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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 18:36

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/06/03/les-pouvoirs-publics-face-a-un-nouvel-afflux-de-migrants-a-calais_5138214_3224.html

 

A Calais, un retour des migrants sous haute tension

 

Dans les Hauts-de-France, le nombre des migrants augmente avec l’arrivée des beaux jours. Le gouvernement veut à tout prix éviter de nouveaux points de fixation.

 

Six cent érythréens, afghans et éthiopiens, sont confrontés au durcissement de ton des autorités

 

Par Maryline Baumard

 

Deuxième ramadan en face des côtes britanniques, pourtant, Ahmad, un soudanais de trente ans, reste confiant quant à son passage prochain au Royaume-Uni. Les portes du poids-lourd qu’il a refermées à l’aube, Jeudi Premier Juin 2017, sur son ami Israël ne se sont rouvertes qu’à Londres. C'est une vraie victoire et Ahmad sourit d’aise en imaginant, là-bas celui qui tentait depuis sept mois le passage et en jurant que, la prochaine fois, il ne sera « pas celui qui ferme la porte, mais celui qui se cache dans le camion ».

Lové dans les fauteuils de velours de la salle paroissiale de Steenvoorde, un gros bourg situé au bord de l'autoroute entre Lille et Dunkerque, il discute avec une dizaine d'érythréens. Lui qui a séjourné à Calais préfère ce lieu discret, un peu en retrait dans les terres.

Pour soutenir la centaine de migrants qui vivent depuis 2008 dans la petite jungle qui jouxte l’aire d’autoroute, l’évêché a ouvert cet accueil de jour qu’Anne-Marie Defrance et son époux, de l’association Terre d'Errance, font tourner.

En dépit des attaques diverses, de la perquisition et même de l’incendie de leur maison, le couple continue à apporter aux africains de passage un peu d’humanité. « Quand le maire a fermé les douches, des citoyens ont ouvert leur salle de bain », commente celle que tous appellent mamie et qui trouve une solution à tous les soucis.

La mécanique des flux migratoires, sur laquelle la dissuasion et les violences institutionnelles ne semblent pas avoir beaucoup d’effet, s’est réactivée dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais avec l’arrivée des beaux jours. Alors que certains passent la Manche pour gagner Londres ou Manchester, d’autres arrivent de Paris ou du sud du pays, souvent quelques semaines à peine après leur traversée de la Méditerranée.

A Steenvoorde, le nombre de migrants reste identique, comme bloqué autour de la centaine depuis 2008. Mais à Grande Synthe, dans la banlieue de Dunkerque, il croit doucement en dépit des destructions récurrentes des mini campements.

« La police a vidé trois fois la réserve naturelle du Puythouk », observe le maire, Damien Carême, « mais chaque fois les réfugiés reviennent un peu plus nombreux ». L’élu, qui avait construit un camp au mois de mars 2016, n’exclut pas de « refaire un lieu de transit plus sécurisé et de plus petite taille » sur sa commune où les kurdes se donnent rendez vous depuis des années.

A Calais, les associations de l’Auberge des Migrants et du Secours Catholique estiment à six cent les érythréens, les éthiopiens et les afghans, présents en ce début du mois de juin 2017. « Il y a quelques mois, je connaissais tous les mineurs présents, au moins de vue. Aujourd’hui, je suis dépassée », se désole Pauline, en service civique à Utopia Cinquante Six.

Ils sont nombreux, avec leur visage enfantin, à errer par petits groupes, à nouveau visibles dans la ville depuis plusieurs semaines. Près de l’ancienne jungle, ils squattent les fossés et ils se cachent dans les bosquets, tuant le temps comme ils peuvent en attendant les camions.

Jeudi Premier Juin 2017, sur la rocade portuaire, le premier feu de branchage depuis la grande évacuation de la jungle, au mois d’octobre 2016, a signé un peu plus officiellement leur retour. C’est l’un des moyens qu’ils employaient, l’année dernière, pour ralentir ou pour stopper les camions et se glisser dans les remorques.

Les autorités refusent l’évidence, persuadées que le démantèlement de la jungle a définitivement réglé le problème de Calais. Le préfet, Fabien Sudry, tient un discours rassurant, rappelant que « des opérations sont régulièrement menées pour retirer les tentes et les abris de fortune découverts dans le Calaisis, dès qu’un point de fixation est repéré ».

