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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 16:55

 

http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/31/un-an-apres-les-inspirateurs-de-nuit-debout-face-a-la-tentation_a_22019014

 

Un an après, les inspirateurs du mouvement des Nuits Debout face à la tentation de la candidature de Jean Luc Mélenchon

 

De François Ruffin à Frédéric Lordon, les têtes pensantes du mouvement apolitique n'ont pas rejoint le Mouvement de la France Insoumise (MFI).

 

Par Geoffroy Clavel, chef du service politique du Huffington Post

 

Vendredi 31 Mars 2017

 

Sont-ils restés éveillés pour rien ? Si le mouvement des Nuits Debout n'a débouché sur aucun bouleversement immédiat sur la scène politique française, les idées débattues sur l'agora improvisée de la place de la République à Paris ont bel et bien infusé dans le débat présidentiel.

La sixième république, défendue il y a douze mois par nombre de veilleurs en quête d'un nouveau départ démocratique, a réuni près de cent mille personnes sur la même place parisienne à l'initiative de Jean-Luc Mélenchon. Quant au revenu universel, lui aussi longuement débattu pendant le mouvement, celui-ci a activement contribué à la victoire de Benoît Hamon lors de l’élection primaire du Parti Socialiste.

Si ces idées se sont propagées, les inspirateurs du mouvement des Nuits Debout n'ont en revanche pas franchi le cap des indignés espagnols en se réunissant au sein d'un Podemos à la française. Mais à bien des égards, le MFI initié par Jean-Luc Mélenchon en a repris les codes comme la visée ultime, renverser le système partisan et les institutions jugées obsolètes de la cinquième république.

Reste que la démarche du chef de file du MFI suscite encore de la méfiance chez les acteurs et les têtes pensantes du mouvement des Nuits Debout, adeptes de l'action collective et rétifs vis à vis de toute personnalisation du débat politique.

« Moi, je sais que je voterai pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour des élections présidentielles parce qu'il représente une gauche qui se tient debout ». Rédacteur en chef du journal alternatif Fakir à l'initiative de la première réunion à la bourse du travail de Paris qui débouchera sur le mouvement des Nuits Debout, François Ruffin semble avoir digéré l'expérience de gouvernance horizontale de la place de la République.

« Il y avait des trucs formidables dans Nuit Debout, mais aussi plein de choses qui relevaient de la branlette », explique-t-il à Regards. « Pas question d'avoir des assemblées générales qui durent des heures et qui ne débouchent sur aucune décision ». Signe qu'il a tiré les leçons de son expérience, François Ruffin s'est lancé en politique en présentant sa candidature au premier tour des élections législatives dans la Somme.

Depuis, cette figure de la gauche antilibérale ne cache pas son soutien pour le candidat du MFI tout en affichant sa compatibilité avec d'autres responsables politiques. « Moi je veux qu'on gouverne. Je considère que Benoît Hamon est quelqu'un de gauche et que la fracture entre la droite et la gauche passe à l'intérieur du Parti Socialiste », plaide le journaliste et réalisateur de Merci Patron, chronique sociale assassine contre le milliardaire Bernard Arnault qui a lui valu le César du meilleur documentaire.

Si François Ruffin soutient la campagne de Jean-Luc Mélenchon, il n'a pas pour autant rejoint les rangs du MFI. Candidat au premier tour des élections législatives, le défenseur des salariés de Whirlpool et pourfendeur des délocalisations a refusé de s'encarter tout en recueillant le soutien des appareils du MFI, du Parti Communiste Français (PCF) et d’Europe Ecologie Les Verts (EELV). Une exception qui confirme la règle puisqu'il a refusé de signer la charte du MFI.

« Moi, dans ma circonscription, j'ai tout fait pour rassembler la gauche en dehors du Parti Socialiste », expliquait-il récemment sur BFM Télévision.

Tête pensante du Mouvement des Nuits Debout, le philosophe et économiste antilibéral Frédéric Lordon n'est pas un homme de ralliement. Il confesse d'ailleurs avoir cessé de voter depuis longtemps pour ne pas apporter sa caution aux institutions de la cinquième république dont il n'a de cesse de pourfendre les dérives.

« D'un certain point de vue, ce qui s'est passé sur Nuit Debout était l'expression de cette disposition d'esprit. Jouer le jeu dans ces institutions est une affaire soit perdue d'avance, soit entièrement privée de sens », expliquait-il récemment au micro de Daniel Mermet.

Défenseur de la grève générale comme seul moyen d'abattre un régime inique, l'intellectuel reconnait toutefois, et c'est rare, que la candidature de Jean-Luc Mélenchon pourrait changer la donne.

« Je pense que cette élection soulève des enjeux politiques d'une intensité qu'on a pas vue depuis 1981, et peut-être même supérieure, et que, par là d'ailleurs, elle s'annonce d'une redoutable violence. Il y a un enjeu autour de la candidature de Jean Luc Mélenchon », plaide le philosophe.

S'il n'apporte techniquement aucun soutien au candidat du MFI, Frédéric Lordon plaide en faveur du basculement institutionnel prôné par Jean-Luc Mélenchon tout en mettant en garde contre la tentation.

« J'ai toujours une méfiance vis à vis des stratégies qui se proposent de passer par les institutions pour changer les institutions. Les institutions de la cinquième république correspondent bien à la personnalité de Jean Luc Mélenchon. Je pense qu'il s'y trouverait pas mal », prévient-il en citant l'exemple de François Mitterrand. Son idée est de contribuer à l'élection de Jean Luc Mélenchon tout en le contraignant à appliquer son programme. « Aussi bien pour le protéger que pour le surveiller, il faudra que l'élection ne soit que le début d'un processus politique d'une toute autre ampleur qui passera nécessairement par des mobilisations populaires », prévient-il en référence des grèves de la joie qui avaient accompagné la victoire du Front Populaire en 1936.

Si certains hésitent encore, d'autres assument le passage de flambeau. Cofondatrice de Jeudi Noir et de Génération Précaire, candidate sous les couleurs du Front De Gauche (FDG) en 2012 et en 2014, secrétaire nationale du Parti de Gauche, Leila Chaibi avait un temps laissé tomber la bannière de Jean Luc Mélenchon pour se lancer à corps perdu dans l'aventure du mouvement des Nuits Debout. Aujourd'hui porte-parole du MFI, celle-ci voit bien la passerelle entre les deux mouvements.

« Quand nous avons lancé le mouvement des Nuits Debout il y a un an, nous étions une dizaine. C'était dingue. Pendant des semaines des milliers de personnes venaient tous les jours pour discuter d'une société meilleure. La leçon de tout cela, c'est que rien n'est écrit à l'avance. Et aujourd'hui, avec la campagne du MFI et de Jean-Luc Mélenchon, j'ai l'envie de revivre cela », explique-t-elle auprès de Regards.

Sera-t-elle suivie par les autres compagnons de route du mouvement des Nuits Debout ? Son ami et conseiller régional écologiste Julien Bayou, lui aussi venu du militantisme associatif, s'est engagé dans l'alliance entre le Parti Socialiste et EELV autour de la candidature de Benoît Hamon.

 

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