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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 18:48

 

 

LA QUESTION DES RELATIONS ENTRE PODEMOS ET LE PSOE

 

Vous trouverez ci-dessous la deuxième et dernière partie du message du site Le Vent Se Lève (LVSL) relatif à l’actuelle situation politique espagnole.

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site LVSL à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://lvsl.fr/lvsl-dans-le-laboratoire-des-gauches-espagnoles

 

Vers un rapprochement entre Podemos et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) ?

 

Vendredi 11 Août 2017

 

Le 21 mai 2017, Pedro Sánchez remportait l'élection primaire du PSOE devant la présidente du gouvernement régional d’Andalousie, Susana Díaz. Cette dernière bénéficiait de l’appui sans faille des barons du parti hostiles à toute alliance avec Podemos, au premier rang desquels l’ancien président du gouvernement Felipe González. Ce résultat représente donc une lourde défaite pour l’appareil du PSOE et un triomphe personnel pour Pedro Sánchez, candidat malheureux à la présidence du gouvernement lors des deux dernières élections générales.

Au mois d'octobre 2016, désavoué par un comité fédéral dominé par l’aile droite du parti, Pedro Sánchez démissionnait de son poste de secrétaire général. Quelques jours plus tard, la direction du PSOE par intérim enjoignait aux députés du PSOE de s’abstenir lors du vote d’investiture de Mariano Rajoy, ce qui a ainsi permis au Parti Populaire de rempiler pour quatre ans au gouvernement. En désaccord avec cette décision, Pedro Sánchez renonçait à grand bruit à son siège de député et plaidait pour un PSOE fermement opposé à Mariano Rajoy et respectueux de ses engagements vis-à-vis des militants. Il laissait déjà entrevoir son probable retour en force en annonçant vouloir « prendre sa voiture pour parcourir de nouveau tous les recoins de l’Espagne ».

Sa stratégie de reconquête du parti par la base militante a porté ses fruits. Celui qui déclarait dans une interview remarquée avoir subi des pressions des pouvoirs économiques et médiatiques pour ne pas s’allier à Podemos retrouve donc le poste de secrétaire général qu’il avait déjà occupé de 2014 à 2016. Le 21 mai 2017, devant le siège du PSOE à Madrid, les militants entonnaient l’Internationale. Depuis, Pedro Sánchez réaffirme ostensiblement l’ancrage à gauche d’un PSOE bien décidé à faire oublier les errements des derniers mois. Une victoire de Susana Díaz aurait permis à Pablo Iglesias de se positionner en unique recours à la triple alliance entre le Parti Populaire, le PSOE et Ciudadanos, mais la victoire de Pedro Sánchez inaugure une configuration bien différente.

Depuis les résultats de l'élection primaire du PSOE, les relations entre Podemos et le PSOE se sont nettement détendues. En témoigne la cordialité des échanges lors des débats sur la motion de censure entre Pablo Iglesias et José Luis Abalos, nouveau porte-parole du groupe socialiste et proche de Pedro Sánchez. Le temps où Iglesias attaquait rudement le PSOE, reprochant à l’ancien président Felipe González son passé « entaché de chaux vive », en référence aux exactions commises dans les années 1980 par les Groupes Antiterroristes de Libération (GAL) dans leur lutte contre Euskadi Ta Askatasuna (ETA), semble bien révolu.

Au mois de juillet 2017, le PSOE et Podemos ont formé une équipe de travail parlementaire afin de coordonner leur opposition au Parti Populaire et de fixer un agenda social en commun, lutte contre la précarité, le chômage des jeunes et le mal-logement, hausse du salaire minimum et revalorisation des pensions de retraite.  Selon les députés de Podemos, la création de cette équipe de travail préfigure un futur gouvernement alternatif à celui du Parti Populaire. Ils encouragent d’ailleurs le PSOE à déposer à son tour une motion de censure pour destituer Mariano Rajoy et ouvrir la voie à une coalition des forces progressistes.  L’idée d’un scénario à la portugaise semble avoir fait son chemin. Au Portugal, le Parti Socialiste Portugais (PSP) gouverne avec l’appui parlementaire du Parti Communiste Portugais (PCP) et du Bloco de Esquerda. En Espagne, les rapports de force entre la gauche radicale et le PSOE sont plus équilibrés que chez le voisin portugais, ce qui conduit Pablo Iglesias à envisager une possible coalition au sein de laquelle LE PSOE et Podemos seraient sur un pied d’égalité.

