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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 21:23

 

 

COOPERATIVE POLITIQUE ECOLOGIE SOCIALE

 

La Coopérative Politique Ecologie Sociale écrivait récemment un long message relatif au bilan des élections présidentielles et législatives.

 

Vous trouverez ci dessous les quatre derniers paragraphes de ce message.

 

Le message est disponible en totalité si vous consultez son site internet à l'adresse ci dessous.

 

Bernard Fischer

 

https://www.ecologiesociale.org/2017/07/02/le-jour-dapres-declaration-de-la-cooperative-politique-ecologie-sociale

 

Le jour d’après, déclaration de la Coopérative Politique Ecologie Sociale 

 

La séquence électorale a été marquée par le dégagisme. Celles et ceux d’en bas se sont débarrassés de ceux d’en haut, jugés inutiles, inefficaces, corrompus et politiciens. Ce « qu’ils s’en aillent tous » à la française a été taxé de populisme alors qu’il est une forme d’expression populaire mais surtout une forme d’intervention électorale face à la crise de représentation. Il a été utile à la nouvelle offre électorale, encore plus à la République En Marche (REM) qu’au Mouvement de la France Insoumise (MFI). Celles et ceux d’en bas ne veulent plus être menés en bateau par celles et ceux d’en haut. C’est le dégagisme qui a été à la base du succès du MFI qui, à la manière d’une voiture-bélier, a broyé les appareils du Parti Communiste Français (PCF), du Parti Socialiste et d’Europe Ecologie Les Verts (EELV). Pourtant le résultat paradoxal de la séquence électorale est qu’elle renforce le présidentialisme. Lionel Jospin avait accéléré la bipolarisation en inversant le calendrier électoral consacrant ainsi la présidentialisation du régime. Emmanuel Macron en incarnant à la fois la droite et la gauche, en liquidant les partis qui les représentaient et en se présentant comme le seul garant de l’équilibre des pouvoirs, est soutenu alternativement par l’électorat de la gauche contre la droite et inversement. Mais la présidentialisation à l’américaine a son revers. La crise de représentation démocratique sans précédent actée par le deuxième tour des élections législatives dans lequel cinquante sept pour cent des électeurs se sont abstenus sans compter les deux millions de votes blancs auront des conséquences profondes. 

Contre un pouvoir illégitime et les pleins pouvoirs, les conflits issus de sa politique risquent bien de se régler cette fois ci dans la rue. 

La principale victime du dégagisme a été la gauche plurielle devenue une gauche plus rien. L’union de la gauche n’est plus car elle n’est adaptée ni aux exigences du social libéralisme, ni aux nécessités de la gauche de transformation sociale. Le Parti Socialiste n’est plus que l’ombre de lui même. Le constatant, le Parti des Radicaux de Gauche (PRG) comme une partie des écologistes ont rejoint la REM. L’avenir du Parti Socialiste maintenu, c’est celui de la gauche italienne ou de la gauche chilienne, être un des acteurs subalternes d’un parti démocrate de gestion de l’ordre néolibéral rassemblant la droite et la gauche. La crise du Parti Socialiste était inéluctable car c’est une crise idéologique, stratégique et générationnelle. La tentation de la troisième force a toujours divisé la gauche gestionnaire. François Hollande était favorable à ce tournant stratégique mais il ne s’en est pas donné les moyens politiques. Jusqu’à la fin du vingtième siècle, les états nations assuraient des possibilités de redistribution. Aujourd’hui, la mondialisation libérale étouffe les possibilités d’indépendance d’une gauche réformiste dans la lignée de Jean Jaurès, de Léon Blum et de François Mitterrand. Le néo-centrisme est le nouvel outil de la domination libérale car celle-ci n’a plus besoin de s’encombrer des illusions de redistribution de la sociale démocratie. Le chemin est ouvert aux partisans de la société de post croissance qui risque bien de s’imposer non par le choix mais par la nécessité. 

