Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 19:38

 

PODEMOS PARA TODAS

 

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’un très long message d’Héloïse Nez relatif à Podemos.

 

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site www.alencontre.org ou bien le site www.laviedesidees.fr aux adresses ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://www.alencontre.org/debats/debat-que-podemos-un-parti-en-puissance.html

 

 

http://www.laviedesidees.fr/Que-podemos.html

 

Que podemos ?

 

Un parti en puissance

 

Par Héloïse Nez

 

Mardi 11 Avril 2017

 

La vitalité de Podemos fait figure d’exception en Europe. Le mouvement espagnol peut-il survivre à son institutionnalisation ? Son positionnement au-dessus du clivage entre la droite et la gauche reste-t-il d’actualité ? À ces questions, les militants du jeune parti offrent des réponses parfois contradictoires.

En trois ans, Podemos a connu une croissance fulgurante. Le projet d’un mouvement politique contre l'austérité a été lancé le 17 janvier 2014 par un groupe d’universitaires et de militants qui se sont présentés aux élections européennes quelques mois plus tard. Il s’agissait, dans un contexte de forte crise économique, sociale et politique, de convertir l’indignation en changement politique. Les fondateurs de Podemos cherchaient ainsi à donner une traduction électorale au mouvement des indignés qui a émergé en Espagne à partir du 15 mai 2011, en portant leurs revendications pour une démocratie réelle et plus de justice sociale à l’agenda institutionnel. Ils ont de cette manière contribué à l’exception espagnole, qui met au centre du débat public la lutte contre les inégalités et la corruption quand l’Europe se tourne vers l’extrême droite. Leur proposition a tout de suite reçu un écho considérable. Des assemblées territoriales ou thématiques appelées cercles se sont multipliées à travers le pays, en s’appuyant sur la dynamique du mouvement du 15 mai 2011. Dans les urnes, Podemos a créé la surprise en remportant près de huit pour cent des suffrages aux élections européennes du 25 mai 2014.

Un processus d’institutionnalisation s’est alors enclenché pour transformer le mouvement en parti politique et le doter de statuts. Leur rédaction a fait l’objet d’un important travail de démocratie interne, avec l’implication de nombreux militants dans l’élaboration de la charte d’éthique et des documents politiques et organisationnels de la nouvelle formation. Différents projets ont ainsi été défendus lors du premier congrès de Podemos à Vistalegre au mois d'octobre 2014.

L’équipe formée autour du leader charismatique Pablo Iglesias est sortie largement vainqueur du vote, avec son projet de machine de guerre électorale visant à se mettre rapidement en ordre de marche pour les élections municipales, régionales et surtout législatives de 2015. Les résultats électoraux ont été impressionnants. Podemos a certes manqué son pari de prendre d’assaut le pouvoir à l’échelle nationale, mais il est entré dans de nombreuses institutions et s’est imposé comme troisième force politique en récoltant plus de vingt pour cent des voix aux élections législatives du 20 décembre 2015. Ce parti gouverne désormais les grandes villes du pays dans le cadre de coalitions d’unité populaire et forme l’une des principales forces d’opposition au congrès des députés et dans les parlements régionaux.

Alors que ce cycle électoral s’est aujourd’hui refermé, avec la réélection du conservateur Mariano Rajoy à la tête du gouvernement au mois d'octobre 2016 grâce à l’abstention du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), Podemos se trouve confronté à de nouveaux défis.

Les contradictions qui traversent ce jeune parti en attente de pouvoir ont été mises en évidence lors de son deuxième congrès national, qui a eu lieu les 11 et 12 février 2017 à Vistalegre. Les médias en ont surtout retenu la lutte fratricide entre le numéro un, le secrétaire général Pablo Iglesias, et le numéro deux, Íñigo Errejón, secrétaire politique jusqu’au 18 février 2017, en résumant l’événement à un combat d’égos. Les conflits internes risquent effectivement d’affaiblir la jeune formation, qui n’a pas échappé à un processus de bureaucratisation éloignant des militants de base les élites et les permanents qui s’affrontent notamment pour la répartition des postes de pouvoir. Cette disjonction entre les attentes et les intérêts des uns et des autres a été très visible lors du congrès. Les militants des cercles présents dans le public ou à la tribune n’ont cessé de rappeler à l’ordre leurs dirigeants nationaux, en scandant « unidad » à chacune de leurs interventions. La lutte à laquelle se livrent les trois tendances développées ces derniers mois au sein de Podemos, les partisans de Pablo Iglesias, ceux d’Íñigo Errejón et les anticapitalistes, ne se résume pourtant pas à une querelle de personnes. Elle porte avant tout sur la nouvelle feuille de route que doit adopter le parti dans un contexte politique qui a changé.

Quatre principaux enjeux ont ainsi été posés au deuxième congrès, la redéfinition d’une stratégie politique à l’échelle nationale, l’épreuve du pouvoir dans les villes où Podemos gouverne avec d’autres formations politiques, la place des femmes au sein de l’organisation et la démocratisation du parti. Si l’objectif commun reste d’impulser un processus de transformation sociale en remportant les prochaines élections législatives, les stratégies divergent sur les moyens d’y parvenir. Faut-il privilégier le travail institutionnel ou investir davantage la rue pour contester les politiques de la droite ? L’élargissement de la base électorale du parti passe-t-elle toujours par un dépassement du clivage entre la gauche et la droite ou par un ancrage et des alliances plus marquées à gauche ? Jusqu’où démocratiser l’organisation en interne et quel rôle donner au leader ?

