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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 19:49

 

La transgression d'Edouard Philippe bouscule la droite (Reuters)

 

La direction des Républicains s'est attachée Lundi 15 Mai 2017 à relativiser la nomination du juppéiste Edouard Philippe à Matignon en regrettant une décision individuelle, mais la transgression du député-maire du Havre ouvre une brèche dangereuse dans un parti déjà fracturé par l’élection primaire de la droite et par le premier tour des élections présidentielles.

Quand bien même l'hémorragie se limiterait à quelques personnalités, surtout des proches d'Alain Juppé, la stratégie déstabilisatrice d'Emmanuel Macron laisse déjà des traces.

« Je ne cherche pas à les faire venir, je cherche à les déstabiliser en leur ouvrant les bras pour que le coût de la rupture soit de leur côté », expliquait le futur président dans l'émission Envoyé Spécial diffusée Jeudi 11 Mai 2017.

En portant la manoeuvre sarkozyste de l'ouverture à son point ultime avec la désignation d'un chef de gouvernement de centre-droit, Emmanuel Macron fragilise aussi la campagne des Républicains et de l’Union des Démocrates et des Indépendants (UDI) pour le premier tour des élections législatives du Dimanche 11 Juin 2017.

Le comité de campagne, qui s'était réuni Lundi 15 Mai 2017 sous la présidence de François Baroin, a minimisé l'événement en soulignant qu'il ne s'agissait « en aucun cas d'une coalition gouvernementale mais bien d'une décision individuelle. Nous constatons ce choix, nous le regrettons mais nous ne nous y arrêtons pas », a déclaré sur la deuxième chaîne de la télévision française François Baroin, le leader des cinq cent soixante dix sept candidats des Républicains et de l’UDI au premier tour des élections législatives.

« Il fait un choix », a-t-il ajouté, « je lui souhaite une bonne réussite mais il fera campagne évidemment pour la défaite aussi de nos candidats ».

Vendredi 12 Mai 2017 sur BFM Télévision, François Baroin avait dit ne pouvoir « imaginer une seconde que quelqu'un de chez nous puisse rentrer en marche, du jour au lendemain, et faire campagne aux côtés de ceux dont nous avons au fond combattu le projet lors du premier tour des élections présidentielles ».

Bernard Accoyer, secrétaire général des Républicains, a pressé Edouard Philippe de sortir de l'ambiguïté, « ce premier ministre soutiendra-t-il les candidats de la République En Marche (REM), du président de la république qui vient de le nommer, ou soutiendra-t-il les candidats des Républicains et de l’UDI, ceux de sa famille politique ».

Des parlementaires des Républicains ne cachaient pas leur amertume face à ce « coup de poignard dans le dos », selon l'un d'eux, à l'amorce de la campagne de la Majorité pour la France. « Cela peut nous coûter une cinquantaine de députés », s'inquiète un élu.

« Il faudra qu'il nous explique comment il fera campagne contre des candidats qu'il soutenait encore la semaine dernière », a lâché Daniel Fasquelle, trésorier des Républicains, devant la presse, avant de twitter que « puisqu'Emmanuel Macron aime tant la droite, offrons lui une majorité au mois de juin 2017 ».

Les germes de la division, nés de l'impossible campagne de François Fillon et de sa défaite au premier tour des élections présidentielles, sont pourtant bien là.

Dénonçant les anathèmes et les caricatures, vingt et un élus de la droite et du centre ont appelé Lundi 15 Mai 2017 la droite et le centre à « répondre à la main tendue par le président de la république ».

Parmi eux Christian Estrosi, Gérald Darmanin, ancien coordinateur de la campagne de Nicolas Sarkozy pour l’élection primaire de la droite, les lemairistes Thierry Solère et Delphine Bürkli et de nombreux juppéistes tels que Christophe Béchu, Franck Riester, Dominique Bussereau ou Fabienne Keller, qui ont tous en commun d'avoir pris leurs distances avec François Fillon durant la campagne pour le premier tour des élections présidentielles.

A la cohabitation frontale qu'appelle de ses voeux François Baroin, ils opposent leur volonté d'une coopération au service de l'intérêt général.

« Je pense que beaucoup d'éléments de programme se ressemblent, il faut identifier les points où il peut y avoir accord », a expliqué Fabienne Keller sur BFM Télévision.

« Emmanuel Macron fait vivre une partie du message d’Alain Juppé », estime Jean-Baptiste Lemoyne, le sénateur des Républicains qui a rallié la REM au mois de mars 2017 et qui pourrait intégrer Mardi 16 Mai 2017 le gouvernement d'Edouard Philippe qui s'est présenté comme un homme de droite lors de la passation de pouvoir avec Bernard Cazeneuve.

D'autres pourraient le suivre, comme Christophe Béchu, Arnaud Danjean ou Franck Riester, si l'on en croit des rumeurs récurrentes dans les coulisses politiques. Gilles Boyer, son ami, a prévenu qu'il siégerait dans l'opposition s'il est élu au mois de juin 2017. Jean-Baptiste Lemoyne juge lui que la décision d'Edouard Philippe aura un effet libérateur pour des élus.

« Ce sont des élus secondaires », corrige un haut responsable des Républicains, qui souligne que le père spirituel du nouveau premier ministre, Alain Juppé, a salué sa nomination sans toutefois l'adouber.

Le maire de Bordeaux, qui a démenti Vendredi 12 Mai 2017 avec véhémence avoir conclu un accord avec Emmanuel Macron, a de nouveau renvoyé à après les élections législatives le scénario d'un éventuel pas-de-deux entre la droite et la REM, précisant qu'il soutiendrait les candidats investis par les Républicains et par l'UDI.

« Si la droite et le centre ne sont pas majoritaires à l’assemblée nationale, le pays ne comprendrait pas que nous nous engagions dans une opposition systématique. Il faudra alors trouver les voies et les moyens d'un travail constructif dans l'intérêt de la France », a-t-il dit à des journalistes.

Selon plusieurs sources au sein des Républicains, l'ancien premier ministre aurait déconseillé à Edouard Philippe de franchir le Rubicon. Une source au fait des discussions entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe nuance, « Alain Juppé n'a jamais retenu personne, il comprend les raisons ».

« Tu ne casses pas la droite si tu n'as pas un accord avec Alain Juppé », résume un juppéiste.

« Edouard Philippe vient avec une armée légère », relève un autre.

« Soit on accepte d’être supplétif, soit on veut être décisif et, pour être décisif, il faut attendre le résultat des élections législatives », a tranché sur Radio Télévision Luxembourg (RTL) Brice Hortefeux, lieutenant de Nicolas Sarkozy.

« Les poids lourds de la droite ne voudront pas céder aux sirènes. La droite tient le choc. Ceux qui sont tentés de suivre, c'est du petit calibre », veut croire un autre proche d'Alain Juppé.

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