La gauche de transformation sociale s’est retrouvée majoritairement dans le MFI.  Celui-ci est fort de sa cohérence politique, de sa capacité de mobilisation et du charisme jaurésien de son leader. Avec un groupe à l’assemblée nationale, elle a les moyens de fédérer la gauche et l’écologie populaire. Le reste, c’est-à-dire les appareils du PCF, du Parti Socialiste et d’EELV, ont explosé en vol faute d’avoir clarifié leurs contours idéologique, stratégique et politique. Face au bloc bourgeois social libéral, notre tâche est de construire un bloc populaire pour l’alternative citoyenne qui, dans l’indépendance absolue avec le Parti Socialiste, unisse les composantes disparates de la gauche de transformation sociale. Organiser la résistance à la révolution néolibérale est l’urgence absolue. La démoralisation, la démotivation et l’éparpillement, comme après chaque défaite, va gagner toute la gauche. Nous pouvons nous attendre à des explosions de colère sans lendemain et à des règlements de compte au sein et entre les partis. Nous devons refuser ces impasses et proposer une feuille de route au mouvement social. Elle passe par la construction du mouvement de résistance à la mainmise de la REM sur tous les rouages du système politique et par la lutte contre les politiques antisociales. 

La destruction et le démantèlement du tissu de la révolution industrielle a déplacé la centralité de l’action politique de l’entreprise au quartier. Il n’y a plus de priorité entre les urgences sociale, sociétale et environnementale. C’est l’accumulation des injustices et des inégalités qui allume le détonateur des résistances. La précarisation des conditions de vie ne se résume pas à la question du travail, du logement ou du revenu. C’est la lutte contre la précarisation et la marchandisation de la vie qui doit être l’enjeu de la résistance. Les élections présidentielles ont démontré l’immense besoin de prévention, de protection et de sécurisation de la plus grande partie de la population. Refuser d’être des kleenex corvéables, vendables et jetables à merci, c’est déjà lutter contre le macronisme et l’ubérisation qui va avec, c’est aussi lutter pour que la santé environnementale, avec les conséquences de sa non-prise en compte chez les salariés comme chez les riverains, soit considérée comme une question sociale et écologique à part entière. La défense des libertés démocratiques est le second pilier de la résistance. La lutte contre l’état d’urgence, dont les dispositions d’exception vont être introduites dans la loi, comme la lutte pour les libertés numériques, est une priorité. 

L’émergence de mouvements politiques nouveaux a été centrale dans ses élections. La REM et le MFI sont des Objets Volants Non Identifiés (OVNI) politiques. Des centaines de milliers de gens peuvent s’organiser et agir horizontalement dans le cadre fourni par une direction politique verticaliste. Ce modèle, issu du grillinisme, le Mouvement Cinq Etoiles (MCE) en Italie, et en partie de Podemos et du mouvement pour Bernie Sanders, rompt radicalement avec la structuration pyramidale des partis nés de la révolution industrielle. Le centre nerveux de l’organisation n’est plus le lieu de travail, ni même le quartier. L’organisateur collectif n’est plus le journal. L’espace où se déploie l’organisation politique est le réseau social virtuel et les événements physiques ou virtuels qu’il promeut. La recomposition politique ne pourra pas se faire à travers les vieux appareils issus de l’ère industrielle. La révolution numérique change la donne. Les débats sur la recomposition qui est en cours ne passent plus par la seule remise en cause de la charte d’Amiens qui avait ossifié les rapports entre syndicats et partis politiques, les deux étant des catégories étanches. Il faudra désormais combiner l’activité virtuelle du réseau social avec l’action coopérative, le tout bâtissant une contre-société et un peuple en mouvement. Tous les essais en France ont jusqu’ici été des échecs de la forme cartel du Front De Gauche (FDG) à la coopérative d’EELV en passant par le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et Nouvelle Donne. Le MFI, s’il ne veut pas connaître leur sort, devra se dépasser, inventer les règles de cohabitation entre le Parti de Gauche et le MFI et trouver la forme d’un mouvement alter politique de type nouveau où la démocratie et l’action militante pourront se conjuguer. Le nouveau mouvement politique de masse se formera par en bas et par en haut. Il se formera par en bas par le maillage de groupes locaux issus des partis, MFI, EELV, PCF, gauche du Parti Socialiste et mouvance citoyenne, et surtout de citoyens non encartés. Il se formera par en haut à travers le regroupement des parlementaires à l’assemblée nationale et au sénat et des autres élus qui s’organiseront en lien avec la résistance des mouvements sociaux. 

