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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 17:24

 

La Turquie commémore l'échec du coup d’état du 15 juillet 2016 (Reuters)

 

Des centaines de milliers de turcs se sont rassemblés Samedi 15 Juillet 2017 pour célébrer l'échec du coup d’état du 15 juillet 2016, une démonstration massive de soutien en faveur du président Recep Tayyip Erdogan, une semaine après un imposant rassemblement de l'opposition à Istanbul.

Une foule enthousiaste agitant le drapeau national s'est regroupée dans la métropole de l'ouest de la Turquie pour écouter le chef de l’état promettre de punir ses ennemis et rendre hommage aux civils qui s'étaient dressés l'an dernier face aux chars des putschistes.

Le coup de force mené par des militaires factieux, qui ont notamment bloqué les ponts d'Istanbul et bombardé le parlement à Ankara, a échoué au cours de la nuit face aux foules d'habitants que Recep Tayyip Erdogan avait appelés à descendre dans les rues.

« Ils n'ont fait preuve d'aucune pitié quand ils ont pointé leurs fusils contre mon peuple », a lancé le président turc, « mon peuple n'avait que son drapeau, comme aujourd'hui, mais ce qui est encore plus important, c'est qu'il avait la foi ».

La tentative de coup d’état a fait deux cent quarante morts, mais elle a aussi sans doute marqué la fin des interférences de l'armée dans la vie politique turque et ouvert la voie à une campagne de purges qui ont touché toutes les strates de la société.

Le putsch manqué a encouragé le nationalisme turc et il a creusé le fossé entre les partisans de Recep Tayyip Erdogan, chantre d'un islamo-conservatisme très populaire dans les campagnes, et les militants laïcs.

Depuis le 15 juillet 2016, quelque cent cinquante mille personnes ont été limogées ou suspendues de leurs fonctions, dans le secteur public comme dans le secteur privé, pour leurs liaisons présumées avec la confrérie güléniste accusée d'être l'instigatrice du putsch.

Vendredi 14 Juillet 2017, un décret a encore ordonné la démission de sept mille autres policiers, fonctionnaires et enseignants, accusés d'être liés au prédicateur Fethullah Gülen, qui vit aux Etats-Unis depuis 2001.

« Quiconque trahit la nation ne restera pas impuni », a déclaré Samedi 15 Juillet 2017 Recep Tayyip Erdogan, promettant à nouveau de restaurer la peine de mort si le parlement vote en faveur de son rétablissement, une mesure qui mettrait fin automatiquement à la candidature d'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne.

Pour les adversaires de Recep Tayyip Erdogan, organisations de défense des droits de l'homme par exemple, le président turc a profité de l'état d'urgence imposé après le putsch manqué pour cibler l'opposition, les intellectuels, les journalistes et les responsables politiques kurdes.

Près de cent soixante journalistes, selon une comptabilité dressée par le comité pour la protection des journalistes, ont été emprisonnés depuis le coup d’état manqué.

« Le gouvernement turc s'est enfoncé dans une spirale liberticide sans précédent sous prétexte de lutter contre les putschistes », a déploré Samedi 15 Juillet 2017 l'association Reporters Sans Frontières (RSF) dans un communiqué.

« Avec plus de cent journalistes derrière les barreaux, la Turquie est aujourd'hui la plus grande prison du monde pour les professionnels des médias », a ajouté RSF.

« Ce parlement, qui a résisté aux bombes, a été rendu obsolète et privé de son autorité », a pour sa part déploré Kemal Kilicdaroglu, leader du parti républicain du peuple (CHP), républicain, social démocrate et laïc, principal parti d’opposition, évoquant le référendum remporté de justesse au mois d’avril 2017 par Recep Tayyip Erdogan.

Grâce à la réforme constitutionnelle qu'il portait, Recep Tayyip Erdogan a pu élargir les prérogatives présidentielles, parfois au détriment du parlement.

« Au cours de l'année qui s'est écoulée, la justice a été détruite. Au lieu d'une normalisation rapide, un état d'urgence permanent a été instauré », a dit Kemal Kilicdaroglu.

Kemal Kilicdaroglu a achevé au mois de juillet 2017 une marche de vingt cinq jours au cours de laquelle il a parcouru quatre cent vingt cinq kilomètres d'Ankara à Istanbul pour réclamer la libération d'un député du CHP condamné à vingt cinq ans de prison pour espionnage.

Largement passée sous silence par les médias pro-gouvernementaux, cette marche s'est toutefois terminée Samedi 8 Juillet 2017 par un immense rassemblement dans lequel des centaines de milliers de manifestants ont réclamé la fin de la répression.

Dans un communiqué, le département d’état américain a loué la lutte des turcs pour la démocratie l'an dernier mais il a aussi insisté sur la nécessité de préserver les libertés fondamentales. « Plus de voix, et non pas moins, sont nécessaires dans les temps difficiles », a-t-il dit.

Au soleil couchant, des milliers d'habitants d'Istanbul se sont rendus Samedi 15 Juillet 2017 vers le pont qui enjambe le Bosphore où des foules de civils, descendus à l'appel du président Recep Tayyip Erdogan, avaient affronté les chars et les soldats qui s'étaient emparés de l'ouvrage au début de la tentative de putsch il y a un an.

De nombreux marcheurs brandissaient des drapeaux turcs et des photographies des personnes mortes ce soir-là. Le pont se nomme désormais le pont des martyrs du 15 juillet 2016.

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