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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 19:17

 

https://www.wsws.org/fr/articles/2017/mai2017/grec-m18.shtml

 

Les travailleurs grecs font grève contre le nouveau projet d'austérité de l'Union Européenne

 

Par Alexandre Lantier

 

Mercredi 17 Mai 2017, les travailleurs à travers la Grèce se sont mobilisés pour une grève générale d'un jour à l'appel des syndicats grecs contre de nouvelles mesures d'austérité dictées par l'Union Européenne et imposées par le gouvernement de Syriza.

Le projet de loi préparé par l'Union Européenne et par Syriza, qui fait environ neuf cent pages, contient encore une réduction des retraites, de neuf à dix huit pour cent, l'imposition de l'impôt sur le revenu à tous ceux qui gagneraient plus de cinq mille six cent quatre vingt un euros par an, des réductions allant jusqu'à cinquante pour cent des subventions pour le chauffage et des allocations contre le chômage, des mesures pour faciliter les licenciements de masse et davantage de privatisations. L'accord contiendrait également des promesses de Syriza d'introduire des lois pour limiter le droit de grève et faciliter l'interdiction des grèves.

C'est une étape de plus dans la trahison par Syriza de toutes les promesses qu'elle avait faites au peuple grec de mettre fin à l'austérité, en arrivant au pouvoir au mois de janvier 2015. Le premier ministre, Alexis Tsipras, a déclaré hier que ces mesures provoqueraient « un tsunami d'investissement », manifestement parce que les capitaux seraient attirés par une main d'oeuvre grecque surexploitée et payée à des salaires comparables à ceux de ses frères et soeurs de classe en Chine.

Parmi les travailleurs, par contre, la colère monte contre Syriza et la grève a été largement suivie sur fond de tensions explosives également au sein de l'appareil de l'état bourgeois.

Mercredi 17 Mai 2017, les trains, les bus, les transports en commun d'Athènes et les hôpitaux publics étaient tous en grève ou fonctionnaient avec des équipes et des horaires réduits.

Les aiguilleurs du ciel ont fait grève pendant quatre heures, Mercredi 17 Mai 2017, et le feront à nouveau Jeudi 18 Mai 2017.

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans plusieurs manifestations à Athènes organisées par les différents appareils syndicaux, le syndicat de la fonction publique ADEDY, le syndicat du privé GSEE et le syndicat PAME lié au parti communiste grec (KKE).

La fédération panhellénique de marins a annoncé la prolongation de leur grève, projetée pour Mardi 16 Mai et Mercredi 17 Mai 2017, jusqu'au Vendredi 19 Mai 2017. Dans un communiqué, le syndicat a demandé « la compréhension et le soutien des usagers voyageurs et de tous les travailleurs grecs », expliquant que les nouvelles mesures exposeraient les marins « à la pauvreté et à la misère ». Leur grève touche notamment les îles grecques, privées de ferries et donc isolées du continent.

A Thessalonique, la deuxième ville du pays, les travailleurs des transports en commun ont continué une grève lancée Lundi 15 Mai 2017. Les deux mille trois cent travailleurs des transports publics de Thessalonique exigent le paiement de leurs salaires des mois de mars et d'avril 2017, que leur refuse toujours la direction, qui a riposté en exigeant des tribunaux l'interdiction de la grève. La direction a été déboutée par le tribunal de première instance, qui a estimé que sa requête n'avait aucun fondement juridique et a remis la prochaine audience au 26 septembre 2017.

Une confrontation tendue s'est déroulée à Athènes entre les forces de l'ordre et des grévistes en uniforme, pompiers, soldats et policiers, qui perçoivent des salaires spéciaux menacés par la réforme actuelle.

Mercredi 17 Mai 2017 à 12 heures, les représentants syndicaux de la police, des militaires et d'autres forces de l'ordre, ont occupé le bureau général des comptes et ont insisté à voir le ministre adjoint des finances, Georges Chouliarakis.

Ils ont aussi déployé une bannière qui demandait au premier ministre Alexis Tsipras en grec et à la chancelière Angela Merkel en allemand, « combien vaut la vie d'un policier grec ».

Ils ont finalement marché sur le parlement. Trois escadrons de gardes mobiles non grévistes les ont bloqués à la porte Vasilissis Sofias du parlement pour les empêcher de prendre le bâtiment d'assaut.

