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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 18:56

 

http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/06/19/avant-la-reforme-du-code-du-travail-le-front-social-prend-date-devant-l-assemblee-nationale_5147655_823448.html

 

Avant la réforme du code du travail, le Front Social prend date devant l'assemblée nationale

 

Quelques centaines de personnes ont protesté Lundi 19 Juin 2017 devant le Palais-Bourbon contre le plan de destruction sociale massive prévu, selon eux, par Emmanuel Macron.

 

Par Cécile Bouanchaud

 

« La manifestation d’aujourd’hui ressemble un peu au vote d’hier, personne ne s’est déplacé ». Sandra, quarante trois ans, sait de quoi elle parle, elle qui a connu les cortèges étoffés des manifestations contre la loi travail du printemps 2016 et, avec eux, les affrontements systématiques entre les policiers et les manifestants. Lundi 19 Juin 2017, au lendemain du deuxième tour des élections législatives qui a donné à Emmanuel Macron et à son gouvernement une des plus larges majorités parlementaires de la cinquième république, seules quelques centaines de personnes se sont rassemblées pour protester contre le plan de destruction sociale massive incarné, selon elles, par le nouveau président de la république.

En ligne de mire, il y a le projet de loi travail qu’Emmanuel Macron veut mener plus loin et surtout qu'il veut faire adopter rapidement, en ayant recours aux ordonnances, qui permettent de faire passer des réformes plus rapidement que par le truchement d’un projet de loi ordinaire voté à l'assemblée nationale.

C’est justement le lieu de rassemblement choisi par les manifestants du Front Social, composé de syndicats de la Confédération Générale du Travail (CGT), de Syndicats Unitaires et Démocratiques (SUD), d’associations et de collectifs, dont le Droit Au Logement (DAL) et Droits Devant. Finalement, la manifestation, également suivie par des partis, comme le Mouvement de la France Insoumise (MFI), le Front De Gauche (FDG) ou encore le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), s’est déroulée non loin de là, place de la Concorde.

Lundi 19 Juin 2017 à 18 heures, devant le parvis de l’entrée du jardin des Tuileries, les manifestants arrivent au compte-gouttes sous une chaleur écrasante. Les élections de la veille, marquées par une abstention record de cinquante sept pour cent, sont dans tous les esprits. « Cette abstention massive montre que la démocratie ne permet plus de représenter la population », estime Claire, quarante ans, professeure de musique à Paris, qui estime qu’il faut désormais « occuper la rue pour se faire entendre ».

« Il y a une dynamique à créer, il faut faire quelque chose de tous ces abstentionnistes, qu’ils se rassemblent pour protester », abonde Leila, soixante sept ans, ancienne professeure de français à la retraite.

Cette idée d’un troisième tour social revient souvent dans la bouche des manifestants, pour qui la majorité absolue accordée à la République En Marche (REM) ne constitue en rien un véritable plébiscite de la part des français. Dans le cortège, ils sont nombreux à s’être abstenus ou à avoir voté blanc. D’autres ont choisi le MFI, « pas par conviction, mais pour qu’il y ait une vraie opposition à l'assemblée nationale », précise Capucine, vingt ans. L’étudiante en lettres modernes à Paris tient toutefois à faire sa mise au point, « cette manifestation, qui devait se tenir devant l'assemblée nationale, c’est aussi un message aux nouveaux députés, nous attendons d’eux qu’ils soient une vraie force d’opposition ».

Les manifestants veulent s'opposer en premier lieu à la réforme du code du travail par ordonnances, qui revient comme un leitmotiv dans la bouche des manifestants, majoritairement au fait du projet, qu’ils présentent comme une casse de nos droits fondamentaux et un danger pour la démocratie. « La loi travail voulue par Emmanuel Macron, c’est fouler aux pieds un siècle de combat social pour les droits des travailleurs », résume Randy, 24 ans, étudiant à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS).

Les manifestants dénoncent d’une même voix la volonté du président de la république de flexibiliser plus encore le fonctionnement du marché du travail. « Les salariés devront tout accepter pour garder leur emploi », résume Randy, directeur de campagne de Mathurin Lévis, candidat du MFI dans la onzième circonscription des Yvelines, face à Benoît Hamon.

Sur le fait d’étendre la primauté des accords d’entreprise sur les conventions de branche à de nouveaux sujets, notamment le temps de travail, Dorian, vingt et un ans, estime que cela va créer au sein de l’entreprise « un rapport de forces dangereux entre les employés et les patrons ». Il y a un autre point de crispation, c'est le plafonnement des dommages et intérêts aux conseils des prud’hommes en cas de licenciement abusif. « Avec cette nouvelle donne, les patrons pourront agir avec cynisme, ils sauront le coût maximal pour virer un salarié », analyse Zoé, étudiante en droit, une des nombreuses vingtenaires qui parsèment le cortège.

La fusion des instances de représentation du personnel, la fin des indemnités de chômage après deux refus d’un emploi et le basculement vers un système de retraite par points, sont également pointés du doigt par les manifestants, qui sont nombreux à déplorer « que les syndicats acceptent de négocier avec le gouvernement ».

Au-delà de la loi travail, ils dénoncent pêle-mêle « l’absence de ministère du droit des femmes, l’indigence du programme écologique et les lois antiterroristes intégrant les mesures de l’état d’urgence dans le droit commun ».

Alors qu’une attaque contre un fourgon de gendarmerie s’est déroulée un peu plus tôt, sur les Champs-Elysées, à quelques centaines de mètres de la manifestation, le dispositif policier n’était pas massif autour de la place de la Concorde, même si les forces de l’ordre contrôlaient les manifestants souhaitant accéder au rassemblement.

Des dizaines de militants antifascistes ont tenté de lever les barrières qui bordaient la place provoquant une intervention des forces de l’ordre.

A la manifestation du Front Social, le désormais classique « tout le monde déteste la police » a été remplacé par « tout le monde déteste les ordonnances ». Un slogan se mêlant au « y en a assez de la loi des patrons, c’est nous qui travaillons, c’est nous qui décidons » ou « ce n’est pas les salariés, ce n’est pas les immigrés, c’est Emmanuel Macron qu’il faut virer », scandés par des manifestants, brandissant des pancartes comme « make our code du travail great again ».

C’est dans le calme et sous une chaleur persistante que les manifestants se sont dispersés Lundi 19 Juin 2017 vers 21 heures.

Certains prévoient déjà de se mobiliser à la rentrée, le 20 septembre 2017, date à laquelle le gouvernement doit adopter les ordonnances réformant le code du travail. Un manifestant de prévenir, « nous serons dans la rue et pour plusieurs jours s’il le faut ».

 

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