L’écologie politique mainstream d’EELV a failli. Le retrait du candidat écologiste pour la première fois depuis 1974 aura acté l’existence de trois écologies masqué par l’absence de débat au sein d’EELV. Ces trois écologies émergent du vide idéologique incarné par l’appareil d’EELV. 

Ces trois écologies ont leur légitimité propre. L’écologie de marché, l’écologie sociale et l’écologie de transformation représentent des orientations, des contenus programmatiques et des alliances potentielles différentes. ` 

L’écologie politique est conflictuelle pas consensuelle et doit non seulement tirer le bilan de ses erreurs tactiques mais surtout rompre avec ses mythes fondateurs, l’autonomie stratégique, le peuple de l’écologie et la majorité culturelle. La première notion est impraticable sans une vraie proportionnelle, improbable dans la cinquième république. Elle existerait que cela n’invalide pas la question des alliances qui, comme en Allemagne, est toujours aussi prégnante. Le peuple de l’écologie n’existe pas car tout peuple politique que ce soit, celui d’Emmanuel Macron avec ses start-up de l’extrême centre ou celui de Jean Luc Mélenchon avec ses insoumis, se construit dans une dynamique politique et dans des pratiques sociales éparses. On n’est pas un citoyen écologiste quand on va chercher son panier à l’AMAP. Il n’existe pas de peuple écologiste. C’est un objectif à atteindre. Quant à la majorité culturelle, s’il en existe une, elle est environnementaliste et non écologiste. Confondre l’adhésion à un projet de protection de l’environnement avec l’adhésion à un projet de société écologiste est l’erreur originelle des verts puis d’EELV. 

EELV a été jusqu’au bout de son alliance structurelle avec le Parti Socialiste. Sa direction s’oriente vers l’écologie sociale en choisissant de se regrouper avec ce qui reste de la gauche du Parti Socialiste pour construire un nouveau Parti Socialiste Unifié (PSU).  Cette voie est une impasse. La sociale démocratie-verte sera broyée comme le Parti Socialiste l’a été entre Emmanuel Macron et Jean Luc Mélenchon. Son espace est déjà pris par les écologistes de la REM, Nicolas Hulot en tête, pour qui la sortie de la crise passe par l’investissement massif dans le développement durable comme nouvelle source de profit pour les sociétés occidentales menacées par les pays émergents. Le groupe vert au parlement européen est devenu le laboratoire idéologique de cette politique maintenant suivie par le PVE dans de nombreux pays, en Finlande, en Allemagne, en Autriche et en Tchéquie. 

Construire la Coopérative Politique Ecologie Sociale (CPES) comme un mouvement central de l’écologie populaire 

Depuis sa prise de position en faveur de Jean Luc Mélenchon, la CPES a fédéré des cadres de valeur, membres ou non d’EELV, d’associations et de collectifs porteurs d’un projet d’écologie populaire et dessinant une insertion stratégique dans le mouvement social. Il faut maintenant qu’elle se dote d’une feuille de route. 

Défendre un projet de société écologiste. Devant la faillite de l’écologie mainstream réduite à un consensus mou autour de quelques mesures autour de la transition écologique, nous devons expliquer en quoi notre projet de société écologiste, décentralisée, communaliste et autogestionnaire est différent de la société de marché. Il faut pour cela rompre avec l’idéologie du développement durable, de l’économie verte ou encore de la transition écologique, termes valises cachant le plus souvent le green washing. Ce projet de société écologiste passe par la recherche de toutes les formes de démarchandisation et de déconstruction des modèles dominants de la pensée, ici et maintenant.

