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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 20:04

 

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2017/04/12/a-grande-synthe-un-maire-combattif-des-associations-inquietes-et-des-migrants-desempares_5109746_1654200.html

 

A Grande-Synthe, un maire combatif, des associations inquiètes et des migrants désemparés

 

Par Geoffroy Deffrennes, correspondant du Monde à Lille

 

En l’espace de quelques heures, le camp de la Linière, ouvert au mois de mars 2016 par le maire d'Europe Ecologie Les Verts (EELV) de Grande-Synthe, Damien Carême, où intervient l'Organisation Non Gouvernementale (ONG) Médecins Sans Frontières (MSF), s’est consumé à quatre vingt pour cent. Dans la nuit du Lundi 10 Avril au Mardi 11 Avril 2017, des feux manifestement volontaires sont partis, après une série de rixes entre kurdes irakiens, historiquement majoritaires dans le camp, et afghans, arrivés lors de la fermeture de la jungle de Calais.

« Il n’y aura pas de reconstruction de nouveau campement ici », a déclaré le ministre de l’intérieur, Matthias Fekl, en déplacement à Grande-Synthe, Mardi 11 Avril 2017. Le maire de la ville, Damien Carême, de son côté, n’excluait pas de recréer un camp. Alors que l'état, qui a affirmé Mercredi 12 Avril 2017 avoir mis à l’abri mille deux cent personnes, envisage d’héberger les migrants dans des Centres d'Accueil et d'Orientation (CAO) répartis dans toute la France, rien ne garantit qu’ils accepteront de s’éloigner des points de passage vers la Grande Bretagne. Le risque est grand de voir se reconstituer des campements sauvages dans le Calaisis, ce que les autorités veulent à tout prix éviter.

Il sera difficile pour les enquêteurs de trouver des coupables. « On parle d’une attaque des cuisines, où vivent sommairement les afghans, qui n’ont pas droit aux cabanons, réservés aux kurdes, avec des représailles afghanes contre les chalets », croit savoir Christian Salomé, président de l’Auberge des Migrants.

Mardi, les rares kurdes qui desserraient les lèvres, allongés sur les pelouses ou sur des lits de camp dans les trois gymnases où ils ont été accueillis, sur les mille cinq cent personnes que le camp comptait, mille personnes ont été mises à l’abri, restaient évasifs. Quant aux afghans, impossible d’en trouver. « Ils ont peur des kurdes qui peuvent être violents. Ils se sentent indésirables », lâche un bénévole.

« J’ai entendu différentes versions. Je suis incapable de dire comment cela a commencé », affirme Damien Carême. « Mais nous avions monté ce camp pour sept cent personnes, au-delà les conflits devenaient inévitables. Je suis pour le maintien de ce camp, mais à condition de revenir à sa norme initiale ».

Dans son bureau, Mardi 11 Avril 2017, le maire de Grande-Synthe consulte ses messages sur sa tablette. « Je suis ragaillardi par les propositions d’aides que je reçois. Regardez, on m’envoie une photo des images de l’incendie diffusées sur l’écran géant d’une gare britannique ». Lundi 10 Avril 2017, Damien Carême participait au quatre vingt cinquième anniversaire de l’Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) à Paris, « pour intervenir précisément sur les migrants », lorsqu’on l’a averti. « Plus de train, je suis resté au téléphone jusqu’à 3 heures du matin avec mon directeur de cabinet, Olivier Caremelle, puis levé à 5 heures du matin pour filer à la gare ».

Depuis quelques semaines, l’élu a pris son bâton de pèlerin. « La surpopulation du camp de Grande-Synthe est due au nombre insuffisant de CAO ». Le site du ministère de l’intérieur en dénombre près de quatre cent. Ils devaient recevoir les sept mille migrants expulsés de la jungle de Calais à l’automne 2016.

Le ministre de l’intérieur d’alors, Bruno Le Roux, avait émis l’idée de fermer la Linière, mais la ministre du logement, Emmanuelle Cosse, avait aussitôt donné un avis contraire. « La ministre a signé le 17 mars 2017 une prolongation de la convention de gestion du camp entre l’état, la commune et l’Association des Flandres pour l’Education, la formation des Jeunes et l’Insertion sociale (AFEJI) », rappelle Damien Carême. « Nous avions décidé de diminuer la taille du camp, démonté des tentes et retiré cent chalets. Mais depuis la fermeture de Calais, l’élan de création des CAO n’a pas été suffisant. Il manque quatre mille places ».

Le maire est donc parti sur les routes. « Je parcours les mairies. Je suis allé à La Rochelle, Niort, Grenoble, Montpellier, Bourg-la-Reine et Arras, je vais à Angers dans quelques jours, partout je vois des maires contents de leur CAO, pas un ne m’a dit que cela se passait mal. J’encourage à en créer ». Son voisin, le maire de Saint-Pol-sur-Mer, Christian Hutin, estimait Mardi 11 Avril 2017 dans la presse locale que quatre vingt dix pour cent des migrants ne voulaient pas aller dans les CAO. « C’est absurde », réplique Damien Carême. « La grande majorité accepte. Les exceptions sont dans des CAO où le lien est moins efficace ».

Mardi 11 Avril 2017, devant la salle de sport Victor-Hugo, quelques centaines de réfugiés prennent leur repas du jour, tardivement. Les membres de l’AFEJI refusent de répondre aux questions, tout comme les fonctionnaires de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII).

« On nous a interdit de répondre à la presse », explique poliment une jeune fille au blouson rouge de l’OFII. Même refus d’Hervé Desvergnes, le responsable des cinquante deux salariés de l’AFEJI recrutés pour le camp, dont certains se retrouveront peut-être au chômage, « la parole aux ministres ce soir ».

A l’intérieur du gymnase, des couples se reposent, essayant d’occuper les enfants. Un bébé de quelques semaines est pris en charge par le Comité International de la Croix-Rouge (CICR). La directrice de l’école élémentaire Francisco-Ferrer, où sont scolarisés les enfants du camp, et deux institutrices s’affairent. Ces enseignantes ont pris l’habitude de continuer à s’occuper de ces enfants durant les vacances scolaires, bénévolement.

Devant la halle du Basroch, les membres de l’association britannique Dunkirk Legal Support Team (DLST), créée au mois d’avril 2016, sont, eux, plus loquaces. Evelyn Mac Gregor, quinquagénaire écossaise, et Niamh Quille, jeune anglaise, mettent leurs connaissances en droit au service des mineurs.

Lucille Agins est la seule française de l’association. Après son master en droits de l’homme à Grenoble, elle s’est engagée en service civique au Comité Inter Mouvements Auprès Des Evacués (CIMADE) et auprès de DLST. « A l’origine, il s’agissait d’information et d’orientation, puis l’association s’est développée au sein de Citizens United Kingdom. Car le problème des mineurs isolés de leur famille en Grande-Bretagne devient aigu ».

Alors qu’on ignorait, Mardi 11 Avril 2017, où étaient passés les cinq cent migrants non abrités dans les gymnases, Corinne Torre, coordinatrice des programmes de MSF, imagine un avenir sombre.

« Cela donne l’impression qu’ils sont violents, mais les tensions viennent du manque de management, pour accompagner ces réfugiés, il faut du personnel. Nous le voyons aussi à Paris, entre afghans et soudanais, à la Chapelle. J’ai entendu parler de transferts vers les CAO, c’est une utopie, il n’y a pas mille cinq cent places libres. Ils vont se disperser et certains iront sans doute aussi à Paris ».

 

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