaire du clan de Bachar al Assad, la torture, les cadavres, le goût du sang et les défections dans l’armée qui ont poussé les révolutionnaires aux armes. Puis c’est secondairement dans les ruines d’une Syrie bombardée par son dictateur et ses alliés russes et iraniens que les groupes extrémistes comme l'Etat Islamique ont pu proliférer. Lors de la dernière attaque au gaz chimique, Jean Luc Mélenchon a encore une fois condamné quiconque aurait fait cette attaque, sans nommer le coupable. Le coupable a un nom, il a une adresse et il a des alliés. Le coupable, c’est Bachar al Assad. Ne pas condamner ses agissements aujourd’hui, c’est les approuver.

Concernant l’arme chimique, les bombes incendiaires, la torture et les bombardements, nous renverrons n’importe quelle personne doutant encore aux rapport d'HRW sur la Syrie, mais également aux paroles et vidéos des Organisations Non Gouvernementales (ONG) médicales qui oeuvrent dans les zones de conflit en Syrie, aux photos de milliers de torturés prises par César dans les prisons militaires et aux témoignages des soignants qui soignent au quotidien les victimes.

 

L'Etat Islamique, ceux qu’il faut écraser, et les kurdes, ceux qui doivent gagner

 

Vu le franc-parler de Jean Luc Mélenchon, nous peinons à croire que le fait qu’il ne condamne pas Bachar al Assad relève d’une hésitation sur le sujet. D’ailleurs il le dit, pour lui, c’est la victoire d’une minorité, les kurdes, qu’il souhaite. Très clairement, cela équivaut à cracher sur tous les syriens, de toutes croyances, qui sont morts ou ont vu leurs proches mourir pour un idéal de liberté en se positionnant uniquement pour une minorité. Car respecter leur mort et leur lutte impose de condamner fermement leur bourreau, Bachar al Assad.

L’humilité lui étant visiblement inconnue, Jean Luc Mélenchon a des positions très tranchées sur un sujet dont il n’a qu’une méconnaissance flagrante. Il va même jusqu’à avoir le culot de se soucier pendant le débat présidentiel du Mardi 4 Avril 2017 du sort du lycée français de Damas. Nous aimerions qu’il se soucie d’abord des milliers de torturés à morts dans la prison militaire mitoyenne à ce lycée, dont les corps ont été photographiés par César.

Quant à l'Etat Islamique, Jean Luc Mélenchon fait mine d’oublier que si l'Etat Islamique a pu proliférer, c’est dans les ruines d’un pays mortifié par Bachar al Assad. Il oublie également le jeu de tolérance mutuel entre Bachar al Assad, l'Etat Islamique et d'autres groupes extrémistes. Les exemples sont nombreux, citons ponctuellement 2011, quand Bachar al Assad libère à deux reprises de ses prisons des centaines d’islamistes dont certains boosteront la création du Front al Nosra. Mais également, aujourd’hui l'Etat Islamique massacre dans les rangs des révolutionnaires. Bachar al Assad a voulu se faire passer pour l’unique rempart face aux groupes extrémistes islamistes et il a contribué à réaliser sa propre prophétie. Frappons l'Etat Islamique uniquement et, dans les ruines de la Syrie, renaîtront de nouveaux extrémistes. Tant qu’il n’y aura pas de réelle action pour une transition politique dans laquelle Bachar al Assad n’a aucune place, dire que l’on lutte contre le terrorisme en Syrie est hypocrite.

 

Un retour à la paix rapide, l’hypocrisie de Jean Luc Mélenchon

 

Organiser des élections et aller vers un retour à la paix rapide. Si Jean Luc Mélenchon souhaitait réellement un retour à la paix rapide et l’organisation d’élections populaires, il aurait pu se positionner en faveur d’un blocus aérien demandé par la population en Syrie dès le début du conflit, avant que la révolution ne soit armée. Il aurait pu soutenir les tentatives du Conseil National Syrien (CNS) il y a quelques années pour organiser une transition en Syrie. Il aurait pu oeuvrer en ce sens à un moment où il n’était pas question de l'Etat Islamique en Syrie et où les choses n’étaient pas si complexes. Peut être que nous aurions pu endiguer le conflit, voir naître une démocratie et tarir les tentatives d’extrémistes d’infiltrer la Syrie. Mais non, Jean Luc Mélenchon parle d’élections et de retour à la paix, sans avoir durant ces six ans condamné Bachar al Assad et en soutenant l’action des russes en Syrie. Soyons clairs, nos ennemis en Syrie sont tout autant l'Etat Islamique que Bachar al Assad.

Quelle paix veut-il ? Jean Luc Mélenchon n’a-t-il pas vu comment une courte trêve au mois de mars 2016 s’est suivie par le retour de manifestations populaires ? Seule la poudre et les obus font taire les syriens et, tant que Bachar al Assad est au pouvoir, toute paix est impossible, à moins d’une fausse paix totalitaire, dictatoriale, armée et violente. Car si la violence s’arrête, les foyers de contestation se rallumeront.

 

La nécessité d’une position indépendante française

 

Obsédé par les Etats Unis, la Turquie et la volonté d’avoir une position qui s’alignerait à nos intérêts en France, Jean Luc Mélenchon en oublie toute morale et enterre la dignité humaine et la lutte du peuple syrien.

Avoir une position indépendante ne signifie pas rejeter en bloc des milliers de preuves sous prétexte qu’elles sont soutenue entre autres par les Etats Unis et qu’elles mettent en cause en partie la Russie.

Vouloir lutter efficacement contre l'Etat Islamique ne se fera pas en laissant l’aviation russe bombarder les forces de l’opposition armée modérée qui se battent au quotidien contre l'Etat Islamique et en laissant Bachar al Assad, cause première du mal, au pouvoir. Avoir une position indépendante et morale sur la Syrie et vouloir la paix, commence par faire un diagnostic correct et condamner les bourreaux dans le conflit en les citant, Bachar al Assad, les russes, l’Iran, l'Etat Islamique et les groupes armés extrémistes. Puis, oeuvrer pour une transition politique démocratique citoyenne sans Bachar al Assad et juger les criminels devant un tribunal international. Toute paix basée sur la perpétuation d’une injustice n’est qu’hypocrisie et faux semblants. Alors qu’on le dise clairement, Jean Luc Mélenchon n’est pas pour une paix juste.

Voilà pourquoi nous ne mettrons pas dans l’urne ni le nom de Jean Luc Mélenchon, ni celui de François Fillon ou de Marine Le Pen.

 

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