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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 19:25

 

 

http://www.liberation.fr/planete/2017/09/05/dreamers-trump-brise-le-reve-des-jeunes-immigres-clandestins_1594362

 

Donald Trump brise le rêve des jeunes immigrés clandestins

 

Par Frédéric Autran

 

Mardi 5 Septembre 2017

 

Après des mois d'hésitation, le président américain a annoncé la fin du programme Deferred Action for Childhood Arrivals (DACA), mis en place en 2012 par Barack Obama pour protéger les immigrés arrivés très jeunes aux Etats-Unis. C'est un choc pour les huit cent mille bénéficiaires.

Pour la première fois de sa présidence, Donald Trump, plutôt du genre à ne douter de rien et surtout pas de lui-même donne le sentiment de ne pas assumer pleinement l’une de ses décisions. En l’occurrence, celle, très controversée, de supprimer progressivement le programme DACA, mis en place à l’été 2012 par Barack Obama pour protéger les jeunes immigrés entrés illégalement aux Etats-Unis.

Signe du malaise que suscite chez lui ce sujet, Donald Trump a préféré ne pas annoncer lui-même l’abrogation du programme, dépêchant au front son ministre de la justice, Jeff Sessions, partisan d’une ligne dure en matière d’immigration. Dans une déclaration à la presse, non suivie de questions, Jeff Sessions a détaillé le plan de la Maison Blanche qui, en réalité, n’en est pas vraiment un puisqu’il renvoie la balle au congrès.

La fin du programme DACA, « un abus de pouvoir exécutif », sera effective dans six mois, le temps, a précisé Jeff Sessions, de laisser les parlementaires trouver une solution, « s’ils le décident ». Peu avant sur Twitter, Donald Trump avait confirmé sa volonté de laisser le congrès gérer le dossier, « congrès, prépare-toi à faire ton boulot ».

L’adoption sous six mois d’une réforme migratoire semble toutefois très hypothétique, tant démocrates et républicains s’écharpent sur ce sujet depuis des années. Le surnom des bénéficiaires du programme DACA, les dreamers fait d’ailleurs référence au Dream Act, un projet de loi régularisant définitivement ces jeunes immigrés. Déposé en 2001, il a végété pendant de longues années au Capitole avant de tomber aux oubliettes. Au mois de juin 2012, excédé par l’impasse parlementaire, Barack Obama avait décidé d’agir par décret pour offrir une protection temporaire à ces jeunes.

Pour bénéficier du programme DACA, les jeunes devaient remplir plusieurs conditions, avoir au moins quinze ans, être entré aux Etats-Unis avant 2007 et avant l’âge de seize ans, avoir un casier judiciaire vierge et être scolarisé ou, pour les plus âgés, avoir obtenu l’équivalent du baccalauréat ou avoir servi dans l’armée américaine. Selon le Migration Policy Institute, environ un million trois cent mille jeunes remplissent l’ensemble de ces critères.

Depuis 2012, près de huit cent mille d’entre eux ont accompli les démarches avec succès, obtenant un permis de séjour et de travail temporaire, renouvelable tous les deux ans. A compter du Mardi 5 Septembre 2017, aucune nouvelle demande de protection ne sera acceptée.

Une fois privés de cette protection légale, les dreamers retourneront à une vie de clandestinité. Et se retrouveront à nouveau sous la menace d’une expulsion, même si l’administration de Donald Trump assure que la priorité demeure d’expulser les immigrés condamnés par la justice.

« L’administration a toutes les informations à mon sujet, mon adresse et mes coordonnées », explique à Libération Adriana, vingt deux ans, qui vit à Dallas et qui redoute désormais d’être expulsée. « Je suis arrivée aux Etats-Unis à six ans et je ne connais rien du Mexique où je suis née. Mon mari est mexicain, nous avons quatre enfants de un à quatre ans et ils sont tous des citoyens américains. Je n’ai qu’une envie, les prendre dans mes bras et pleurer », ajoute la mère de famille qui préfère que son nom de famille reste anonyme. Selon une récente étude menée par un professeur de l’université de San Diego, les bénéficiaires du programme DACA avaient en moyenne six ans et demi lorsqu’ils sont arrivés sur le territoire américain, le plus souvent en compagnie de leurs parents.

