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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 14:51

 

 

http://www.alencontre.org/europe/espagne/etat-espagnol-catalogne-dun-dommage-irreparable-au-1er-octobre.html

 

http://www.lavanguardia.com/politica/20170913/431129149868/teresa-rodriguez-miguel-urban-1o-derecho-a-decidir.html

 

D’un dommage irréparable au premier octobre 2017

 

Par Teresa Rodríguez et Miguel Urbán

 

Mercredi 13 Septembre 2017

 

« Afin d’empêcher un dommage irréparable, le Parti Populaire saisit le Tribunal Constitutionnel sur le statut de la Catalogne », c'était le titre du País le premier août 2006 au sujet du recours présenté par les dirigeants du Parti Populaire de Mariano Rajoy devant le Tribunal Constitutionnel contre la réforme du statut d'autonomie de la Catalogne qui avait été adoptée par le parlement catalan avant d’être partiellement amputée par le parlement espagnol, puis finalement approuvée par référendum en Catalogne. La résolution du Tribunal Constitutionnel annulera en 2010 quatorze articles du statut de la Catalogne et en interprétera de manière restrictive vingt sept autres articles. Mariano Rajoy, Angel Acebes, ancien ministre de l’intérieur du gouvernement espagnol entre 2002 et 2004 et ancien président du Parti Populaire entre 2004 et 2008, et Soraya Sáenz de Santamaría, actuelle vice-présidente du gouvernement espagnol, bien qu’ils ne furent pas pleinement satisfaits, applaudirent cette décision alors que José Luis Rodríguez Zapatero, ancien président du gouvernement espagnol du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) entre 2004 et 2011, constatait que ce dénouement signifiait la fin de la décentralisation politique.

Il n’y avait donc rien de surprenant à ce que, quelques jours plus tard, le 10 juillet 2010, une manifestation citoyenne batte le pavé de Barcelone avec le slogan unitaire, « nous sommes une nation, c'est à nous de décider », afin de montrer l’indignation face à ce jugement. La conclusion d’être face à la fermeture d’une voie, dans un sens fédéraliste, d’une réforme du statut d’autonomie de l'état catalan a conduit au développement d’un mouvement souverainiste et d’indépendance plus ample et pluriel que celui qui existait jusqu’alors.

Ce mouvement parvint même à emporter une formation telle que Convergence Démocratique de Catalogne (CDC), parti qui était jusqu’alors un pilier nécessaire pour assurer la stabilité du régime central issu de la transition, notamment en apportant ses suffrages au parlement central, dans des moments délicats et pour l’adoption de certaines lois. Ce parti, au même titre que le Parti Populaire et le PSOE, a aussi été frappé, comme nous avons pu le vérifier par la suite, par divers scandales de corruption. Cette formation, malgré certaines analyses intéressées d’un côté ou de l’autre, n’est en fait qu’une partie, ni majoritaire et ni hégémonique, de ce mouvement souverainiste.

L’annonce de la convocation à un référendum le premier octobre 2017 par le gouvernement catalan, avec le soutien de la majorité du parlement catalan, pour que la population se prononce sur la question suivante, « souhaitez-vous que la Catalogne soit un état indépendant sous la forme d’une république », est, en réalité, la réponse au dommage irréparable que le Parti Populaire a fait au peuple catalan en saisissant le Tribunal Constitutionnel en 2006. Il est même probable qu’aujourd’hui de nombreux dirigeants du Parti Populaire reconnaissent en privé que cette saisie et, surtout, la campagne de propagande qui a été déployée à cette occasion, fut une erreur. Car elle s’est révélée être un facteur décisif dans l’ascension de l’indépendantisme en Catalogne au cours des dernières années.

Toutefois, en dépit de la réaction citoyenne immédiate face à ce que le constitutionnaliste Javier Pérez Royo a qualifié de rupture de l’accord constitutionnel suite à la décision du Tribunal Constitutionnel, aucun effort n’a été entrepris pour trouver un nouveau cadre de négociation ainsi que le recommandait le Tribunal Constitutionnel lui-même dans une résolution datant du mois de mars 2014. Le Parti Populaire est arrivé au gouvernement au mois de novembre 2011, après l’adoption expresse de la contre-réforme marquée par le cent trente cinquième article de la constitution, qui priorise le remboursement de la dette au plan budgétaire. Le Parti Populaire fit le contraire de ce que le Tribunal Constitutionnel recommandait. Il s’engagea dans une défense fondamentaliste, à la lettre, de la première partie du deuxième article de la constitution, « l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les espagnols ». Une formule dictée par la hiérarchie militaire en 1978 et qui a toujours fait figure d’argument, accompagné d’une nouvelle tendance à la recentralisation politique et financière, voire même d’attaques contre la langue catalane, à la tête desquelles figurait l’ancien ministre de l'intérieur, de triste mémoire, Jorge Fernández Díaz, occupant ce poste entre 2011 et 2016.

