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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 16:22

 

 

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/08/18/fadwa-souleimane-icone-de-la-revolution-syrienne-est-morte_5174029_3382.html

 

Fadwa Souleimane, icône de la révolution syrienne, est morte

 

Engagée à Homs auprès des opposants au régime de Bachar al Assad et devenue une figure du soulèvement, l’actrice, connue pour son pacifisme radical, est morte en exil en France.

 

Par Benjamin Barthe, correspondant permanent du Monde à Beyrouth

 

Egérie de la première phase de la révolution syrienne, lorsque celle-ci était encore populaire et pacifique, l’actrice et militante Fadwa Souleimane est morte Jeudi 17 Août 2017, à l’âge de quarante cinq ans, dans un hôpital de la banlieue parisienne, des suites d’un cancer des poumons.

Entre le mois de mars 2011 et le mois de mars 2012, elle avait sillonné son pays, en plein soulèvement, usant de sa notoriété acquise dans des feuilletons télévisés pour galvaniser les opposants au régime de Bachar al Assad et les implorer de résister au piège du conflit confessionnel.

Ses harangues sur les barricades d'Homs, la capitale de la révolution, qui firent le tour des télévisions arabes, l’avaient placée dans le collimateur des autorités, ce qui l’avait incitée à s’exiler en France.

Amère de voir la révolte non violente tourner à la guerre civile, très critique des instances officielles de l’opposition, elle avait réinvesti son tempérament de feu dans divers projets artistiques, notamment littéraires, sans renoncer à ses idéaux politiques. « Révolution il y eut, révolution il y a, et révolution il y aura », avait confié cette pacifiste radicale au Monde, au mois de mars 2017, alors qu’elle se battait déjà contre la maladie.

Fadwa Souleimane est née à Alep en 1972. Elle grandit dans une famille d’intellectuels de gauche, membres de la minorité alaouite, la branche dissidente du chiisme, dont le clan de Bachar al Assad est également issu. Dès l’adolescence, elle manifeste une indépendance d’esprit farouche en boycottant les cours d’endoctrinement baassiste, l’idéologie officielle du régime syrien.

Après un diplôme de l’Institut d’art dramatique de Damas, elle monte sur les planches et joue dans plusieurs moussalssalat à succès, des séries dont raffolent les chaînes arabes, incarnant notamment la diva libanaise Fayrouz. Son intensité et sa beauté altière attirent l'attention de Mohamed Malas et d'Abdellatif Abdelhamid, deux grands noms du septième art syrien, qui la font tourner.

A la fin du mois de mars 2011, quelques jours après une première manifestation, rapidement réprimée, dans le souk de Damas, Fadwa Suleimane entre en révolution, comme elle se plaisait à le dire.

Terrifiée à l'idée que le peuple syrien passe à côté des printemps arabes, elle intègre un groupe de jeunes militants, élabore des banderoles et prépare des sit-in.

Pressentant que le pouvoir ne tardera pas à actionner l'épouvantail confessionnel, elle se précipite dans les banlieues de la capitale, des zones à majorité sunnite, en pleine ébullition, où les martyrs ont commencé à tomber.

A chaque enterrement, la révolutionnaire alaouite prononce une prière oecuménique et enjoint aux insurgés de choisir les slogans les plus fédérateurs possible. Elle se rend aussi sur la côte, à Lattaquié et a Tartous, des terres alaouites, où elle met en garde ses coreligionnaires contre les manipulations du régime.

Mais la colère et le besoin de vengeance, alimentés par l'extrême brutalité de la répression, sont les plus forts. A Homs, où elle réside entre le mois d'octobre et le mois de décembre 2011, Fadwa Souleimane assiste, impuissante, à la militarisation du mouvement et à la montée en puissance des factions islamistes. Les cheveux coupés à la garçonne, pour déjouer la traque du régime, elle rejoint Damas, puis elle traverse clandestinement la frontière avec la Jordanie, avant de s'envoler pour la France.

D'abord rongée par le sentiment d'avoir abandonné ses compagnons de lutte, elle se reconstruit peu à peu grâce à l'écriture. Elle compose une pièce de théâtre qui est présentée au festival d'Avignon, à Marseille et à Paris, et un recueil de poésie. Son caractère entier, idéaliste et intransigeant, l'éloigne d'une partie de la diaspora syrienne et décourage des metteurs en scène désireux de travailler avec elle.

Fadwa Souleimane la pasionaria n'y prête pas attention. Elle apprend le français, elle participe à des festivals littéraires et elle fréquente des cercles de poésie. Partisane d'une révolution mondiale, elle s'était impliquée, au printemps 2016, dans le mouvement de protestation des Nuits Debout et elle avait visité la jungle de Calais, le campement des migrants aux abords du tunnel sous la Manche. Elle laisse derrière elle, en Syrie, un fils de quinze ans, qu'elle n'avait pas pu revoir depuis son départ en exil.     

 

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