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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 13:56

 

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/08/25/a-calais-de-l-eau-au-goutte-a-goutte-pour-les-migrants_5176417_3224.html

 

A Calais, de l’eau au goutte à goutte pour les migrants

 

Les robinets et les latrines installés par l'état ne règlent pas la question sanitaire, selon les associations.

 

Par Victor Chaix, envoyé spécial du Monde à Calais

 

Vendredi 25 Août 2017

 

Sur un sol boueux jonché de déchets, des migrants boivent à tour de rôle, nettoient leurs vêtements et tentent de se laver, tout habillés. Originaires d’Afghanistan ou de la Corne de l’Afrique, ils sont regroupés autour des quelques robinets autorisés depuis plusieurs jours par la préfecture, rue des Verrotières, à Calais, à deux pas des petits campements éphémères qui se font et se défont depuis le démantèlement de la jungle au mois d'octobre 2016. C’est là que l’association Help Refugees distribue un déjeuner chaque jour. Un peu plus loin, autour d’une rampe de distribution d’eau potable, une dizaine de migrants tente de boire dans leurs mains sans poser les pieds dans le marécage qui s’est créé en dessous.

Ces quelques robinets installés au mois d'août 2017 sont le résultat de la bataille judiciaire engagée par les associations humanitaires contre l'état. Le 31 juillet 2017, le conseil d'état a confirmé l’ordonnance du tribunal administratif de Lille, qui avait ordonné à l'état et à la commune de mettre en place des mesures sanitaires d’urgence, comme la création de points d’eau et de toilettes.

Le conseil d'état soulignait alors que les exilés étaient exposés à des traitements inhumains et dégradants à Calais, soulignant notamment que « la prise en compte des besoins élémentaires des migrants en ce qui concerne leur hygiène et leur alimentation en eau potable demeure manifestement insuffisante ». Depuis des semaines, les associations reprochaient aux forces de l’ordre de les empêcher, par un harcèlement quotidien, de distribuer eau et nourriture et d’aider les migrants à accéder à des douches.

Dix toilettes mobiles et cinq robinets ont aussi été installés route de Saint-Omer, à côté des locaux du Secours Catholique, et un dispositif mobile de dix latrines, huit toilettes, trois points d’eau et deux rampes de distribution d’eau potable, a été déployé, encadré par l’association de la Vie Active.

La préfecture du Pas de Calais assume de privilégier des équipements mobiles, dans « l’objectif de non reconstruction d’un campement sur le Calaisis et pour éviter un flux incontrôlé de migrants ». Le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, qui ne veut plus que Calais soit un abcès de fixation, avait fait état au mois de juin 2017 de ses craintes que l’installation de douches et de sanitaires ne créé un appel d’air. Le cabinet du préfet confirme vouloir « éviter tout point de fixation, tout est mis en place pour éviter la reconstruction d’un campement ».

Les associations, de leur côté, dénoncent une application à minima de la décision de justice, alors que sept cent cinquante migrants campent à Calais, des jeunes hommes pour l’essentiel. « La situation est risible et pitoyable. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de ce dispositif », s’indigne Vincent de Coninck, chargé de mission au Secours Catholique. Pour les humanitaires, les moyens déployés par l’état ne permettent pas d’améliorer la situation sanitaire des migrants à Calais.

Comme Vincent de Coninck, Stéphane Duval, directeur de la Vie Active en charge du développement humanitaire, souligne en particulier que la question des douches reste un mystère. Rien n’est prévu à ce stade. Or, la question des douches est centrale pour de bonnes conditions sanitaires, alors que de nombreux migrants souffrent de la gale et d’autres maladies de la peau, explique Franck Esnée, coordinateur régional de Médecins Du Monde (MDM).

Pour l’humanitaire, les autorités « jouent sur les mots en prétendant proposer des douches thérapeutiques ». En effet, les migrants les plus vulnérables, selon les termes de la préfecture, bénéficient déjà d’un accès à la douche. C’est une distinction absurde, selon Franck Esnée, car « tous les migrants à Calais sont vulnérables ».

Dans ces conditions, Philemon, un migrant érythréen, essaie très fort de rester propre et en bonne santé. Arrivé il y a quatre mois, ce jeune homme de dix neuf ans explique que son dernier point sanitaire, effectué par MDM, remonte à deux semaines. « Nous voulons juste partir d’ici et arriver en Grande Bretagne », soupire-t-il, épuisé.

Fawrid, lui, a vingt quatre ans et il est originaire d’Afghanistan. Il est à Calais depuis deux mois, avec son petit frère. Il décrit des conditions très mauvaises, ce qui lui a causé une forte toux il y a quelques jours. Lui a eu de la chance. Un de ses amis lui a procuré des médicaments.

« Les policiers sont après nous », déclare-t-il, plein de ressentiment, « ils ont volé ma tente et mon sac de couchage ». Il explique vouloir à tout prix arriver en Grande Bretagne car, en France, « il n’y a pas de justice et il n’y a pas de droits de l’homme ».

« Les migrants se trouvent dans un état de dénuement et d’épuisement et souffrent de divers troubles liés à une mauvaise hygiène ainsi que de graves souffrances psychiques », soulignait le conseil d’état le 31 juillet 2017. Ce n’est pas sûr que la réponse de l’état inverse le diagnostic. Affaiblis par des mois de voyage sur les routes de l’exil et mal nourris, la majorité des migrants de Calais dorment moins de quatre heures par nuit, selon une enquête publiée par l’Auberge des Migrants, Lundi 21 Août 2017.

En cause, l’absence de tentes ou d’abris, mais aussi le harcèlement policier nocturne dont les trois quarts se disent victimes, confiscation de couvertures, voire dispersion à coups de gaz au poivre, dénoncé le 26 juillet 2017 par l’Organisation Non Gouvernementale (ONG) Human Rights Watch (HRW). Le 14 juin 2017, le défenseur des droits, Jacques Toubon, avait, lui aussi, déploré des atteintes aux droits « d’une exceptionnelle et inédite gravité » contre les migrants de Calais.

Signe des conditions de vie toujours très difficiles dans les campements du Calaisis, les violentes rixes entre les migrants ont repris ces derniers jours. Des bagarres impliquant jusqu’à cent cinquante exilés ont opposé des afghans et des éthiopiens à coups de couteau, de bâtons et de projectiles. Des violences notamment exacerbées par l’absence d’abris et de douches, soulignent les humanitaires.

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