 

Un discours et des alliances ancrées à gauche

 

Les divergences politiques entre les deux noyaux fondateurs de Podemos, les professeurs de science politique de l'université de la Complutense à Madrid et les militants de la Gauche Anticapitaliste, datent du congrès fondateur du parti. Les premiers avaient alors cherché à exclure les seconds des organes de direction, en interdisant le double militantisme au sein de deux organisations distinctes, et ils avaient réussi à imposer leur projet politique. Il s’agissait de mettre en place une machine de guerre électorale fondée sur une organisation centralisée et un discours qui dépasse les étiquettes de gauche et de droite. Cette quête de transversalité par l’élaboration de nouvelles lignes de clivage, entre la caste et le peuple et entre ceux d’en haut et ceux d’en bas, était fortement portée par Íñigo Errejón. Le directeur des campagnes de Podemos en 2014 et en 2015 s’inspirait ainsi des expériences de gouvernement en Amérique Latine et des théories d’auteurs post marxistes comme Ernesto Laclau et Chantal Mouffe.

Les anticapitalistes, alors associés au physicien Pablo Echenique, réclamaient davantage de démocratie interne et de pouvoir pour les cercles, tout en reconnaissant la nécessité de sortir du discours habituel de l’extrême gauche.

À partir des élections législatives du 20 décembre 2015, de nouvelles lignes de fracture sont apparues au sein de l’équipe dirigeante. Elles se sont accrues dans la phase de négociation pour tenter de former un gouvernement. Alors que Pablo Iglesias attaquait durement le PSOE, en dénonçant par exemple le terrorisme d'état du gouvernement de Felipe González en Euskadi, Íñigo Errejón était partisan d’une approche moins frontale. Le secrétaire général de Podemos, qui avait raillé pendant la campagne le drapeau rouge d'Izquierda Unida, qui l’éloignait de toute perspective de victoire électorale, n’a pas hésité à renouer avec cet héritage symbolique de la gauche dans ses premiers discours au congrès des députés. Ceux-ci abondaient en références historiques à la guerre civile et au franquisme et ils étaient associés à des symboles gestuels comme le poing levé dans l’hémicycle. Pablo Iglesias, qui a commencé à militer à quatorze ans aux jeunesses communistes, a ainsi en partie tourné le dos à la stratégie de communication mise en avant par son secrétaire politique. Il a aussi été l’artisan de l’alliance avec Izquierda Unida pour les élections législatives répétées du 26 juin 2016, contre l’avis d’Íñigo Errejón qui cherchait toujours à dessiner l’image d’un parti au-dessus des clivages traditionnels.

Les différences de point de vue au sein de la direction nationale de Podemos se sont renforcées à l’issue de ces élections jugées décevantes, du fait de la perte d’un million de voix par rapport au précédent scrutin, si on additionne les scores de Podemos et d'Izquierda Unida. Elles sont perceptibles dans les documents politiques défendus par l’équipe de Pablo Iglesias, « Podemos para todas », et celle d’Íñigo Errejón, « Recuperar la ilusión ». Les divergences concernent le discours, les alliances politiques et l’équilibre entre action institutionnelle et contestataire en vue de former un mouvement populaire capable de gagner les prochaines élections.

Rejoignant ici le projet des anticapitalistes, Pablo Iglesias souhaite développer un bloc historique populaire avec d’autres forces du changement dont Izquierda Unida et soutenir les luttes sociales.

« Podemos est né en comprenant qu’il fallait passer de la rue aux institutions, mais en sachant qu’il n’y a jamais eu de changement historique pour la majorité sans impulsion citoyenne », c’est une citation du document politique de l’équipe « Podemos para todas ».

Les élus sont donc conçus comme des « activistes institutionnels » dont le rôle ne peut se limiter au travail parlementaire, mais suppose une « étroite collaboration avec les mouvements sociaux ».

Le document d’Íñigo Errejón critique ouvertement « ces positions de résistance partisanes d’un agenda de revendications axées exclusivement sur les secteurs les plus appauvris, d’un agenda institutionnel qui fuit tout engagement et tout accord et d’une ligne idéologique qui considère que la transversalité a donné tout ce qu’elle pouvait et que nous devons consacrer nos efforts à construire une force politique qui rassemble l’ensemble de la gauche ». Il promeut, au contraire, le maintien d’un discours transversal pour attirer les secteurs de la population encore éloignés du vote Podemos, les femmes, les plus de quarante cinq ans, les ouvriers et le monde rural, « l’unité du peuple est plus ambitieuse, radicale et transformatrice que l’unité de la gauche ». Son projet politique, mis en minorité au deuxième congrès, relativise la portée des manifestations et donne la priorité à la constitution d’une force de changement crédible dans les institutions.

« Il faut récupérer l’initiative en démontrant que nous sommes capables de faire pression sur le gouvernement, de mener des accords ou de mettre des questions à l’agenda national », c’est une citation du document politique de l’équipe « Recuperar la ilusiòn ».

Cette articulation entre l’action de rue et le travail institutionnel se pose à toute formation politique qui cherche à changer les choses en prenant le pouvoir. Elle a été théorisée par Joan Subirats, professeur de science politique et membre actif de Barcelona en Comú, la coalition citoyenne qui gère la ville de Barcelone depuis le mois de juin 2015. Selon lui, l’apparition de nouveaux partis comme Podemos correspond au « passage d’un processus destituant de protestation et de dénonciation à un processus constituant visant à occuper les institutions, « avec le mouvement du 15 mai 2011, la crise de la forme partisane comme dispositif de médiation des demandes des citoyens s’est exprimée avec force. Mais les blocages institutionnels continus ont montré la nécessité de mettre en place des partis politiques d’une nouvelle génération ».

Cette tension entre l’intérieur et l’extérieur est au cœur des expériences des mairies du changement qui gouvernent désormais vingt pour cent de la population.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : fischer02003
  • fischer02003
  • : actualité politique nationale et internationale
  • Contact

Recherche

Pages

Liens