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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 18:43

 

http://www.liberation.fr/planete/2017/07/05/catalogne-lluis-llach-de-chanteur-menace-a-depute-menacant_1581833

 

Lluís Llach, de chanteur menacé à député menaçant

 

Par François Musseau, correspondant permanent de Libération à Madrid

 

A quelques mois du référendum sur l’indépendance de la région, l’ancien artiste contestataire catalan reconverti en parlementaire séparatiste a créé la polémique par des propos agressifs.

Imaginez un Léo Ferré, un Jean Ferrat, un Bob Dylan ou tout autre totem artistique aux accents rebelles, soudain entré en politique et élu député.

C’est la métamorphose de l’auteur-compositeur-interprète Lluís Llach, soixante huit ans, icône contestataire de la Catalogne depuis l’époque du franquisme. Mardi 4 Juillet 2017, il a été l’un des orateurs qui ont annoncé les modalités du référendum par lequel la région veut obtenir sa séparation de l’Espagne. Le scrutin, que le pouvoir central à Madrid juge anticonstitutionnel, est fixé au premier octobre 2017.

Si une majorité des électeurs répondent oui à la question « voulez-vous que la Catalogne devienne un état indépendant sous la forme d’une république », alors l’indépendance sera décrétée dans les quarante huit heures par le parlement catalan, a promis le chef de l’exécutif régional, Carles Puigdemont.

Celui qui fut l’auteur d’hymnes de la résistance culturelle de cette région si nationaliste, notamment l’Estaca, un pieu symbolisant la dictature que seule la solidarité peut arracher du sol, s’est retrouvé au mois d'avril 2017 au centre d’une polémique dans laquelle il n’apparaissait plus comme un barde anarchiste et insurgé mais comme un censeur prodiguant des consignes à respecter, au risque, pour les contrevenants, de sanctions imposées par le futur et hypothétique état catalan.

Où un tel pied de nez du destin prend-il sa source ? Lluís Llach prend sa retraite artistique en 2007 dans son village de Verges après quarante ans de carrière durant laquelle il n’aura cessé d’être l’image vivante d’une Catalogne fière de sa langue et de sa riche identité. Puis il se réfugie au Sénégal, se consacrant à sa fondation d’aide aux déshérités, à l’écriture de romans et à sa passion pour la mer.

Il y a deux ans, celui qui souhaitait fuir à jamais toute activité publique rejoint le combat. Les leaders catalanistes, qui promettent depuis 2012 un référendum d’autodétermination afin de sortir du giron de l’Espagne honnie, voient en lui un formidable argument de vente. L'ancien symbole de la Nova Cançó, séparatiste depuis toujours, se plie à leur requête et quitte ses chers tropiques africains pour le pays natal.

Au mois de septembre 2015, au terme des élections régionales, il devient l’un des cinquante deux députés, sur un total de cent trente cinq députés, du mouvement Junts pel Si, une coalition hétéroclite œuvrant pour la sécession avec l’Espagne. Ce mouvement au pouvoir régional a promis de s’affranchir au plus vite de la tutelle espagnole malgré le rejet furieux de Madrid. Depuis deux ans, le chanteur devenu député séparatiste est membre d’une commission parlementaire ayant pour objectif de préparer la transition vers cette indépendance que souhaite une courte majorité des sept millions cinq cent mille catalans.

C’est dans ce cadre que Lluís Llach a proféré des propos incendiaires, « lorsque la législation catalane sera en vigueur, les fonctionnaires qui vivent et travaillent ici devront obéir à nos lois et plus à celles de l’Espagne. Ils ont intérêt à bien réfléchir car, lorsque nous aurons un état indépendant, chacun devra répondre de ses actes et pourra être puni par l'état catalan », des propos menaçants que l’artiste à l’éternel bonnet de laine noire a proférés à plusieurs reprises, dans toute la Catalogne, au cours de conférences didactiques.

Du point de vue des sécessionnistes, ils ont tout leur sens. Le parlement catalan doit approuver une loi de déconnexion avec l’Espagne, autorisant la mise en place de structures propres, fiscales, sanitaires, sociales et diplomatiques, n’obéissant plus à l’autorité centrale, même si la justice espagnole a assuré s’y opposer. Le message de Lluis Llach est que, au cours de cette période duale, les fonctionnaires ont intérêt à se plier au diktat catalan plutôt qu’aux normes espagnoles.

Attaqué par les formations non-nationalistes en Catalogne et par la quasi-totalité du spectre politico-médiatique national, le chanteur a reçu le soutien du président Carles Puigdemont, « ceux qui accusent Lluís Llach de proférer des menaces sont des esprits ignorants et injustes. Ils semblent avoir oublié qu’il fut lui-même victime de la censure, de la détention et de la répression du franquisme ».

Entre 1970 et 1975, date de la mort du caudillo, les concerts de Lluis Llach furent régulièrement interdits en Espagne et il dut s’exiler à Paris.

En 1985, il donna un concert historique au Camp Nou, le stade du Football Club de Barcelone, devant cent vingt mille spectateurs payants. Indépendantiste viscéral, il témoigne d’un ressentiment contre l'état espagnol qui, paradoxalement, trahit un mimétisme avec ses anciens censeurs.

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