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12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 17:57

 

 

http://www.liberation.fr/france/2017/08/10/a-la-porte-de-la-chapelle-la-crise-humanitaire-est-loin-d-etre-resolue_1589116

 

A la porte de la Chapelle, la crise humanitaire est loin d’être résolue

 

Par Tanguy Garrel-Jaffrelot

 

Le 7 juillet 2017, près de deux mille huit cent migrants qui campaient porte de la Chapelle ont été évacués et mis à l'abri. Selon les associations, entre huit cent et mille personnes dorment de nouveau à la rue dans ce quartier.

Un mois après l’évacuation du campement de la porte de la Chapelle, des dizaines de tentes sont de nouveau visibles dans la pénombre des ponts de ce quartier parisien. Installés sur le terre-plein central et sur le chantier de la ligne de tramway, les réfugiés tentent de trouver le sommeil mais le bourdonnement permanent du périphérique les empêche de fermer l’œil. Une odeur d’urine imprègne l’air ambiant et des déchets jonchent le sol. La fumée, la pollution et la poussière rendent l’air difficilement respirable.

Bidonville en plein Paris, le camp de la porte de la Chapelle s’est constitué au fil du temps autour d’un centre d’hébergement ouvert au mois de novembre 2016 et censé accueillir les demandeurs d’asile arrivant pour la première fois dans la capitale. Il était prévu que les primo-arrivants restent pour un maximum de deux semaines avant d’être redirigés vers d’autres structures d’accueil, en théorie seulement. Dans la réalité, ils restent bien plus longtemps parce que l'état n’a pas créé ailleurs les places en nombre suffisant pour que cette rotation soit possible.

Avec seulement quatre cent places, le centre s’est vite avéré sous-dimensionné, quatre vingt dix entrées pour cinquante sorties ces derniers jours. A l’extérieur, plusieurs campements informels se sont formés où les réfugiés vivent dans des conditions d’hygiène déplorables. Le 7 juillet 2017, près de deux mille huit cent migrants, dont beaucoup de réfugiés venant du Soudan et d’Afghanistan, ont été évacués vers des gymnases de la région parisienne.

Un mois plus tard, la situation n’est toujours pas résolue. Avec une cinquantaine d’arrivées par jour, les associations présentes sur place estiment qu’entre huit et mille personnes dorment à la rue.

De plus en plus de couples avec de jeunes enfants vivent dans ces campements de fortune et les mineurs isolés sont loin d’être tous pris en charge. L’épidémie de gale est toujours présente et les réfugiés n’ont pas les moyens d’acheter des médicaments pour se soigner.

« La situation va amener à une nouvelle évacuation. Ce ne sera que la trente cinquième dans la capitale en deux ans » affirme, dépité, Pierre Henry, le directeur général de France Terre d'Asile (FTA), l’association en charge des maraudes dans le quartier.

Chaque matin, le même spectacle de désespoir se répète. Plusieurs centaines de jeunes hommes font la queue pour obtenir un petit-déjeuner. La mine fatiguée et le visage amaigri, ils espèrent obtenir un café et quelques gâteaux secs. L’effervescence est visible car la nourriture est rare.

Cela fait maintenant deux semaines que Wedebat est arrivé en France et qu'il dort dans la rue. Agé de trente quatre ans, il a dû fuir l’Erythrée et quitter sa femme ainsi que ses deux enfants de cinq et de six ans, victime de persécutions politiques. Par chance, il est parvenu à trouver un matelas dans les poubelles du quartier. Une association lui a fourni une tente pour s’abriter de la pluie.

Avec un repas par jour, la faim est omniprésente mais le jeune homme conserve un large sourire. « La situation est mauvaise ici, mais en Erythrée c’était pire. Notre gouvernement est ultra-violent, ce n’est pas comme ici. Mon pays n’est pas sûr. Ici, au moins, nous sommes libres », explique le demandeur d’asile. Sans papiers, sans argent, sans tickets de métro, les demandeurs d’asile sont condamnés à errer dans ce bidonville situé à proximité d’un centre de désintoxication et d’une décharge.

Au mois de février 2017, prétextant des travaux, la mairie de Paris a installé des rochers sur les terre-pleins jouxtant le périphérique pour empêcher les campements, mais les réfugiés ont fait avec. Les associations n’en restent pas moins indignées. « Ces pierres n’ont fait que déplacer les migrants, mais il faut bien que ces gens dorment quelque part. C’est comme mettre des pics pour les pigeons pour faire fuir les nuisibles », estime Mafi Pulula, étudiante à Nanterre et bénévole au sein de l’association Solidarité Migrants Wilson (SMW).