Le PSOE préfère minimiser la portée de cette coopération parlementaire et freiner les ardeurs de Podemos. Le PSOE écarte l’éventualité d’une motion de censure dans l’immédiat et il s’évertue à rappeler que Pablo Iglesias a déjà eu l’opportunité d’éjecter Mariano Rajoy. Au mois de mars 2016, lorsque les députés de Podemos ont rejeté l’investiture de Pedro Sánchez, alors allié avec la droite libérale de Ciudadanos.  Le PSOE temporise et observe d’un bon œil les dernières enquêtes électorales. Le baromètre du centre de recherches sociologiques du mois de juillet 2017 indique une forte progression des intentions de vote en faveur du PSOE depuis la victoire de Pedro Sánchez. Pour la première fois, le bloc des gauches du PSOE et d'Unidos Podemos surpasse le bloc des droites du Parti Populaire et de Ciudadanos, comme l’a souligné le secrétaire à l’organisation de Podemos, Pablo Echenique. Néanmoins, l’enquête suggère également une évolution des rapports de force internes au bloc des gauches. La perspective du sorpasso semble s’éloigner pour Pablo Iglesias, ce qui ne peut qu’inciter le PSOE à temporiser davantage afin de reconquérir les franges de son électorat récupérées ces dernières années par Podemos.

Au-delà de ces différences de rythmes et de stratégies politiques, le dialogue entre les deux formations achoppe également sur la question de l’organisation territoriale et de la Catalogne. Sous l’impulsion de Pedro Sánchez et au grand désarroi des barons du PSOE, les positions du PSOE évoluent aujourd’hui vers la reconnaissance de la pluri nationalité de l’Espagne, un concept habituellement employé par les dirigeants de Podemos. Néanmoins, le PSOE reste fermement opposé à la tenue d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne. Ce n’est pas le cas de Podemos, qui défend l’idée d’une patrie pluri nationale ainsi que le droit à l’auto détermination du peuple catalan. L’annonce par le gouvernement régional catalan de l’organisation d’un nouveau référendum unilatéral le premier octobre 2017 devrait de nouveau placer la crise territoriale espagnole sur le devant de la scène politique et médiatique.

Malgré ces divergences notables, le rapprochement entre Podemos et le PSOE s’est matérialisé ces derniers jours par la signature d’un accord de gouvernement entre les deux partis dans la communauté autonome de Castille la Manche. Au mois de juillet 2017, le président du PSOE de la communauté, Emiliano García-Page, a offert à Podemos d’entrer au gouvernement afin de garantir la stabilité de la région, dans un contexte de débats inextricables autour du budget. Les militants de Podemos dans la région se sont prononcés à près de soixante dix huit pour cent en faveur d’un accord de gouvernement. Pour la première fois, les deux partis gouverneront donc ensemble, dans une région comptant plus de deux millions d’habitants, qui sera désormais scrutée comme le laboratoire de la coopération entre les deux principales forces de la gauche espagnole.

Ce rapprochement avec le PSOE ne fait pas l’unanimité parmi Podemos et ses alliés. L’accord de gouvernement en Castille la Manche a donné lieu à d’âpres débats dans la sphère militante et suscité l’opposition résolue du courant anticapitaliste. Les anticapitalistes, par la voix de Teresa Rodríguez et de Miguel Urbán, ont fait entendre leur désaccord vis-à-vis de ce qu’ils perçoivent comme le prélude à une subalternisation de Podemos vis-à-vis du PSOE. Cette critique fait d’autant plus sens que les membres du courant anticapitaliste avaient déjà fait scission avec Izquierda Unida en 2008, qu’ils accusaient d’être devenue le supplétif du PSOE.

Izquierda Unida, désormais alliée à Podemos au sein de la coalition Unidos Podemos, ne ménage pas non plus ses critiques à l’égard du parti de Pablo Iglesias. Dans un rapport interne du mois de juin 2017, le coordinateur fédéral d’Izquierda Unida Alberto Garzón exprime sa méfiance à l’égard du supposé virage à gauche du PSOE et il insiste sur la nécessité « d'organiser politiquement les classes populaires ».

Pour Alberto Garzón, à la tête d’une formation politique qui a vu la majorité de ses électeurs de 2011 se tourner vers Podemos en 2015, Izquierda Unida doit davantage se démarquer de son allié, en réinvestissant notamment l’arène des mouvements sociaux.

L’intensité des débats internes et des discussions stratégiques est l’une des caractéristiques premières de Podemos, un parti politique qui regroupe en son sein des militants de cultures politiques diverses. Les désaccords manifestés à l’égard du réchauffement des relations avec le PSOE sont en réalité révélateurs d’une tension constitutive de Podemos, parfaitement mise en lumière et théorisée par le politiste Javier Franzé, la tension entre régénération et contestation. Au cours de sa première année d’existence, Podemos affirmait ouvertement sa volonté de rompre avec le régime de 1978 et ses deux grands partis, le Parti Populaire et le PSOE, agglomérés sous les expressions de PPSOE et de caste. Désormais, la priorité semble aller à la destitution du Parti Populaire et du bloc de la restauration qui a séquestré et dénaturé les institutions.

Des institutions qu’il ne s’agit plus tant de contester en elles-mêmes que de débarrasser de ses éléments perturbateurs afin de les rendre aux gens. De l’évolution de cette tension propre à Podemos et des choix stratégiques de Pedro Sánchez dépendra l’avenir politique de l’Espagne et d’une Europe du sud encore marquée par les espoirs déçus d’Alexis Tsipras en Grèce.

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