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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 18:58

 

QUE PODEMOS

 

Vous trouverez ci-dessous la troisième et dernière partie du message d’Héloïse Nez relatif à Podemos.

 

Le message est disponible en totalité à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://www.laviedesidees.fr/Que-podemos.html

 

Une démocratisation partielle de l’organisation

 

La démocratie interne avait été l’un des principaux enjeux du premier congrès de Vistalegre. Plus que le document politique qui était alors assez consensuel, les fractures concernaient le texte organisationnel. Plusieurs équipes avaient promu une participation importante des cercles et une collégialité du pouvoir, en reprenant des principes du mouvement du 15 mai 2011. Le projet de Pablo Echenique et de Teresa Rodríguez proposait ainsi un système de portes paroles multiples à tous les échelons de l’organisation et une implication des cercles dans les décisions stratégiques. Une autre candidature, portée par un militant de Barcelone issu du mouvement du 15 mai 2011, allait encore plus loin en ayant recours au tirage au sort pour élire les membres du conseil citoyen national. Mais l’équipe de l’université de la Complutense avait réussi à imposer une structure très verticale et centralisée, la succession de plusieurs scrutins décisifs en 2015 justifiant à ses yeux de sacrifier la démocratie interne au profit d’une organisation efficace.

Les deux ans et demi d’activité de cette architecture ont montré de nombreux dysfonctionnements. Même ses promoteurs reconnaissent aujourd’hui que les risques pointés par leurs adversaires d’hier étaient justifiés, tout en soulignant que cette organisation leur a permis d’obtenir de très bons scores électoraux. La réduction du pouvoir des cercles a d’abord démobilisé des militants de base et elle a affaibli la dynamique initiale du mouvement, dont l’originalité reposait sur l’auto organisation d’assemblées à travers le pays. La forte centralisation du pouvoir dans les mains du secrétaire général a ensuite entraîné des décisions autoritaires comme la destitution de Sergio Pascual, secrétaire d’organisation jusqu’au mois de mars 2016, ou de José Manuel López, porte-parole du parlement régional à Madrid jusqu’au mois de décembre 2016, qui ont accru les tensions internes. En outre, les consultations périodiques des inscrits ont eu tendance à se transformer en plébiscites, au moment par exemple de ratifier les alliances électorales à l’échelle nationale. Pour Alfredo Ramos, un politiste qui a analysé les processus participatifs au Brésil et est aujourd’hui assistant parlementaire de Podemos à Madrid, ce parti est « devenu un modèle de césarisme plébiscitaire assez éloigné des idéaux démocratiques du mouvement du 15 mai 2011 ».

Au deuxième congrès de Vistalegre, toutes les équipes ont mis en avant la nécessité de démocratiser l’organisation et de « transformer la machine de guerre électorale en mouvement populaire ». Ce projet avait été initié avec la nomination de Pablo Echenique au secrétariat d’organisation au mois de mars 2016, qui avait alors prévenu, « ou bien nous avons une organisation radicalement distincte de ceux qui nous ont précédés, ou bien notre destin sera inévitablement celui de la normalisation ». La principale modification qu’il proposait et qui fait désormais consensus est la décentralisation de Podemos. Elle implique de donner plus de pouvoir et une autonomie financière aux conseils citoyens régionaux et municipaux, ainsi qu’aux cercles territoriaux et thématiques. Par exemple, les décisions concernant les élections municipales et régionales, qui étaient prises par la direction nationale, le seront à l’avenir par les organes de direction à l’échelle territoriale correspondante.

Les autres changements organisationnels ont été plus conflictuels. Une consultation en amont du deuxième congrès de Vistalegre a concerné le mode d’élection du conseil citoyen national. Alors que Podemos défend une plus grande proportionnalité du système électoral espagnol, son organisation interne favorisait fortement l’équipe arrivée en tête.

Face à ce paradoxe, le projet d’Íñigo Errejón prévoyait une proportionnelle intégrale, mais l’option retenue a été une adaptation du système Borda proposée par Pablo Echenique, chaque électeur vote pour les candidats de son choix parmi une ou plusieurs listes en indiquant un ordre de préférence. Il en résulte un classement établi à partir du nombre de points obtenus par chaque candidat. L’application de ce système au deuxième congrès de Vistalegre montre le maintien d’effets majoritaires, qui a pénalisé la liste arrivée en troisième position.

Un autre sujet de désaccord concerne les procédures participatives internes. Si toutes les équipes affirment que la participation est un principe fondamental de Podemos, les mécanismes concrets diffèrent.

Le document de Pablo Iglesias ne propose quasiment aucun changement par rapport aux dispositifs existants, qui se résument à des consultations périodiques des inscrits sur des questions mises à l’ordre du jour par la direction nationale. La seule adaptation est de diminuer le seuil du nombre d’inscrits pour que ces derniers puissent impulser un référendum décisionnel sur un enjeu politique majeur, dix pour cent au lieu de vingt pour cent, ou un processus de révocation d’un membre de la direction nationale, vingt pour cent au lieu de vingt cinq pour cent. Ces pourcentages élevés et l’absence de mise à jour des effectifs, plus de quatre cent quatre vingt mille inscrits au mois de mars 2017, ont fait qu’aucune initiative de la base n’a pu aboutir jusqu’ici. C’est pourquoi l’équipe d’Íñigo Errejón envisageait de réduire ce seuil à trois pour cent des inscrits actifs pour les consultations générales et à quinze pour cent pour le vote révocatoire. Elle proposait aussi d’introduire de nouveaux mécanismes de participation interne, comme les consultations délibératives, pour que les référendums soient précédés d’une délibération, ou les laboratoires d’innovation politique, visant à organiser des débats sur certaines questions.