Sur les barrières et sur les bouches d’aération du métro, les migrants tentent de faire sécher leurs affaires. Derrière quelques poubelles, un homme nu se lave tandis que d’autres se brossent les dents en slalomant entre les voitures. Après avoir bataillé pendant sept mois pour l’installation de toilettes et de points d’accès à l’eau potable, l’association Utopia Cinquante Six a finalement eu gain de cause. La mairie de Paris a accepté de mettre à disposition des sanitaires et des fontaines. Mais les cinq toilettes, les deux fontaines et la dizaine d’urinoirs restent largement insuffisants pour le millier de sans-abris vivant sur place. La ville de Paris se refuse également à installer des douches publiques, malgré la fermeture pendant plusieurs mois des bains publics de la Chapelle. « Un campement de rue est intolérable et insalubre mais l'état ne respecte pas sa partie du contrat. Sachez que la mise à l’abri ne fait pas partie des compétences de la ville en théorie. C’est une prérogative de l'état », se justifie-t-on à l'Hôtel de Ville de Paris.

Face à l’inaction de l'état, un réseau de solidarité citoyen s’est mis en place entre les habitants du quartier. Le comité SMW offre donc le petit-déjeuner aux réfugiés mais également aux quelques prostitués et aux Sans Domicile Fixe (SDF) qui viennent les voir. Les restaurants du cœur et le Secours Populaire Français (SPF) leur prêtent bien main-forte mais c’est insuffisant. Les bénévoles mettent de leur poche pour payer la confiture, le café et le sucre.

La mairie de Paris a accepté de mettre un local à disposition pour stocker les aliments. « Ils ont compris que s’ils ne nous soutenaient pas, des gens allaient mourir de faim », explique Anne-Marie Bredin, responsable logistique. Une question reste en suspens. Le centre de la porte de la Chapelle étant censé fermer ses portes au mois de mars 2018, qu’adviendra-t-il des réfugiés ?

Pendant la campagne présidentielle, le candidat Emmanuel Macron avait promis de réformer la procédure de demande d’asile afin de limiter les délais d’attente de quatorze à six mois.

A la fin du mois de juin 2017, le président a rappelé lors du conseil européen qu’il faut « accueillir des réfugiés, car c’est notre tradition et notre honneur », avant d’ajouter il y a deux semaines que « d'ici la fin de l’année, je ne veux plus personne dans les rues. Je veux partout des hébergements d’urgence ».

Le gouvernement d’Edouard Philippe a bien présenté un plan pour les migrants au début du mois de juillet 2017. Il prévoit la création de quatre mille places d’hébergement en 2018 et de trois mille cinq cent places en 2019 mais sans évoquer les prochains mois. Pierre Henry, le patron de FTA, s’inquiète de la confusion au sein de l’exécutif, « le plan pour les migrants est incomplet car il ne pense pas le premier accueil. Le gouvernement fait du sur place. Pourtant, cette question des migrations doit être traitée avec dignité. Ce ne devrait pas être impossible pour la sixième puissance du monde ».

En charge du centre d’accueil de quatre cent places, Emmaüs et la ville de Paris exigent depuis des mois « la reconstitution d’un parc d’hébergement à la hauteur des besoins » sans que la position du gouvernement évolue, tandis que le Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU) sociale dénonce un « plan qui manque d’ambition ».

Utopia Cinquante Six estime pour sa part que les pouvoirs publics « profitent des vacances pour effectuer un tri entre réfugiés politiques, migrants économiques et migrants climatiques. Maintenant, avec l’affaire de Cédric Hérou, nous serons bientôt tous en prison pour délit de solidarité. Il est désormais juridiquement condamnable d’aider son prochain », explique Yann Manzi, le fondateur de l’association.

Des solutions existent pour résoudre la crise. Au début du mois de juillet 2017, la maire de Paris, Anne Hidalgo, proposait de créer d’autres centres de premier accueil dans les grandes métropoles de France et sur le modèle de celui de la porte de la Chapelle. Ces camps permettraient d’éviter la création de nouveaux bidonvilles et de désengorger tant Paris que le nord du pays. « Il n’y a pas de crise des réfugiés mais une crise de l’accueil », explique la socialiste. Mais le gouvernement, au premier rang duquel le ministre de l'intérieur, Gérard Collomb, s’y oppose. Pour l'heure, aucun nouveau centre humanitaire n’est envisagé dans l'hexagone.

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