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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 16:31

 

Hassan Rohani réélu, sa politique de détente confortée (Reuters)

 

Le président iranien Hassan Rohani, qui briguait un second mandat, a été réélu dès le premier tour des élections présidentielles Vendredi 19 Mai 2017 avec cinquante sept pour cent des voix, confortant la politique de détente engagée durant son premier mandat.

« Sur les quelque quarante et un millions de suffrages exprimés Vendredi 19 Mai 2017, Hassan Rohani en a obtenu vingt trois millions cinq cent mille et a remporté l'élection », a annoncé Samedi 20 Mai 2017 le ministre de l’intérieur, Abdolreza Rahmanifazli, en direct à la télévision.

Son principal rival, le conservateur Ebrahim Raisi, protégé de l'ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême de la révolution, a réuni quinze millions huit cent mille voix, soit un peu plus de trente huit pour cent.

Comme en 2013, mais au terme d'une campagne plus âpre, Hassan Rohani, âgé de soixante huit ans, s'épargne un second tour. Et si dans l'architecture institutionnelle de la république islamique les prérogatives du président sont limitées par le pouvoir du guide suprême, l'ampleur de son nouveau succès donne un mandat solide au camp des réformateurs.

La participation était l'une des inconnues de l'élection, le camp modéré redoutant que les difficultés économiques qui pesaient sur le bilan du président sortant, en matière de pouvoir d'achat et de chômage, ne détournent des urnes une partie des électeurs qui l'avaient porté au pouvoir il y a quatre ans.

Car nombre d’iraniens estiment que l'accord de 2015 qui a permis une levée des sanctions internationales en échange de concessions de Téhéran sur son programme nucléaire n'a pas permis de créer les emplois et la croissance attendus, ni d'attirer les investissements étrangers que promettait Hassan Rohani. Et l'économie a été un enjeu majeur de la campagne, Ebrahim Raisi cherchant à attirer à lui le vote des classes défavorisées en promettant de créer des millions d'emplois.

Finalement équivalente à celle du scrutin de 2013, autour de soixante dix pour cent, la participation électorale a favorisé la candidature d’Hassan Rohani.

« La large mobilisation des groupes radicaux et la perspective réelle de voir Ebrahim Raisi l'emporter ont effrayé de nombreux électeurs qui sont finalement allés voter », explique Nasser, un journaliste de cinquante deux ans.

La réélection d’Hassan Rohani devrait selon toutes vraisemblances garantir la pérennité de l'accord conclu au mois de juillet 2015 avec les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, sur le programme nucléaire iranien.

Le dénouement de cette longue crise, grande réalisation du premier mandat d’Hassan Rohani, a permis de sortir l'Iran de son isolement diplomatique et de lever la plupart des sanctions internationales qui frappaient le pays. La reconduction d’Hassan Rohani pourrait accélérer le retour de Téhéran dans le concert des nations.

C'est aussi un revers pour les gardiens de la révolution, corps d'élite des forces de sécurité qui contrôlent de vastes secteurs dans l'économie iranienne et qui avaient apporté leur soutien à Ebrahim Raisi.

Pour autant, le président réélu va devoir composer avec les mêmes limites qui ont réduit sa capacité à transformer l'Iran. Le guide suprême peut opposer son veto à toutes les politiques et dispose du contrôle ultime sur les forces de sécurité.

« L'histoire des deux dernières décennies d'élections présidentielles se résume à quelques jours d'euphorie suivis de longues années de désillusion », rappelle Karim Sadjadpour, chercheur associé au Carnegie Endowment et spécialiste de l'Iran. « En Iran, la démocratie n'est autorisée à fleurir que quelques journées tous les quatre ans, tandis que l'autocratie est elle à feuillage persistant », ajoute-t-il.

Le corps des gardiens de la révolution islamique pourrait aussi être tenté de faire capoter tout nouveau rapprochement avec l’occident par des interventions de leurs troupes d'élite au Moyen-Orient, estime Meir Javedanfar, chercheur israélien né en Iran au centre interdisciplinaire de Herzliya.

« Depuis la révolution de 1979, chaque fois que les tenants de la ligne dure ont perdu une bataille politique, ils ont essayé de marquer des points. Je redoute une politique plus hostile des gardiens de la révolution dans le golfe persique et une politique plus hostile vis-à-vis des Etats-Unis et de l'Arabie Saoudite », dit-il.

Hassan Rohani devra aussi mener une relation délicate avec les Etats-Unis, où la nouvelle administration entretient le doute sur l'accord de 2015, que Donald Trump considère comme « l'un des plus mauvais accords jamais signés » sans pour autant revenir sur la suspension des sanctions.

Religieux modéré, considéré comme un pragmatique plutôt qu’un réformateur enflammé, Hassan Rohani a cependant accentué, voire radicalisé son discours durant la campagne, brisant au passage plusieurs tabous en s'en prenant aux élites conservatrices du pays, de la justice aux gardiens de la révolution, et en dénonçant le bilan de la théocratie en matière de droits de l'homme.

Lors d'un meeting de campagne, Hassan Rohani a ainsi évoqué les ultra conservateurs comme « ceux qui coupaient les langues et cousaient les bouches ». Au cours du dernier débat télévisé qui s'est tenu une semaine avant le scrutin et qui a été marqué par la violence inédite des échanges entre les candidats, il a enjoint à Ebrahim Raisi « de ne pas se servir de la religion pour atteindre le pouvoir ».

L'objectif était de mobiliser l'électorat jeune et réformateur contre Ebrahim Raisi, un religieux ultra conservateur de cinquante six ans mentionné comme possible successeur d'Ali Khamenei, qui aura soixante dix huit ans au mois de juillet 2017, et qui fut l'un des quatre juges islamiques qui avaient ordonné l'exécution de plusieurs milliers de prisonniers politiques en 1988.

« Hassan Rohani a fait monter les enchères ces dix derniers jours en recourant à ce discours. A l'évidence, il sera difficile de céder sur ces sujets », dit Abbas Milani, directeur du programme des études iraniennes à l'université Stanford en Californie.

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