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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 19:54

 

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/05/19/espagne-les-ambitions-de-la-socialiste-susana-diaz_5130340_3214.html


 

Les ambitions de Susana Diaz

 

Par Sandrine Morel, correspondante permanente du Monde à Madrid

 

Vendredi 19 Mai 2017

 

Déterminée et tenace, selon ses proches, impitoyable et calculatrice, selon ses adversaires, Susana Diaz a médité longtemps quel serait le meilleur moment pour franchir le Rubicon et briguer le poste de secrétaire générale du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE).

Depuis trois ans, la présidente de l’Andalousie hésitait. A quarante deux ans, elle, qui se voit à terme présidente du gouvernement espagnol, ne voulait pas se brûler les ailes à vouloir aller trop vite.

Surtout, elle rechignait à concourir à des élections primaires, attendant qu’on lui déroule le tapis rouge, puisqu’elle est, et c’est sa principale qualité, une gagnante. Un mot qui revient sans cesse dans la bouche de celle qui préside depuis 2013 la région la plus peuplée d’Espagne, avec huit millions quatre cent mille habitants, et la principale fédération du PSOE, avec un tiers du total des membres.

Ses plans ont été bousculés par l’opiniâtreté de l’ancien secrétaire général du PSOE, Pedro Sanchez. Dimanche 21 Mai 2017, elle lui disputera, lors d’une élection primaire interne réservée aux militants qui s’annonce très serrée, la direction du PSOE.

C’est en fait le second round du combat que se sont livrés les deux chefs du PSOE au mois d’octobre 2016. Susana Diaz a remporté la première manche, organisant la démission de la moitié du comité de direction du PSOE pour forcer la chute de Pedro Sanchez. Elle ne tolérait pas que le candidat du PSOE tente de sceller, dans le dos du comité de direction du PSOE, une alliance avec le parti de la gauche radicale Podemos et les indépendantistes catalans pour devenir président du gouvernement malgré leurs exigences et ses mauvais résultats électoraux, quatre vingt cinq députés sur les trois cent cinquante députés du parlement espagnol.

Au terme d’une réunion tendue, Pedro Sanchez avait été contraint à démissionner. Fracturé, le PSOE décide de s’abstenir lors du vote d’investiture du conservateur Mariano Rajoy pour éviter la tenue de nouvelles élections législatives, les troisièmes en un an. De cet épisode est restée de Susana Diaz l’image d’une femme d’appareil, qui tire les ficelles depuis son fief andalou.

Susana Diaz n’a que dix sept ans quand elle prend sa carte au PSOE, le parti qui gouverne l’Andalousie depuis le retour de la démocratie, en 1979. Aînée de quatre sœurs, née d’un père plombier et d’une mère au foyer, cette catholique pratiquante, membre d’une confrérie locale, a grandi dans un quartier populaire de Séville, la Triana, là où elle vit encore avec son mari, un employé administratif au chômage, et son fils de deux ans.

Etudiante en droit, elle met dix ans à obtenir sa maîtrise, elle devient en 1997 secrétaire d’organisation des jeunesses socialistes. Elle y apprend les rouages du parti. A vingt quatre ans, elle est conseillère municipale à Séville. A trente ans, elle est députée au parlement. En 2008, elle retourne dans sa région comme députée régionale et elle devient secrétaire d’organisation du PSOE andalou, puis sénatrice.

Le président régional, Antonio Griñan, l’a prise sous son aile, fasciné par cette jeune femme issue du peuple qui possède un sens politique aiguisé. En 2013, lorsqu’Antonio Griñan, éclaboussé par une affaire de détournement de fonds dépendant du ministère de l’emploi andalou, abandonne la présidence de la région, il lui cède sa place. Quelques semaines plus tard, la nouvelle présidente régionale, qui n’a jamais travaillé en dehors de la politique, devient ­secrétaire général du PSOE andalou avec quatre vingt dix neuf pour cent des voix des militants. Une victoire qui en fait une référence incontournable à l’échelle nationale.

« Elle est ambitieuse, battante, proche des gens, sympathique et naturelle », résume Luis Arroyo, consultant en communication qui a travaillé avec Susana Diaz quand elle s’est présentée aux élections andalouses de 2015, « c’est l’archétype de l’andalouse, gaie et positive, ce qui est à la fois une force et une faiblesse car elle est perçue comme trop folklorique et conservatrice dans une partie du pays. Elle a aussi du mal à se défaire de son image d’apparatchik familière des manœuvres politiques ».

En 2014, Susana Diaz hésite à se présenter à l’élection primaire destinée à nommer le nouveau secrétaire général du PSOE. Elle décide finalement de passer son tour, pour conforter son pouvoir en Andalousie. Mais elle veut s’assurer d’avoir à Madrid un secrétaire général dévoué. Pour contrer l’ascension de l’ambitieux député basque Eduardo Madina, sur lequel elle n’a aucun ascendant, elle apporte son soutien à un député méconnu, économiste au physique de jeune premier, Pedro Sanchez.

Son poulain, bénéficiant de l’appui de la fédération andalouse et du parrainage de nombreux cadres socialistes, l’emporte. Mais celui-ci ne veut pas être manipulé. Il n’apprécie pas l’autonomie des dirigeants régionaux et reproche à Susana Diaz de ne pas le prévenir quand elle décide de convoquer des élections régionales anticipées, en 2015. Sa décision, cependant, est un coup de maître. Elle prend à contre-pied Podemos, qui n’a pas encore de candidat local, et elle remporte aisément la victoire, bien que sans majorité absolue, alors que le PSOE s’effondre partout ailleurs. Après quatre vingt jours de négociation, marqués par de fortes tensions avec Podemos, elle obtient le soutien de la formation centriste libérale Ciudadanos, ce qui lui donne l’image, dont elle ne parvient pas à se défaire, d’être à la droite du PSOE.

Dépourvue en réalité de grandes convictions, son programme se résume en une phrase, elle veut un PSOE « sans complexe, utile et gagnant ».

« Cette fois, il n’est pas question d’utiliser la même méthode que lors des précédentes élections primaires », avoue le président de la région de Valence, Ximo Puig, qui soutient sa candidature, tout comme les principaux cadres du parti, ainsi que les anciens présidents du gouvernement Felipe Gonzalez et José Luis Rodriguez Zapatero, « nous ne pouvons pas inventer un leader. Il faut avoir l’ambition et la vocation, tout comme la force, la persistance, la constance et la capacité de travail. Susana Diaz les a ».

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