De son côté, le nouveau ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, a signifié son intérêt pour le sujet à la maire de Calais, Natacha Bouchard. Reprenant la méthode de Bernard Cazeneuve lorsque ce dernier était place Beauvau, il l’a appelée dès son arrivée au ministère, assurant l’édile qu’il ferait tout pour éviter les nouveaux camps.

De la place Beauvau aux préfectures, le concept de point de fixation est devenu le terme technocratique le plus en vogue et le mal à combattre dans la France de 2017.

Sur le terrain, tout est fait pour parvenir à rendre invisibles ces indésirables. Jeudi Premier Juin et Vendredi 2 Juin 2017, à Calais, les associations d’aide se sont vues interdire de distribuer de la nourriture et même de l’eau hormis entre 18 heures et 19 heures 15 et la distribution du soir s’est faite encadrée par une présence policière massive et hostile.

Prétextant un tapage diurne dans la zone industrielle désertée à cette heure, les forces de l’ordre ont même fait éteindre la musique au milieu du repas avant, une fois la dispersion ordonnée, de passer aux contrôles d’identité aléatoires.

Bien rodés à la pratique, les plus jeunes se disaient tous mineurs. C’est uns stratégie qui contre toute attente semble leur garantir de rester libres, même s’ils sont légalement ceux que la France devrait mettre à l’abri.

Le préfet rappelle « qu’un contrôle des étrangers en situation irrégulière est mis en œuvre et que des reconduites à la frontière sont menées ». Ce qui n’empêche pas que « l’action de la police s’effectue dans le respect du droit ». Or, sur ce point, la somme des récits des migrants doublée de celle des témoignages d’humanitaires laisse planer un doute.

Uzer Khan, un pakistanais de vingt trois ans, un bras dans le plâtre et un poignet bandé, raconte avoir été poursuivi par la police Mercredi 31 Mai 2017. Plusieurs autres parlent de coups de matraque en plus des gaz lacrymogènes, le même soir. Les blessures visibles sont nombreuses et elles s’ajoutent au gazage récurrent des sacs de couchage, voire des stocks d’eau ou de nourriture, que beaucoup décrivent comme habituels. Utopia Cinquante Six et l’Auberge des Migrants avaient convoqué une conférence de presse Jeudi Premier Juin 2017 sur ce sujet.

Les associations sont désormais elles aussi prises pour cibles par les forces de l’ordre. Des motards de la police sont venus, Jeudi Premier Juin 2017, faire une inspection scrupuleuse des véhicules des associatifs. Le camion de l’Auberge des Migrants a été pesé, ce qui a valu verbalisation de l’association et obligation de vider les bouteilles d’eau qui occasionnaient son surpoids. La même association se voit d’ailleurs contrainte sous huitaine par les services vétérinaires à engager des travaux dans la cuisine du hangar où sont préparés les six cent repas quotidiens, faute de quoi le lieu sera fermé.

« Nous avons reculé d’un siècle. Nous ne sommes même plus crédibles aujourd’hui quand nous rappelons aux migrants qu’ils peuvent demander l’asile en France », se désole Vincent de Coninck du Secours Catholique.

De toute manière, c’est matériellement impossible et, compte tenu de la chasse à l’homme autour de la gare de Calais, les derniers réfugiés encore désireux de rester se sont retrouvés dans les bureaux de la Police de l’Air et des Frontières (PAF) en tentant d’honorer leur rendez vous de demande d’asile.

« Franchement, je comprends mal la ligne politique du chef de l’état qui, d’une part, félicite Angela Merkel pour son accueil des réfugiés et, d’autre part, laisse ses administrations agir ainsi face à ces jeunes érythréens, éthiopiens et afghans », déplore Vincent de Coninck.

Du côté du ministère de l’intérieur, c’est difficile de voir clair. Selon certains hauts responsables, les premiers signes indiquent bien qu’on s’engage « sur une ligne dure contre les migrants ». Si officiellement le directeur adjoint du cabinet, Nicolas Lerner, est pour l’heure chargé de ce dossier, officieusement, beaucoup lisent déjà dans la gestion répressive du sujet la patte du directeur du cabinet, Stéphane Fratacci, pivot du ministère de l’identité nationale sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

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