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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 19:22

 

http://socialisme-2010.fr/blog2016/juillet2017.php#juillet24

 

Les rapports entre Jean Claude Mailly et Jean Luc Mélenchon à la lumière de l’arrivée du Parti Ouvrier Indépendant (POI) dans le Mouvement de la France Insoumise (MFI)

 

Par Robert Duguet

 

La deuxième loi travail, c’est le retour au dix neuvième siècle.

 

Nous sommes au pied du mur avec la politique d'Emmanuel Macron. Rappelons le cœur du dispositif. Les accords nationaux interprofessionnels et les conventions collectives de branche disparaissent dans son projet de société. Un droit du travail par entreprise s’appliquera. Il concernera la durée du travail, les repos et les congés, les droits et les libertés dans l’entreprise, le contrat de travail, le droit disciplinaire, la rupture du contrat de travail, les conseils des prud’hommes, les représentants du personnel, les syndicats, la négociation collective et les conflits collectifs. Il s’agit de donner une autonomie complète aux employeurs qui consultent et négocient quand ils ont décidé de le faire. Le mouvement des entreprises de France (MEDEF) réclame de pouvoir licencier quand il veut. Le refus du salarié d’accepter telle ou telle disposition concernant ses droits en entreprise entraîne son licenciement avec impossibilité de saisir les conseils des prud’hommes.

La deuxième loi travail met un point final aux principes du droit social, tels que ceux-ci était sortis des rapports de force entre le mouvement ouvrier et le capital à l’issue de la seconde guerre mondiale et de la lutte pour détruire le fascisme européen. Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR) partiellement appliqué par les premiers gouvernements d’après 1945, introduisait dans la république démocratique bourgeoise reconstruite des éléments de socialisme. La deuxième loi travail, c’est le retour au dix neuvième siècle.

 

Emmanuel Macron conforté par la politique de la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT) et de Jean Claude Mailly

 

Après la défaite électorale du parti qui a institué la cinquième république, le parti des Républicains, et du parti qui a soutenu la cinquième république bonapartiste de Charles de Gaulle, le Parti Socialiste, il y a un vide béant dans lequel peut s’engouffrer un mouvement social de grande ampleur. Les députés de la République En Marche (REM) forment une majorité fragile d’opportunité qui peut se fracturer à tout moment. A la rentrée du mois de septembre 2017 la question première sera celle de lever les obstacles qui entravent la mobilisation sociale.

Aujourd’hui la politique d'Emmanuel Macron ne tient debout que par une fausse négociation engagée par deux confédérations. En première ligne, il y a celle de la CFDT de Laurent Berger, fidèle à son projet néo-corporatiste d’association entre le capital et le travail, mâtiné de christianisme social. Aujourd’hui s’y ajoute la position de Jean Claude Mailly, au nom de la Confédération Générale du Travail (CGT) Force Ouvrière, qui explique qu’une vraie négociation se déroule avec le gouvernement. Il déclare tout de go qu’Emmanuel Macron et Edouard Philippe s’y prennent bien mieux que François Hollande et que Manuel Valls, car eux ils négocient avec les partenaires sociaux. Il affirme que le  soi-disant Contrat de travail à Durée Indéterminée (CDI) de projet n'est pas un réel danger et il accepte par avance les mesures annoncées à l’encontre des conseils des prud’hommes.

Jean Claude Mailly désavoue les unions départementales de la CGT Force Ouvrière qui, comme à Paris, ont manifesté à la fin du mois de juin 2017 aux côtés de la CGT, de la Fédération Syndicale Unitaire (FSU) et de l'Union Syndicale Solidaire (USS), en les présentant comme des initiatives isolées, alors qu’il y a une vraie opposition dans la CGT Force Ouvrière contre la deuxième loi travail. Cette tentative d’accrocher la CGT Force Ouvrière à la politique d'Emmanuel Macron voir monter une opposition, sans nul doute majoritaire, parmi les syndicats et les militants. D'autant qu’un militant ou un adhérent de la CGT Force Ouvrière normalement constitué voit là une position diamétralement opposée aux principes qui, historiquement, ont constitué la spécificité de la CGT Force Ouvrière, une centrale réformiste attachée à la négociation salariale nationale et par branches professionnelles, la loi venant concrétiser l’accord entre le patronat et la classe ouvrière.

Notre intérêt aujourd’hui, c’est que les directions confédérales rompent le soi-disant dialogue social au sommet et engagent une bataille pour l’unité tous ensembles à l’automne.

Cet obstacle n’est pas syndical, il est éminemment politique. Il éclaire d’une lumière inattendue les rapports entre l’appareil confédéral de la CGT Force Ouvrière et le leader du Mouvement de la France Insoumise (MFI), Jean Luc Mélenchon.