Dans l’intervalle, la Catalogne a été le théâtre du développement de manifestations massives et pacifiques durant toutes ces années ainsi que d’une consultation populaire, le 9 novembre 2014, à laquelle, bien qu’elle n’ait pas été reconnue par l'état central, ont participé plus de deux millions de personnes. C’était une fausse illusion que de penser que ce mouvement s’écroulerait sous les effets des frustrations et des divisions internes face à l’obstruction systématique du gouvernement espagnol.

Même si ce dernier a toujours pu compter sur le soutien sans cesse plus étendu et agressif de la caverne médiatique et des chefs d'état européens. Compter là-dessus s’est révélé être un échec fracassant.

L’ouverture timide du PSOE de Pedro Sánchez à la reconnaissance de la plurinationalité de l'état espagnol n’a pas non plus obtenu d’appuis significatifs en Catalogne. A tel point que la posture de Pedro Sánchez a amorcé un virage vers le soutien au verrouillage de Mariano Rajoy, en qualifiant le référendum d’illégal et laissant la porte ouverte au retrait des urnes, déposées pour le premier octobre 2017 dans les bâtiments publics des municipalités, par la police.

Le problème n’est pas tant de trouver l’emboîtement, à l’image d’une poupée russe, d’une nation culturelle dans une nation politique espagnole, mais plutôt la reconnaissance sur une base égale de l’identité nationale catalane, de l’identité espagnole et du reste des nationalités à commencer par celles qui sont déjà reconnues dans l’actuelle constitution, les nationalités galiciennes, basques et andalouses. La proportion de personnes, surtout âgées de moins de quarante cinq ans, favorables à la tenue du référendum catalan, réclamé de manière persistante et par une majorité, augmente y compris au sein de la société espagnole. Il s’agit là d’un progrès significatif et qui, dans une large mesure, se doit au concours politique apporté par une force comme Podemos.

Il ne faut donc pas être trompé par ceux qui décrédibilisent avec les pires accusations ces millions de personnes qui, de manière continue tout au long des dernières années, réclament le droit à décider de leur avenir, y compris l’indépendance. Dès lors que la voie fédérale du statut d'autonomie a été épuisée, tout comme la volonté d’organiser un référendum négocié avec l'état espagnol, semblable à ceux qui se sont tenus au Québec ou en Ecosse, du point de vue démocratique il ne restait que la seule option consistant à reconnaître la légitimité de la convocation au référendum du premier octobre 2017 permettant à la population catalane elle-même de décider si elle souhaite ou non se séparer de l'état espagnol pour, comme cela serait souhaitable, aboutir ensuite à un nouveau type de relation, fondé sur la volonté et non la contrainte, entre tous les peuples de l'état espagnol.

Nous considérons, en outre, que notre soutien est cohérent avec ce qui était affirmé dans le manifeste de fondation de Podemos dans la perspective des élections européennes du mois de mai 2014, « une candidature qui, face à des gouvernements au service de la minorité d'un pour cent, revendique une démocratie réelle basée sur la souveraineté des peuples et de leur droit à décider librement et de manière solidaire de leur avenir. La démocratie ne nous effraie pas, nous autres démocrates, nous sommes heureux du fait que les écossais et les catalans puissent discuter et décider de l’avenir qu’ils souhaitent. Par conséquent, une candidature qui soutient la tenue de la consultation convoquée en Catalogne le 9 novembre 2014 ».

Face à ceux qui regardent atterrés, d’en haut, le référendum du premier octobre 2017 comme une sorte de cataclysme, nous, ceux et celles d’en bas, devrions observer la scène comme un moment, qui ne peut être différé, de régénération démocratique et de redéfinition des logiques de la participation en politique entre égaux. Car nous sommes convaincues que la tenue dans des conditions de liberté et avec toutes les garanties possibles du référendum du premier octobre 2017, et non son interdiction, contribuera, quel qu’en soit le résultat, à l’approfondissement de la démocratie. Et cela encouragera ceux et celles, en dehors de la Catalogne, qui continuent à miser sur le droit à décider sur tout ce qui touche à nos vies ainsi qu’à nos droits et libertés face au régime et à la troïka du Fonds Monétaire International (FMI), de la Banque Centrale Européenne (BCE) et de la commission européenne.

Le moment est venu de briser les cadenas de la transition de 1978, dont la fermeture a été justifiée en raison du bruit des sabres, la menace d’un coup de force militaire. Le premier de ces cadenas n’est autre que le modèle d'état. Viendra peut-être ensuite l’ouverture d’autres, tels que la fin du régime de l’oubli et de l’impunité des crimes du franquisme, de la nécessité que les droits sociaux tout comme ceux du logement et du travail soient effectifs et donc que soit obligatoire le respect de ces derniers par les pouvoirs publics ou le chef de l'état, d’origine héréditaire et congénital. Nous voulons, en effet, rompre les cadenas. Mais si le gouvernement du parti le plus corrompu d’Europe, le Parti Populaire, a décidé, de connivence avec le PSOE de Pedro Sánchez, pas si nouveau que cela, de placer des cadenas à l’entrée des collèges électoraux et de séquestrer les urnes, selon une mise en scène honteuse rappelant la dictature orwéllienne, que cela ne soit pas fait, au moins, en notre nom, ni en celui de la démocratie.

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