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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 18:45

 

MUNICIPALISME ET FEMINISME

 

Vous trouverez ci-dessous la deuxième partie du message d’Héloïse Nez relatif à Podemos.

 

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site www.laviedesidees.fr à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://www.laviedesidees.fr/Que-podemos.html

 

L’épreuve du pouvoir municipal

 

Les élections municipales n’ont pas été définies comme une priorité lors du congrès fondateur de Podemos. Contre l’avis d’une partie des militants et de candidats concurrents, les universitaires de la Complutense craignaient alors que ces comices locaux, fixés au mois de mai 2015, ne viennent perturber la dynamique nationale prévue pour la fin de l’année 2015.

Podemos ne s’est donc pas présenté en son nom, mais a intégré des coalitions d’unité populaire rassemblant des mouvements sociaux, des partis politiques et des citoyens non organisés. La victoire de ces listes citoyennes dans les deux plus grandes villes du pays, à Madrid et à Barcelone, mais aussi dans plusieurs capitales régionales et provinciales, à Saragosse, à Saint-Jacques de Compostelle, à Valence, à La Corogne et à Cadix, et dans de plus petites villes, a été l’une des surprises du cycle électoral de 2015. Podemos a exploité cette dynamique municipale pour redonner du souffle à sa campagne pour les élections législatives, en organisant des meetings avec Ada Colau, la nouvelle maire de Barcelone issue du mouvement contre les expulsions de logement.

Ces coalitions d’unité populaire présentent une grande diversité de configurations. Podemos y joue parfois un rôle moteur, comme à Cadix où le maire est un ancien militant anticapitaliste.

Dans d’autres cas, le parti occupe une position moins centrale au sein d’un regroupement dirigé par une figure qui lui est extérieure, comme à Madrid, à Barcelone ou à Valence.

Ces conquêtes municipales montrent qu’il est possible d’avoir une prise sur les institutions, en expérimentant de nouvelles pratiques démocratiques et en opposant à l’austérité des politiques sociales ambitieuses. À Barcelone et à Madrid, les équipes municipales ont lancé un important programme d’investissements et de dépenses sociales dans les quartiers populaires, qui s’étaient fortement mobilisés pour les élire. En écho au slogan de campagne de Manuela Carmena, « gouverner en écoutant », la capitale a organisé la participation des citoyens à l’élaboration du budget et de certains projets de transformation urbaine. Ces politiques participatives marquent une rupture nette avec les vingt quatre ans de gestion du Parti Populaire, mais aussi avec les pratiques de participation ailleurs en Espagne. L’un des dispositifs les plus novateurs, inspiré des référendums d’initiative populaire, a été conçu par Pablo Soto, un informaticien qui s’est investi dans le mouvement du 15 mai 2011 avant d’être élu maire adjoint à la participation. Il s’agit du site Decide Madrid qui permet aux citoyens de faire des propositions sur les politiques locales et de voter pour qu’elles fassent l’objet d’un débat et d’un référendum décisionnel, à partir du moment où elles reçoivent le soutien de un pour cent des madrilènes de plus de seize ans. Même dans les villes où ces coalitions ne sont pas arrivées au pouvoir, comme à Parla, dans la banlieue de Madrid, les conseillers municipaux issus des listes citoyennes font pression sur les équipes en place pour promouvoir la transparence et la participation dans les politiques publiques.

Ces expériences municipales connaissent toutefois un certain nombre de difficultés. Le passage de dirigeants associatifs au gouvernement local risque tout d’abord d’affaiblir l’action collective, comme cela a été le cas lors des premières élections municipales au retour de la démocratie en 1979. Plusieurs porte-parole de la Plataforma de Afectados por la Hipoteca (PAH), le collectif de lutte contre les expulsions de logement, ont ainsi rejoint les exécutifs locaux.

Conscients de leurs compétences limitées, ces nouveaux élus encouragent les mouvements sociaux à maintenir la pression. Ada Colau a certes sanctionné financièrement les banques qui continuent à expulser des ménages, mais la résolution du problème du logement dépend d’une loi nationale. Certaines promesses de campagne, comme la remunicipalisation des services publics ou l’arrêt de projets urbanistiques d’ampleur, sont difficiles à tenir du fait des engagements pris auprès des entreprises par les équipes antérieures.

La capacité d’action de ces coalitions citoyennes est limitée par leur position minoritaire au sein des conseils municipaux, qui les contraint à obtenir le soutien du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) ou à gouverner par décret. Elle l’est aussi par la loi de Cristobal Montoro, votée par le gouvernement de Mariano Rajoy en 2013, qui les oblige à consacrer tout excédent budgétaire au remboursement de la dette. Les nouvelles équipes municipales peuvent pourtant se vanter d’une gestion efficace, les dettes publiques ayant diminué en un an de vingt pour cent à Madrid et de dix pour cent à Cadix. Dans son « plan 2020 pour gagner face au Parti Populaire et pour gouverner l’Espagne », Pablo Iglesias compte s’appuyer sur l’effet de démonstration de cette gestion locale, « dans chaque mairie du changement, nous démontrons, au jour le jour, que nous sommes prêts à affronter le défi de gouverner de manière cohérente et fiable ».

 

Féminiser la politique et le parti

 

Outre le fait de ne pas se limiter à un seul parti et d’avoir été élaborées de manière plus horizontale et participative, ces coalitions citoyennes à la tête des grandes villes du pays présentent une autre différence par rapport à Podemos, des leaderships féminins avec les figures emblématiques d’Ada Colau à Barcelone, de Manuela Carmena à Madrid et de Mònica Oltra à Valence. Ces trois femmes tiennent à incarner une autre manière de gouverner, comme l’explique Manuela Carmena, « n’est-il pas temps de remplacer toutes ces valeurs verticales et rigides d’autorité, de force et de fermeté, par celles, nettement plus horizontales et souples, de persuasion, de conviction et d’habileté dans la résolution des conflits, des valeurs qui font partie de la culture féminine ».