Des responsables syndicaux et des dirigeants d'associations de professions libérales ont toutefois pu pénétrer dans le parlement pour dénoncer les parlementaires Syriza qui discutaient du projet de loi. Des cris de « vous n'avez pas honte », « vous n'avez rien à voir avec la gauche » et « vous trahissez tout » ont fusé dans l'assemblée.

Un militant d'ADEDY a pris à part l'ancien ministre du travail Giorgios Katrougalos, qui avait promis lors de l'arrivée au pouvoir de Syriza qu'il n'a aurait plus de réformes des retraites. Le dirigeant du syndicat des handicapés grecs a dénoncé la réduction des aides sociales et les représentants des syndicats des soldats et des policiers ont dénoncé l'appauvrissement de leurs membres et la trahison des promesses faites par Syriza au peuple grec.

La responsabilité de cette crise politique aigüe en Grèce appartient avant tout à Syriza. Dans des conditions d'effondrement économique et de chômage de masse, quand la faillite du capitalisme grec et européen était évidente après six ans d'austérité, Syriza a pris le pouvoir en promettant de mettre fin à l'austérité, mais en insistant sur la nécessité d'un accord avec l'Union Européenne. Ils ont refusé de faire un appel plus large aux travailleurs européens pour défendre les travailleurs grecs contre l'Union Européenne, qui menaçait de couper les flux de crédit vers la Grèce et d'imposer la faillite au pays.

Il y avait sans aucun doute une base objective puissante pour une politique révolutionnaire. Un an après l'arrivée de Syriza au pouvoir, un mouvement des jeunes et des travailleurs faisait éruption en France contre la loi travail réactionnaire du Parti Socialiste. Selon un sondage plus récent des jeunes européens, une majorité accepterait de participer à une insurrection contre les régimes établis.

Syriza a refusé une pareille stratégie, préférant travailler dans les intérêts de la classe capitaliste grecque. Elle a immédiatement répudié sa promesse de mettre fin au mémorandum d'austérité entre la Grèce et l'Union Européenne et elle a organisé un référendum sur l'austérité au mois de juillet 2015 afin d'obtenir un vote populaire pour l'austérité et justifier une capitulation face à Bruxelles. Quand les grecs ont voté contre l'austérité, à leur grande surprise, Syriza a foulé le vote aux pieds et a imposé des mesures d'austérité féroces afin de garder l'euro et la place du capitalisme grec dans l'Union Européenne et dans l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

Ces événements historiques ont justifié les mises en garde adressées au travailleurs par le Comité International de la Quatriéme Internationale (CIQI), la seule organisation politique ayant dit avant l'élection de Syriza que ce parti, tiré des classes moyennes aisées et nourri de théories contre le marxisme et post modernistes, trahirait toutes ses promesses. Pour aller de l'avant, les travailleurs grecs ne peuvent pas compter sur des manifestations ponctuelles organisées par les appareils syndicaux proches de Syriza ou du KKE. Il s'agit de construire une avant-garde révolutionnaire qui peut mobiliser les travailleurs européens en lutte pour les socialisme et le renversement du capitalisme.

Cette stratégie de lancer des manifestations syndicales et de faire appel à des sections de l'état grec afin d'influencer le pouvoir grec ou l'Union Européenne s'est avérée impuissante.

Depuis 2008, la Grèce a connu quatorze réformes des retraites qui ont collectivement réduit les retraites de quarante pour cent en moyenne.

Alors que le quart des travailleurs et la moitié des jeunes sont au chômage et dépendent donc des retraites de leurs parents, cette dernière réforme aura un impact dévastateur.

Les manifestations et les appels à la conscience de l'Union Européenne n'ont rien donné et seule une politique révolutionnaire peut indiquer un chemin qui permettra aux travailleurs de sortir de cette crise.

A Athènes, le comité parlementaire scientifique a décidé que le nouveau projet de loi, qui attaque les retraites et les salaires spéciaux, est anticonstitutionnelle. Toutefois, Syriza et l'Union Européenne se préparent à fouler aux pieds la constitution, comme ils l'ont fait avec le vote de leur référendum en 2015, pour amadouer l'Union Européenne et maintenir les alliances du capitalisme grec avec Washington et l'Union Européenne.

 

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