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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 16:37

 

http://www.humanite.fr/histoire-bataille-de-rue-paris-contre-le-general-americain-ridgway

 

Bataille de rue à Paris contre le général américain Matthew Ridgway

 

Par Michel Pigenet, directeur du centre d’histoire sociale du vingtième siècle, professeur d’histoire contemporaine à l’université Panthéon-Sorbonne.

 

Vendredi 25 Mai 2012

 

Le 28 mai 1952, le Parti Communiste Français (PCF) appelle à manifester contre la venue à Paris du général Matthew Ridgway, accusé d’avoir utilisé les armes bactériologiques en Corée. Le PCF entend tenir la rue, quoi qu’il en coûte. La répression est féroce. Il y a des morts. Des dirigeants du PCF sont emprisonnés.

« Le peuple de Paris ne tolérera pas un criminel de guerre dans la capitale », avait prévenu la fédération de la Seine du PCF. De fait, le 28 mai 1952, quinze mille à vingt mille personnes protestent contre l’arrivée à Paris du général américain Matthew Ridgway, le successeur du général Dwight Eisenhower à la tête des forces armées de l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Commandant, jusque-là, des troupes américaines en Corée où il porterait la responsabilité de l’emploi d’armes bactériologiques, le général Matthew Ridgway constitue une cible de choix.

Il offre aussi le prétexte d’une démonstration exceptionnelle dont témoigne le bilan, trois cent soixante douze blessés, dont vingt sept blessés graves, dans les rangs des forces de l’ordre et bien davantage parmi les manifestants. L’un d’eux, Bélaïd Hocine, ouvrier municipal algérien d’Aubervilliers, tombe, place Stalingrad à Paris, mortellement touché par balles. Un autre travailleur, Charles Guénard, également atteint par le tir d’un brigadier, décédera quelques mois plus tard. La police de l’époque n’est pas tendre envers les manifestants du PCF.

Cette fois, pourtant, ceux-ci sont venus avec l’intention d’en découdre. Il y va de l’application de la nouvelle ligne offensive, dévoilée peu auparavant par un éditorial de François Billoux paru dans les cahiers du communisme. Sous une rhétorique empruntée à la troisième période d'erreurs de l'internationale communiste entre 1929 et 1933, il s’agit tout à la fois d’offrir des perspectives immédiates aux militants, de les aguerrir et d’envoyer un avertissement au moment où la France s’apprête à signer, le 27 mai 1952, l’accord instituant la renaissance d’une armée allemande au sein de la très controversée communauté européenne de défense.

Dans l’urgence, réunions internes, tracts, affiches et journaux s’attachent à galvaniser le PCF. Il est question de « nettoyer notre pays de l’armée des milliardaires et de renverser le pouvoir honteux des exploiteurs ».

Pour l’heure, les spécialistes de la puissante fédération de la Seine du PCF, près de cinquante neuf mille cartes placées en 1952, tracent des itinéraires, calculent les temps de trajet et prévoient des positions de repli. Les consignes préconisent de tenir la rue, de ne pas se laisser faire et de pas reculer. Dans les locaux du comité d'entreprise de Renault Billancourt et dans les ateliers municipaux de la banlieue rouge, on fabrique en conséquence de gros manches et des petites pancartes.

Jour après jour, la pression monte. Le 25 mai 1952, le rédacteur en chef de l’Humanité, André Stil, est arrêté en vertu d’une loi de 1848 sur la provocation d’attroupements publics.

Le 28 mai 1952, vers 18 heures, les premiers groupes s’ébranlent en direction d’une place de la République inaccessible. Partis du nord et du nord-est, des cortèges fusionnent place de la Chapelle pour s’engouffrer vers le boulevard Magenta. À l’est, d’autres parcourent le vingtième et le onzième arrondissement. À l’ouest et au nord-ouest, la jonction s’opère dans le secteur de la gare Saint-Lazare et de la place de l'Opéra. Sur la rive gauche, la convergence s’effectue boulevard Saint-Germain en vue de franchir le Pont-Neuf. Place Stalingrad, au carrefour de l’Odéon et devant la gare de l’Est, les premiers barrages de police plient, voire cèdent à la panique. Sur les Grands Boulevards, des véhicules de la préfecture de police sont renversés. Assiégé, le commissariat de la rue de la Banque subit un début d’incendie. L’effet de surprise passé, les forces de l’ordre reprennent le contrôle de la situation sans ménagement.

Au hasard des charges, sept cent dix huit personnes sont interpellées. Parmi eux, une majorité de jeunes adultes, des hommes pour l’essentiel, souvent ouvriers, à l’image du cœur militant communiste de la Seine. En fin de soirée, une arrestation retient plus particulièrement l’attention, celle de Jacques Duclos, secrétaire général du PCF par intérim en l’absence de Maurice Thorez, soigné en Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Dans la voiture du dirigeant, interceptée à deux pas de la place de la République, la police saisit des documents confidentiels et deux pigeons récemment étouffés, formulation lourde de sous-entendus pour des volatiles destinés à la plus banale des casseroles. Lancé en catastrophe, un appel à la grève, le 4 juin 1952, pour sa libération et celle de ses camarades, tourne au fiasco, y compris dans les bastions. L’échec expose à la répression patronale qui décapite le syndicat de Renault Billancourt de la Confédération Générale du Travail (CGT). Une première information ouverte pour atteinte à la sûreté intérieure de l'état entraîne cent soixante dix inculpations, des dizaines de perquisitions et de saisies de documents à l’origine d’une seconde instruction pour démoralisation de l’armée et atteinte à l’intégrité du territoire en relation avec l’action contre la guerre d’Indochine.

L’heure n’est plus à l’offensive. À défaut d’en entretenir la mémoire, le PCF tirera les leçons des dérapages de la manifestation contre la venue en France du général Matthew Ridgway.

Les communistes connaîtront, certes, bien d’autres manifestations sanglantes après 1952. Plus jamais, toutefois, ils n’en reprendront l’initiative.

Le 29 mai 1952, il y a l'ouverture d’une information pour atteinte à la sûreté intérieure de l'état.

Entre le 31 mai et le 7 juin 1952, il y a des perquisitions à Paris et en province.

Le premier juillet 1952, il y a la libération de Jacques Duclos.

Le 8 août 1952, il y a l'ouverture d’une seconde information pour démoralisation de l’armée et de la nation et atteinte à l’intégrité du territoire.

Le 10 août 1952, il y a la libération des interpellés du mois de mai 1952.

Le 8 octobre 1952, il y a des perquisitions et des arrestations parmi les dirigeants du Mouvement des Jeunesses Communistes de France (MJCF) et de la CGT, dont Alain Le Léap, emprisonné le 11 octobre 1952. Benoît Frachon, secrétaire général de la CGT, plonge dans la clandestinité.

Le 15 novembre 1952, il y a la demande de levée de l’immunité parlementaire des principaux dirigeants du PCF.

Le 24 mars 1953, il y a des perquisitions et des mandats d’amener contre des dirigeants de la CGT.

Le 17 novembre 1953, il y a un non-lieu général dans l’instruction ouverte le 8 août 1952.

Le 24 novembre 1955, les vingt deux derniers inculpés du mois de mai 1952 comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris pour rébellion et insultes à agents, port d’armes, coups et blessures. Il y a neuf relaxes et treize peines de prison avec sursis.

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