 

Trois positions à l'intérieur de la CGT Force Ouvrière

 

Dans le nid de contradictions qui mine l’appareil de la CGT Force Ouvrière, nous discernons trois positions. Il y a celle de Jean Claude Mailly, au nom de l’appareil lui-même, qui rompt avec les principes de 1947 et qui entre dans une logique d’intégration corporatiste à l'état. Il y a celle de l'union départementale de Loire-Atlantique, qui historiquement a représenté l’opposition dite anarchiste syndicaliste, sous la direction de l'Union des Anarchistes Syndicalistes (UAS) et d’Alexandre Hébert, aux origines de la CGT Force Ouvrière, avant de devenir, dès les lendemains de la grève générale de 1968,  la composante combative des majorités confédérales. Dans ce soutien à la majorité confédérale, l'Organisation Communiste Internationaliste (OCI), dont le dirigeant était Pierre Lambert, a gagné pour ses cadres politiques toute une série de responsabilités syndicales et autres postes de permanents. Le Parti Ouvrier Indépendant (POI) est devenu avec le temps l’infanterie de l’appareil confédéral. La troisième position est celle d’un certain nombre d'unions départementales de la CGT Force Ouvrière et de militants, dont en particulier l'union départementale du Finistère, qui condamne la politique de Jean Claude Mailly. Aujourd’hui trois choses sont interdites par la direction confédérale, les critiques contre Jean Claude Mailly, le mot retrait concernant les ordonnances d'Emmanuel Macron et la revendication de la convocation d’un Conseil Confédéral National (CCN) extraordinaire au début du mois de septembre 2017. Jean Claude Mailly propose un CCN le 20 septembre 2017, soit au lendemain de l’adoption des ordonnances par le parlement. La prise en charge de cette politique par le POI a déjà coûté très cher à cette organisation issue du trotskysme, puisqu’un certain nombre de cadres et de militants lambertistes, sur la question de l’indépendance vis à vis de l’appareil confédéral, ont été exclus et ont formé il y a deux ans le Parti Ouvrier Indépendant Démocratique (POID), emportant une bonne moitié des forces militantes.

 

Quel rôle le POI tient-il dans le MFI ?

 

Le soutien du POI aux candidats du MFI présentés aux élections législatives du mois de juin 2017, et soutien s’il vous plait inconditionnel, n’avait pas manqué alors de nous surprendre. Nous comprenons maintenant, à la lumière de ce qui se passe dans la CGT Force Ouvrière, les véritables ressorts. Le journal du POI, Informations Ouvrières, prépare son entrée-dissolution dans le MFI de Jean Luc Mélenchon. Précisons que, chez Jean Luc Mélenchon, on ne rentre pas par effraction pour y construire un courant ou une fraction. On est d’accord ou on est mis sous tutelle ou on est exclu, selon le degré de mise en cause du leader maximo. Il y a donc un véritable accord politique entre le POI, qui protège la politique de Jean Claude Mailly, et Jean Luc Mélenchon. Ce fait donne un éclairage tout à fait particulier et nouveau sur le projet politique du MFI.

Refus de remettre une gauche de transformation sociale en ordre de bataille, en associant dans un même front tous ceux qui veulent combattre la politique d'Emmanuel Macron. Ils n’en veulent pas. Ils nous l’ont prouvé dans les élections législatives. Tourner la page du Front De Gauche (FDG) en faisant un front politique sur le principe un adhérent une voix, ils n’en veulent pas non plus. Jean Luc Mélenchon a passé sa campagne en polémiquant contre les frondeurs du Parti Socialiste d’un côté et contre le Parti Communiste Français (PCF) de l'autre côté, c’est-à-dire en se donnant tous les moyens de ne pas être au deuxième tour des élections présidentielles.

Alors, à quoi sert le MFI ? Réfléchissons précisément à cette question, si nous voulons reconstruire une gauche radicale de rassemblement, démocratique et combattant contre le néo-libéralisme, cette forme actuelle du capitalisme. Jean Luc Mélenchon et Jean Claude Mailly, dont le POI lambertiste devient à tous deux la garde prétorienne, sont aujourd’hui l’opposition de sa majesté, l’un abandonne ce qui avait constitué historiquement la CGT Force Ouvrière comme centrale réformiste pour avancer sur la pente escarpée du corporatisme, l’autre avance sur la voie d’un populisme avec des accents de nationalisme tout à fait inquiétants. La constituante et la sixième république sont oubliées. Cette dérive est loin d’être achevée. Ceux et celles qui avaient vu dans Jean Luc Mélenchon l’homme du recours pour reconstruire une force politique contre le néo-libéralisme vont essuyer bien des déconvenues. Rien ne sert de se fermer les yeux. Il faut chercher la vérité et la dire, comme disait Jean Jaurès.

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