Comme lors du congrès fondateur, c’est le document organisationnel le moins démocratique qui a reçu le plus de votes. Il octroie toujours une place centrale au leader qui pourra continuer à profiter de sa forte médiatisation pour imposer ses idées lors des consultations auprès des inscrits, comme cela a été le cas lors de ce deuxième congrès. La place des militants a d’ailleurs été réduite dans cet événement qui relevait plus du meeting que de l’assemblée citoyenne annoncée. Au premier congrès de Vistalegre, la tribune était largement partagée entre les militants des cercles et les têtes visibles du parti, tandis que le public pouvait interagir avec les orateurs en posant des questions via une application en ligne. Au deuxième congrès de VistalegreI, une seule équipe composée de personnes non médiatiques, Podemos en Equipo, est venue défendre ses textes à la tribune aux côtés des trois listes principales. La participation du public s’est résumée à un vote présentiel pour élire les quatre membres du conseil citoyen national issus des cercles. Une vingtaine de militants de base ont ainsi eu une heure pour présenter leur candidature et défendre le message d’unité venu de la foule.

 

Quelle stratégie européenne ?

 

Unité et humilité, le mot d’ordre sorti du deuxième congrès de Vistalegre a été imposé par le public, formalisé dans une intervention très applaudie de Teresa Rodríguez, puis repris par Pablo Iglesias dans son discours final. La nouvelle répartition des responsabilités votée lors de la première réunion du conseil citoyen national le 18 février 2017 suite à un accord entre Pablo Iglesias, qui a conforté son assise sur le parti, et Íñigo Errejón, qui a accepté de faire un pas en arrière sur le plan national pour se concentrer sur les prochaines élections régionales à Madrid, semble écarter pour un temps le risque d’enlisement dans des divisions internes. La responsabilité est grande.

Ce qui est en jeu n’est pas seulement le futur de Podemos, mais aussi celui des formations progressistes en Europe face à la montée des forces conservatrices et xénophobes. Miguel Urbán, nouveau secrétaire de Podemos sur les questions européennes, n’était pas le seul à l’affirmer à ce congrès, « nos ennemis sont les fantômes du fascisme, des fantômes qui s’appellent Donald Trump et Marine Le Pen et qui sont bien présents. Et l’antidote contre ces fascismes s’appelle Podemos ».

Reprenant la célèbre formule d’Antonio Gramsci, « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres », le député européen affirmait au mois de novembre 2016 que « les monstres surgissent quand le champ de bataille politique se structure autour des questions d’identité ou d’appartenance nationale plutôt que de démocratie et de justice sociale ».

L’une des grandes différences entre l’Espagne et d’autres pays européens comme la France réside, en effet, dans les questions qui dominent le débat public national. Ce ne sont pas la sécurité, l’immigration ou l’islam qui sont au centre de l’agenda médiatique et des conversations ordinaires en Espagne, mais la lutte contre la corruption et les inégalités sociales. Il s’agit d’un résultat majeur du processus de transformation politique et sociale que connaît le pays depuis 2011, avec le mouvement du 15 mai 2011 et l’émergence de formations politiques comme Podemos. C’est en cela que le nouveau parti peut constituer un rempart à la poussée de l’extrême droite en Europe, en proposant une autre lecture de la crise économique. La responsabilité des problèmes sociaux auxquels est confrontée la population n’est pas imputée au voisin étranger ou à l’assisté qui abuseraient des aides sociales, mais au banquier et à l’élu corrompu.

L’Espagne est d’ailleurs l’un des rares pays européens où la crise n’a pas profité au développement de formations xénophobes. La tentative de créer un parti d’extrême droite à la fin de l’année 2013 s’est soldée par un cinglant échec, Vox n’ayant obtenu que 1,56 % des suffrages aux élections européennes de 2014 et 0,23 % des suffrages aux élections législatives de 2015.

Pour que ce changement se traduise par une réorientation des politiques publiques, la stratégie européenne de Podemos serait toutefois à préciser et à renforcer. Dans les documents défendus au deuxième congrès de Vistalegre, seuls les anticapitalistes font référence aux leçons à tirer de l’expérience grecque, constatant que la stratégie de la négociation est condamnée à l’échec, ils défendent un plan B de désobéissance aux traités européens. Alors que Pablo Iglesias continue à soutenir Alexis Tsípras, leur proposition reprend des revendications défendues par Podemos à ses débuts puis abandonnées, comme le moratoire et l’audit de la dette publique. La question qu’ils soulèvent se pose à tous les partis politiques qui visent une transformation sociale en Europe, « gagner pour quoi faire ? Il ne s’agit pas seulement de gagner sur le terrain électoral, mais de livrer la bataille sur le terrain du pouvoir réel, là où le pouvoir du capital impose ses normes ».

 

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