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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 19:45

 

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/05/14/en-turquie-deux-enseignants-en-greve-de-la-faim-pour-denoncer-les-purges_5127624_3214.html

 

En Turquie, deux enseignants en grève de la faim depuis soixante sept jours pour dénoncer les purges

 

Victimes des purges après le coup d'état manqué en Turquie, l’universitaire Nuriye Gulmen et l’instituteur Semih Ozakça jeûnent, dans l’indifférence des autorités turques.

 

Par Marie Jégo, correspondante permanente du Monde à Istanbul

 

Nuriye Gulmen et Semih Ozakça, deux enseignants victimes des purges après le coup d'état manqué en Turquie, sont entrés dans leur soixante-septième jour de grève de la faim, Dimanche 14 Mai 2017.

Elle a perdu neuf kilogrammes et lui quinze kilogrammes, mais ils continuent à se rendre chaque jour, lui d’un pas lent, elle en chaise roulante, jusqu’à leur espace de protestation, une petite place de l’avenue Yüksel au centre d’Ankara pour réclamer leur réintégration.

« Rendez-nous notre travail » est leur principal slogan. Brandissant des pancartes et chantant des slogans, les parents des grévistes et les représentants de la société civile, Organisations Non Gouvernementales (ONG), intellectuels et syndicalistes, se relaient pour les soutenir. Samedi 13 Mai 2017, journée dédiée aux cent quarante cinq mille fonctionnaires limogés, Nuriye Gulmen a expliqué que « nous pouvons nous remettre des douleurs physiques. Mais les atteintes à notre honneur, il faudra vivre avec toute notre vie ». Des députés du parti républicain du peuple (CHP) et du parti démocratique des peuples (HDP) ont fait le déplacement à leur rencontre. Vendredi 12 Mai 2017, le député européen Gianni Pitella, chef du groupe des socialistes et des démocrates du parlement européen, est venu en personne saluer leur combat.

Subsistant depuis soixante sept jours avec de l’eau sucrée ou salée, Nuriye Gulmen et Semih Ozakça voient leur état de santé se dégrader de jour en jour. « Ils souffrent de troubles de la perception, de difficultés d’élocutions et de problèmes physiques », a constaté Vedat Bulut, président de la chambre professionnelle des médecins à Ankara. Les grands médias du pays restent muets sur leur lutte, seuls les réseaux sociaux en parlent. Le gouvernement regarde ailleurs.

Questionné par des députés de l’opposition sur la grève de la faim des deux enseignants, le vice premier ministre Numan Kurtulmus, dont les bureaux sont situés à quelques centaines de mètres du lieu de la protestation, a déclaré qu’il n’était pas au courant.

Une ambulance et deux médecins ont été dépêchés par le ministère de la santé. Pour le reste, la police est en première ligne, intervenant régulièrement pour chasser les manifestants et confisquer leurs pancartes. Devenu emblématique du sort fait aux victimes des purges, l’espace de protestation a été investi à trente reprises par les forces de l’ordre en cent quatre vingt deux jours d’occupation.

Affaiblis mais déterminés, Nuriye Gulmen et Semih Ozakça réclament leur réintégration dans l'éducation nationale et l’annulation de tous les décrets de l’état d’urgence. Comme eux, cent quarante cinq mille fonctionnaires ont été limogés d’un trait de plume depuis la tentative de renversement du président Recep Tayyip Erdogan du Vendredi 15 Juillet 2016. Policiers, militaires, magistrats, diplomates et enseignants, aucune catégorie sociale n’a été épargnée.

Semih Ozakça était instituteur dans un village de la région de Mardin dans le sud-est de la Turquie, lorsque son nom est apparu sur le décret du 29 septembre 2016. Nuriye Gulmen enseignait la littérature à l’université Selçuk de Konya et elle a été limogée par le décret du 6 janvier 2017.

« Ces décrets de l’état d’urgence ne peuvent être contestés, aucun recours juridique n’est possible », rappelle leur avocat Engin Gökoglu, déplorant « le comportement archaïque » des autorités. Aucune explication n’est par ailleurs fournie aux « purgés », désignés collectivement comme une « menace à la sécurité nationale ».

Au départ, les purges visaient les sympathisants du chef religieux réfugié aux Etats-Unis, Fethullah Gülen, décrit par les autorités turques comme l’instigateur du coup d'état. Très vite, elles se sont étendues aux syndicalistes, aux militants de gauche, aux partisans de la cause kurde et à toutes les voix dissidentes.

Le fonctionnement de la machine à purges est simple. Dans un premier temps, des listes de suspects sont dressées par les administrations concernées, fortement incitées par leur hiérarchie à s’auto-nettoyer. Ces listes remontent ensuite au cabinet du premier ministre, où elles sont examinées. Puis vient la publication des décrets, des listes de noms, au journal officiel.

Voir son nom apparaître sur l’une de ces listes est synonyme de mort sociale. Non content de perdre leur emploi et leurs droits sociaux, les personnes concernées ne peuvent plus sortir du pays. Pas question pour elles de retravailler selon leur spécialité. Il ne leur reste qu’à chercher à se caser comme vendeur ou vendeuse de simits, des petits pains au sésame, ou comme laveur de vitres. Car aucun employeur ne se risquera à embaucher quelqu’un dont le nom de famille figure en rouge dans le système électronique du gouvernement. Du jour au lendemain, cent quarante cinq mille personnes sont ainsi devenues des parias de la société.

 

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