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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 17:19
Washington en guerre "des deux côtés de la frontière" afghano-pakistanaise


LE MONDE | 13.09.08 | 13h38  •  Mis à jour le 13.09.08 | 13h38


 
La guerre en Afghanistan s'est étendue sur le sol du pays voisin, le Pakistan. Un véritable nouveau front s'est ouvert de l'autre côté de la frontière afghane, à l'Est, dans cette région semi-autonome, régie selon la loi de l'ancienne colonie anglaise, et connue sous le nom de "zones tribales".

 

Le chef d'état-major de l'armée américaine, l'amiral Michael Mullen, a confirmé, le 10 septembre, avoir ordonné de "bâtir une stratégie" pour combattre les talibans "des deux côtés de la frontière". Il ne s'agit plus seulement de répondre aux tirs ou d'envoyer des drones sur les zones tribales. Le président des Etats-Unis a autorisé en juillet, selon le New York Times, l'armée américaine à intervenir dans ces régions sans l'accord d'Islamabad. La légitime défense a cédé le pas à l'offensive, au nom d'un dogme issu des écoles militaires : une insurrection disposant d'un sanctuaire est imbattable.


En sept ans, depuis leur défaite à Kaboul, les talibans et leurs alliés d'Al-Qaida ont annexé ces zones tribales pakistanaises. Ils ont fait place nette en tuant près de 150 chefs tribaux locaux qui s'opposaient à leur emprise. Ils sont devenus des interlocuteurs incontournables du jeu politique pakistanais. Leurs relations avec les autorités d'Islamabad ont alterné, depuis 2005, entre période d'accords et de répression parfois sanglante. Néanmoins, la crainte qu'ils inspirent aux gardes frontières et à la troupe pakistanaise, les campagnes d'attentats-suicides qui menacent le reste du pays atténuent la pression.


De plus, les liens tissés par ces islamistes radicaux au sein de l'armée et des services secrets militaires (ISI) pakistanais, lors de la guerre contre les Soviétiques ou lors des actions de guérilla au Cachemire contre l'éternel rival indien, assurent des protections d'autant plus pérennes qu'elles s'appuient, souvent, sur une conception commune de l'islam.


Après l'attentat perpétré contre l'ambassade d'Inde à Kaboul, le 7 juillet, les services de renseignements américains ont soumis au premier ministre pakistanais des écoutes téléphoniques montrant les liens existant entre les auteurs de l'attaque et l'ISI. Le chef de guerre afghan Jallaludin Haqqani, ministre des affaires tribales de l'ex-gouvernement taliban, était en contact avec des officiers de l'ISI. De même, Kaboul a officiellement qualifié le mollah taliban Nasrullah d'"agent de l'ISI".


Du côté pakistanais de cette frontière de 1 360 kilomètres, surnommée par les soldats occidentaux "la ligne zéro", une quarantaine de mouvements extrémistes ont fait allégeance à Baitullah Mehsud, fer de lance de la jeune génération talibane pakistanaise. Adoubée par son maître afghan, le mollah Omar, Mehsud, installé dans le Sud-Waziristan, tire sa force de ses alliances et de l'unification des mouvements radicaux unis sous la bannière du Tehrik-e-taliban Pakistan (Mouvement des talibans du Pakistan, TTP).


Le TTP a aussi lié son destin à Al-Qaida. Les services de renseignements américains basés à Khost, dans le sud-est de l'Afghanistan, recensent, selon un officier, près de 150 camps d'entraînements tout du long de la frontière. De la petite cour intérieure d'une maison au camp retranché, ces centres fournissent les troupes qui alimentent à la fois l'insurrection contre les forces occidentales en Afghanistan et contre l'armée d'Islamabad au Pakistan.


Mehsud peut compter sur plus de 50 000 partisans et des représentants du TTP installés dans toute la province du nord-ouest du Pakistan jusqu'à la bordure nord des zones tribales, dans la vallée de Swat. Le maulana Qazi Fazlullah a été l'un des précurseurs, au printemps 2008, des accords de paix avec le gouvernement provincial de Peshawar, après avoir dirigé la rébellion. Les accords à peine signés, il a fait brûler des écoles de filles et leur a interdit la vaccination au nom de l'application de la charia. Et il dirige une radio pirate, ce qui lui vaut le surnom de "mollah FM".


Dans l'agence tribale de Bajaur, voisine de la vallée de Swat, se trouve l'un des foyers les plus virulents de l'opposition à Islamabad et l'un des réservoirs des troupes talibanes en Afghanistan. Le mouvement Tehrik Nifaz Shariat-e-Mohammadi (TNSM) soutient les talibans de Mehsud. Son chef local, Faqir Mohammed, aurait été tué le 9 août, selon l'armée pakistanaise, mais le fondateur du mouvement, Sufi Mohammed, a été libéré en mai.Le TNSM revendique 10 000 combattants.


Les groupes, mêmes proches idéologiquement, qui refusent de faire allégeance, comme le Mouvement pour la promotion de la vertu et la suppression du vice, dirigé par Haji Namdar, sont menacés par le TTP et ses alliés. Namdar a été tué en juillet, dans la région de Khyber, par son garde du corps, manipulé par le groupe de Hakeemullah, un lieutenant de Mehsud.


Pour réduire la résistance des opposants dans les Nord et Sud-Waziristan, Mehsud s'est aussi appuyé sur un groupe de quelques centaines d'Ouzbeks dirigés par Tahir Yuldachev et réfugiés dans les zones tribales après la chute des talibans.


Enfin, le mouvement Lashkar-e-Taiba, qui a surtout alimenté la guérilla anti-indienne au Cachemire, oeuvre également dans la région de Bajaur et dans la province afghane voisine de Kunar. Ce groupe reste autonome par rapport au TTP de Mehsud mais se dit prêt à le soutenir en cas de besoin.


Jacques Follorou

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