Il s’agit de faire contre-société en construisant un peuple de l’écologie à travers un mouvement. La force des écologistes sociaux, c’est de prendre en main cette bataille par le bas, en partant du municipalisme de combat, des enjeux liés à la santé environnementale, à l’alimentation, à l’écologie urbaine et à la défense des communs, des formes de démocratie collaborative, de production d’information et de medias indépendants. Comme le PCF des années 1930, 1940 et 1950, ou certains mouvements des années 1970, il faut faire contre société, c’est-à-dire bâtir des formes de société alternatives et écologiques dans tous les domaines des politiques publiques ou intersticielles, en passant par l’aide concrète aux populations les plus fragiles.  C’était le projet initial de la CPES d’EELV. Il peut maintenant être mis en œuvre avec toutes les forces qui se réclament de la gauche écologiste insoumise. 

Construire un pôle d’écologie sociale, inséré dans une dynamique claire antilibérale réunissant tous les courants de l’écologie de transformation. 

La CPES doit rester un espace transpartidaire dans cette phase particulière. Ce qui fait notre richesse c’est la construction d’une orientation d’écologie populaire qui pour le moment est minoritaire.

Cette option n’a pas de précédent dans le mouvement écologiste, sauf à l’échelle locale comme à Grenoble. Celles et ceux qui l’emprunteront devront donc innover et créer à partir de leurs seules convictions cet espace politique. L’écologie populaire est divisée. L’écologie politique doit unifier l’écologie associative, l’écologie municipale et l’écologie mouvementiste, celle des zadistes notamment, de plus en plus concurrentes. Pour cela elle doit surtout investir des terrains désertés par les écologistes, les quartiers populaires, les injustices sociales et environnementales et les rapports entre le nord et le sud, et contribuer à faire émerger des mouvements et initiatives capables de fédérer des mondes clivés tels que paysans et habitants des banlieues pour faire culture commune des combats des sans droits. 

La CPES doit ouvrir un espace politique permanent de discussion avec les autres composantes du mouvement d’écologie populaire, écosocialistes, écosyndicalistes, Utopia, décroissants et gauche alternative d’Ensemble, et des mouvements citoyens apparus cette année. L’objectif est l’unification des composantes écologistes apparues dans la campagne de Jean Luc Mélenchon, l’altermondialisme, l’écologie sociale et les militants des quartiers sans rompre avec les centaines de militants verts déboussolés après le retrait de leur candidat et le ralliement au Parti Socialiste contraire à l’engagement du congrès de juin 2016. 

Préparer dés maintenant les municipales de 2020. La CPES doit avec d’autres contribuer à l’émergence de listes citoyennes en formulant des propositions de programmes municipaux déclinables notamment dans les quartiers populaires. Construire un municipalisme écologique est la condition d’une construction politique nationale.

Se concentrer sur la formation et la politisation des mouvements sociaux écologiques, et de la jeunesse en formation.  Nous devons, comme le MFI a su le faire dans la campagne, renouer avec l’éducation populaire en organisant des universités populaires de l’écologie autour de l’histoire de l’écologie paysanne et ouvrière et des orientations de l’écologie sociale. Nous devons constituer un réseau d’éco-syndicalistes pour renouer avec le mouvement ouvrier et aider au développement d’une force d’écologie sociale implantée dans les universités et les lycées et tisser des liens plus étroits avec les mouvements d’éducation à l’environnement qui fasse la part belle à une approche plus systémique et politique des questions environnementales. 

Construire un réseau transnational d’écologie populaire regroupant l’écologie sociale, l’écosocialisme et la décroissance soutenable. 

L’écologie politique ne peut être absente de l’affrontement entre les oligarchies et les peuples dans le monde entier. Les écologistes sociaux sont souvent au coeur de ces mouvements même s’ils y sont minoritaires. L’internationale des partis verts telle qu’elle existe ne permet pas d’être des acteurs réels de ce mouvement qui, des Zones A Défendre (ZAD) aux luttes contre l’extractivisme en passant par le mouvement pour la justice climatique, est en train de redessiner les contours de l’écologie politique.

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