En comparaison, les dirigeants de Podemos représentent une conception masculine voire machiste du pouvoir, fondée sur la verticalité et la confrontation. Ada Colau a d’ailleurs cherché à se distancier d’un « certain style de Pablo Iglesias et du noyau fondateur de Podemos dans lequel nous ne nous retrouvons pas, dans l’arrogance et dans la manière de s’exprimer ». Miguel Urbán avait lui-même déclaré, en plein conflit entre les deux leaders nationaux, qu’il fallait arrêter avec « ce feuilleton télévisé du mâle dominant auquel il participe ».

La place des femmes a été une question centrale lors du deuxième congrès de Podemos, alors qu’elle n’avait été que très peu abordée lors du premier congrès. En plus des trois textes fondateurs du parti, politiques, organisationnels et éthiques, déjà discutés et votés en 2014, un quatrième document d’égalité a été élaboré cette fois-ci par chaque équipe. Il a été présenté exclusivement par des femmes à la tribune, qui ont ainsi consacré plus de trente minutes à la défense d’une organisation féministe et d’une féminisation de la politique.

Toutes équipes confondues, elles ont rendu hommage aux militantes « qui ont passé ces trois années à réaliser des tâches essentielles mais tout à fait invisibles et qui ont vu leurs camarades occuper les fonctions de portes paroles et les places à la tribune et aux militantes qui sont parties parce qu’elles en avaient ras-le-bol des meetings au lieu des assemblées et des interventions interminables et que les décisions soient remises en cause dans les discussions au bar après les réunions ». Clara Serra, membre de la direction nationale, a énuméré quelques mesures pour construire un parti où le militantisme soit compatible avec la vie, « nous voulons des ludothèques dans nos manifestations et nos assemblées. Nous voulons des horaires pour les réunions, des horaires de début et des horaires de fin. Nous ne voulons pas d’une culture militante où tout se décide quand les femmes sont déjà rentrées chez elles ».

Ces thématiques ont été portées par de nombreux intervenants tout au long du congrès, des femmes et des hommes qui ont dénoncé la présence d’une culture machiste au sein de la société et de leur organisation. Certains ont fait référence aux violences dont sont victimes les femmes, d’autres ont remis en cause l’utilisation de métaphores guerrières dans le discours de Podemos, « la machine de guerre électorale, les partisans et la guerre de mouvement ». Pablo Iglesias, très friand de ce vocabulaire et amateur de la série télévisée Game of Thrones, a veillé comme les autres à utiliser systématiquement le genre féminin, une pratique courante dans les assemblées du mouvement du 15 mai 2011, qui vise à remettre en cause la domination masculine dans le discours. Il a ainsi introduit les débats, « aujourd’hui nous parlons aux ouvrières, aux précaires, aux chômeuses, aux indépendantes, aux étudiantes, aux petites entrepreneuses, aux grands-mères qui n’arrivent pas à la fin du mois avec leur retraite, aux exilées et aux mères qui ont des journées de vingt heures ».

Malgré ces avancées dans les discours, les inégalités demeurent dans les pratiques. La répartition des temps de parole était particulièrement déséquilibrée lors du congrès fondateur de Podemos, où les femmes étaient très minoritaires à la tribune. Au deuxième congrès de Vistalegre, bien que certains candidats aient fait attention à ce que leurs documents soient présentés de manière paritaire, les hommes se sont à nouveau davantage exprimés. Surtout, ils ont exposé les documents les plus importants et polémiques, en prenant le double du temps de parole sur les enjeux politiques et organisationnels, alors que les femmes ont dominé la scène sur les questions d’égalité. Les trois principaux projets en concurrence étaient d’ailleurs portés par des hommes, Pablo Iglesias, Íñigo Errejón et Miguel Urbán. Certes, les candidates des cercles de Podemos pour le conseil citoyen national étaient plus nombreuses, il y avait douze candidates, à la tribune que les hommes, il y avait neuf candidats. Cependant, il n’y avait que deux candidats à la fonction de secrétaire général, Pablo Iglesias et Juan Moreno Yagüe.

Les inégalités entre les hommes et les femmes au sein de Podemos concernent donc aussi la répartition des postes de pouvoir. Jusqu’à la rénovation du conseil citoyen national le 18 février 2017, les principales fonctions au sein de la direction du parti étaient occupées par des hommes, Pablo Iglesias au secrétariat général, Íñigo Errejón comme secrétaire politique, Juan Carlos Monedero qui a été secrétaire du processus constituant et du programme jusqu’au mois d’avril 2015, Sergio Pascual puis Pablo Echenique au secrétariat d’organisation.

Cette plus forte visibilité des leaders masculins explique les résultats du vote pour composer le nouveau conseil citoyen national. Alors que les listes alternaient systématiquement un homme et une femme, seules deux femmes sont arrivées dans les dix premières positions. On repère toutefois des avancées dans les décisions prises à l’issue du congrès.

Les deux premiers postes restent occupés par Pablo Iglesias et Pablo Echenique, mais le conseil de coordination compte à présent plus de femmes, il y a huit femmes, que d’hommes, il y a sept hommes. Un secrétariat « d’égalité, féminisme et LGTB » a été créé. La fonction de porte-parole au congrès des députés, jusque-là assurée par Íñigo Errejón, est désormais tenue par Irene Montero. La place des femmes est donc de plus en plus prise en compte dans le parti, qui reste néanmoins très masculin dans les formes et les leaderships.

 

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