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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 15:48

 

https://www.reuters.com/article/us-turkey-security-idUSKBN19Y24H

 

Un an après le coup d’état manqué, la répression secoue les fondements de l’état turc (Reuters)

 

Une nuit du début du mois de février 2017, Ibrahim Kaboglu a appris qu'il était visé par la répression radicale qui a suivi le coup d’état manqué en Turquie il y a un an.

« Vous êtes dans le décret », a déclaré un collègue au professeur de droit constitutionnel de soixante sept ans par téléphone, en se référant à une liste de quatre mille employés suspendus de leur travail en un seul jour.

Cinq mois plus tard, alors que le gouvernement de la Turquie se prépare à commémorer la tentative de renversement du président Recep Tayyip Erdogan, Ibrahim Kaboglu est toujours exclu de son travail à l’université de Marmara et une année de purge particulièrement dure continue à frapper le pouvoir judiciaire.

Vingt cinq pour cent des juges et des procureurs ont été licenciés, laissant des tribunaux avec des effectifs insuffisants débordés par des dizaines de milliers de procédures contre des personnes visées par la répression et affaiblissant un pilier de l'autorité constitutionnelle en Turquie.

Ibrahim Kaboglu attendait à moitié l'appel, a-t-il dit, et il a choisi de continuer à travailler dans la nuit plutôt que de réveiller sa femme et sa fille. Mais le sentiment d'inéluctabilité ne pouvait pas adoucir le coup.

« Pour un juriste qui a atteint la dernière étape de sa carrière professionnelle, être inclus dans un décret préparé de manière anticonstitutionnelle, a un impact pire que la mort », a-t-il déclaré, « parce que toute votre vie est passée dans une lutte pour la loi ».

Environ cinquante mille personnes ont été incarcérées en attendant leur procès et cent cinquante mille personnes ont été suspendues de leur travail depuis le coup d’état du 15 juillet 2016, lorsque des soldats ont réquisitionné des avions de guerre, des chars et des hélicoptères, ont attaqué le parlement et ont tenté d'enlever Recep Tayyip Erdogan, tuant deux cent cinquante personnes.

Le parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdogan a déclaré que le coup d’état avait été planifié par les partisans de Fethullah Gulen, profondément implantés dans les institutions de la Turquie, l'armée, les écoles et les tribunaux, et qu’une purge massive pourrait neutraliser la menace.

Mais pour ceux qui sont visés par la répression, l'effet est dévastateur. Dépouillés soit de leur liberté, soit de leurs moyens de subsistance, ils ont peu de perspectives d'emploi.

« Vous êtes privé de tous vos droits. Ils disent que vous ne pouvez pas travailler en Turquie. Vous ne pouvez pas travailler à l'étranger non plus. Mes droits à la retraite ont été retirés », a déclaré Ibrahim Kaboglu à Reuters.

L’effet le plus grand sur le pouvoir judiciaire est une érosion des garanties juridiques, selon Ibrahim Kaboglu et d'autres critiques, accusant Recep Tayyip Erdogan d'utiliser la tentative de coup d'état de l'an dernier comme prétexte pour piétiner les droits constitutionnels.

Le principal dirigeant de l'opposition turque, Kemal Kilicdaroglu, a fait écho à cette accusation lors d'un rassemblement à Istanbul, Dimanche 9 Juillet 2017, la plus grande protestation contre la répression, lorsqu'il a décrit l'état d'urgence imposé au mois de juillet 2016 comme un deuxième coup d’état.

« Tous les pouvoirs législatifs, judiciaires et exécutifs ont été concentrés dans une seule personne », a déclaré Kemal Kilicdaroglu aux manifestants.

« L'indépendance et l'impartialité du pouvoir judiciaire, qui reposent sur la démocratie et la protection de tous les droits à la vie et à la propriété, doivent être assurées », a-t-il déclaré.

La répression et le référendum du mois d’avril 2017 qui ont accordé de plus grands pouvoirs présidentiels à Recep Tayyip Erdogan ont compromis les liens de la Turquie avec l'Union Européenne et l'ambition de son adhésion à l’Union Européenne.

Le ministère de la justice de la Turquie a déclaré que des procédures ont été lancées contre cent soixante neuf mille personnes. Certaines d'entre elles avaient utilisé une application de messagerie utilisée par le réseau de Fethullah Gulen, d'autres travaillaient dans des écoles fondées par ses partisans ou détenaient des comptes dans une banque liée à Fethullah Gulen.

Même la possession des billets d'un dollar a suffi à susciter des soupçons. Les autorités croient que les partisans de Fethullah Gulen ont utilisé les réseaux sociaux pour identifier leurs collègues.

Des soldats arrêtés ont défilés devant les tribunaux devant des caméras de télévision, des foules appelant au rétablissement de la peine de mort pour les complices du coup d'état. D'autres détenus attendent d'apprendre leur sort.

« Ils ont pénétré partout », a déclaré le vice-premier ministre Numan Kurtulmus à Reuters, ajoutant que l'élimination de l'influence de Fethullah Gulen, un ancien allié de Recep Tayyip Erdogan alors qu'il construisait sa base de pouvoir, prendrait des années.

« Nous parlons d'une structure remontant à plus de quarante ans qu’il n’est pas possible de nettoyer en une journée », a déclaré Numan Kurtulmus.

Reconnaissant la possibilité d’erreurs dans une purge d’une telle ampleur, il a déclaré que trente trois mille personnes avaient été réintégrées à leurs postes. Les personnes sanctionnées à tort peuvent également faire appel à une commission qui commence à fonctionner.

« Il s'agit d'un processus qui se poursuivra pendant longtemps. Nous devons continuer de manière très décisive », a-t-il déclaré, ajoutant que la commémoration du coup d’état ce week-end renforcerait la volonté de la Turquie de continuer à affronter ceux qui sont derrière le coup d’état.

« Ni l'héroïsme ni la trahison ne devraient être oubliés. Chacun des quatre vingt millions de citoyens turcs, quel que soit leur point de vue politique, devrait soutenir notre lutte contre les partisans de Fethullah Gulen », a-t-il déclaré, « ce nettoyage durera jusqu'à la fin ».

Recep Tayyip Erdogan a renforcé ce message dans une série de cérémonies de grande envergure cette semaine, qui finiront par un discours à Ankara, Dimanche 16 Juillet 2017, une année après que le parlement ait été sous le feu des putschistes.

Pour Ibrahim Kaboglu, qui se décrit lui-même comme un ennemi des gulenistes quand ils étaient alliés à l’AKP de Recep Tayyip Erdogan, être « jeté dans le même sac » qu'eux dans la répression après la tentative de coup d’état est une cruelle ironie.

« Les victimes de la répression sont des personnes comme moi qui défendent la loi », a-t-il déclaré, « j’ai défendu les droits de l'homme et l'état de droit il y a quinze ans, je les défends aujourd'hui et je les défendrai dans dix ans si je suis encore vivant ».

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