Alessandra, vingt trois ans, est arrivée aux Etats-Unis à l’âge de sept ans, en compagnie de ses parents, de son frère et de sa sœur, aujourd’hui âgés de dix huit et de vingt ans. « Grâce au programme DACA, j’ai pu obtenir un emploi d’aide-soignante que j’adore. Ma sœur a pu obtenir un diplôme d’infirmière et mon frère est en train d’étudier à l’université pour devenir radiologue », témoigne la jeune mexicaine qui vit dans le Colorado. « La décision de Donald Trump affecte tous nos rêves, notre travail et notre futur. Elle décuple nos peurs », ajoute Alessandra, mère de deux enfants américains.

Au cours de sa campagne, désireux d’apparaître comme un apôtre de la tolérance zéro en matière d’immigration illégale, Donald Trump avait promis de mettre fin au programme DACA.

Une fois à la Maison Blanche, il a toutefois assoupli son discours. « Nous ferons preuve d’un grand coeur envers ces enfants absolument incroyables », répondait-il au mois de février 2017 à une question sur le programme DACA, reconnaissant qu’il s’agissait pour lui d’un sujet très difficile.

Pendant des mois, le milliardaire a été tiraillé entre les deux factions rivales au sein de la Maison Blanche. D’un côté, les partisans d’une ligne dure, son conseiller stratégique Steve Bannon, viré récemment mais toujours influent, Jeff Sessions et son conseiller Stephen Miller ont poussé Donald Trump à tenir sa promesse pour ne pas entamer son image d’extrême fermeté. De l’autre, le camp des modérés, sa fille Ivanka Trump, son gendre Jared Kushner et plus récemment son nouveau chef de cabinet John Kelly, a tenté de le convaincre de préserver le programme DACA, un programme soutenu par soixante quatre pour cent des américains selon un récent sondage de la chaîne de télévision National Broadcasting Company (NBC) News.

Ces dernières semaines et plus encore ces derniers jours, la pression s’est accentuée sur la Maison Blanche. Jeudi 31 Août 2017, des centaines de patrons, dont ceux d’Apple, de Facebook, de Google et de Microsoft, ont écrit à Donald Trump pour soutenir le programme DACA, mettant en garde le président contre les conséquences économiques de sa suppression. De nombreux élus démocrates et plusieurs figures républicaines, dont le président de la chambre des représentants, Paul Ryan, et le gouverneur de Floride, Rick Scott, ont également plaidé pour la clémence. A l’inverse, dès le mois de juin 2017, les procureurs de dix états républicains, menés par le procureur général du Texas, Ken Paxton, avaient promis de porter plainte contre l’administration de Donald Trump si le président n’annonçait pas avant le Mardi 5 Septembre 2017 le démantèlement du programme mis en place par Barack Obama. Au dernier jour de cet ultimatum, Donald Trump a donc cédé.

L’annonce de la suppression du programme a déclenché une avalanche de condamnations. « Dans une présidence qui est déjà la plus inhumaine des temps modernes, c’est la décision la plus cruelle prise jusqu’à présent par le président Donald Trump. Il inflige des souffrances aux enfants, il fait des ravages au sein des familles et il jette une grenade à des immigrés qui font partie de l’âme de notre nation. Le président est tombé un peu plus bas dans l’abject », a réagi dans un communiqué cinglant Steven Goldstein, directeur exécutif du centre Anne-Frank pour le respect mutuel, une organisation américaine de défense des droits de l’homme.

« Révoquer le programme DACA est peut-être la chose la plus cruelle et insensible qu’un président ait jamais faite. C'est l'exact opposé de ce qui fait l’Amérique », a commenté sur Twitter le sénateur démocrate de Pennsylvanie, Daylin Leach. D’autres, comme l’ancien porte-parole d’Hillary Clinton, Brian Fallon, ont préféré mettre en avant l’exemple d’Alonso Guillen, un dreamer du Texas de trente et un ans, mort noyé la semaine dernière en tentant de sauver des victimes de l’ouragan Harvey.

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