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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 17:05

Travolta, peut-il apporter de l’espoir aux ghettos oubliés ?

 

Il y a trois ans, des jeunes mécontents ont mis le feu en banlieue un peu partout en France. Maintenant, l'industrie du cinéma est en tournage dans les plus pauvres banlieues parisiennes pour essayer de lancer la reconstruction. Mais qu’est ce qui va se passer quand ils partent ?, demande John Lichfield.

 

The Independent

Le jeudi 9 octobre 2008

 

Une équipe de tournage arrivera la semaine prochaine dans une cité sale, semi-abandonnée, jonchée de graffitis et située à l'extrémité nord-est de Paris. Parmi les acteurs, il y aura l'un des plus célèbres visages du cinéma mondial : John Travolta. Le nom de l'emplacement du film est devenu presque aussi célèbre, ou tristement célèbre. Les Bosquets est l'une des deux cités à la limite de Montfermeil et de Clichy-sous-Bois, qui étaient le point de départ d'émeutes, qui se sont étendues aux pauvres banlieues multiethniques de presque toutes les grandes villes de France en Octobre 2005.

 

Travolta va arriver jeudi aux Bosquets pour filmer quelques scènes de « Paris With Love », un thriller d’espionnage, une production française en langue anglaise. La plus grande partie du film, qui n’a rien à voir avec les problèmes des « banlieues » ou les cités, sera filmée en plein Paris ou ailleurs.

 

La décision de tourner dans les Bosquets fait partie d'une campagne du célèbre producteur français, Luc Besson, pour relancer l'économie et pour utiliser les talents des banlieues. Son choix a été accueilli par les résidents avec un mélange d'excitation et de désespoir. De l'excitation, parce que 100 personnes de la cité des Bosquets (où 40 pour cent sont sans emploi) ont été engagées comme figurants ou comme gardes de sécurité à 100€ par jour. Du désespoir, car une fois l'équipe de tournage partie, beaucoup de monde a peur que la cité se replonge dans son habituel et immuable état de privation et de promesses rompues.

 

Mamoudou, 24 ans, un jeune homme d'origine malienne, était debout avec quatre autres jeunes hommes sans emploi, au pied d'une cage d’ascenseur magnifiquement décorées avec des graffitis. A quelques mètres de là, il y avait bâtiment semi abandonné sélectionné pour le film de Travolta. « OK, nous sommes maintenant une attraction touristique », a-t-il dit. « Maintenant, les gens veulent faire des films ici. Génial. Je n'ai rien contre cela. Mais va-t-il me donner un boulot, un véritable boulot, un boulot permanent ? No. Ensuite, nous serons tous dans la même merde comme nous sommes maintenant ».

 

Après les émeutes, des politiciens français ont renouvelé leurs promesses, souvent répétées, d’une aide économique massive en faveur des banlieues pauvres et multiethniques de la plupart des villes françaises. Le Président Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir il y a 20 mois, en promettant un « Plan Marshall » pour les banlieues, qui fournirait des emplois,  rénoverait les maisons et améliorerait des liaisons de transport souvent horribles. Le plan « Espoir Banlieues » a été lancé en février par Fadela Amara, secrétaire d’état chargée de la politique de la ville. Mme Amara, féministe de gauche d'origine algérienne, est elle-même un symbole important des efforts du Président pour effacer la discrimination raciale et les obstacles politiques. Le problème est que son plan a jusqu'ici produit très peu d’effet - et presque rien pour des endroits comme la cité des Bosquets et sa jumelle, la cité de la Forestière. Le gouvernement dit qu'il a l'intention de « concentrer » les aides sur les régions les plus pauvres. En conséquence, l'argent a été enlevé aux villes prospères telles que Lourdes et Chantilly, où il n'aurait jamais dû être dépensé en premier lieu. Bizarrement, l’argent a également été éloigné de certaines banlieues pauvres de Paris, dont Clichy-sous-Bois.

 

Ladj Ly, 28 ans, est un producteur de film d'origine malienne des Bosquets. Son documentaire laconique et puissant sur les origines des émeutes, qui a commencé lorsque deux adolescents sont morts alors qu’ils étaient poursuivis par la police, a connu un grand succès à la télévision française et sur Internet. Trois ans plus tard, qu’est ce qui a changé ? « J’en ai assez de répondre à cette question et j’en ai assez d'avoir à donner la même réponse », dit M. Ly. « Non, rien n'a changé pour la majorité des gens ici, sauf pour le pire. OK, les bus circulent jusqu'à plus tard dans la nuit, mais vous avez toujours à faire trois correspondances pour se rendre à Paris. Les emplois sont toujours aussi rares que jamais ».

 

« Mais, oui, je suppose qu’il y a quelque chose de nouveau et que c'est une sorte de nettoyage ethnique. Quelques-uns des pires immeubles sont enfin en cours de rénovation ou de démolition après des années d'attente. Mais qui en bénéficiera ? Pas les gens qui ont souffert ici tout ce temps. Ils sont en train d’être déplacés à d'autres ghettos plus loin. Ils essaient de changer l'image de la région en changeant la population. Les nouveaux appartements rénovés vont, dans des rares cas, aux résidents des Bosquets. Dans la plupart des cas, ils vont aux nouveaux arrivants, qui sont -- surprise, surprise -- gentils et blancs ».

 

M. Ly a pris The Independent faire un tour dans les deux célèbres cités, qui furent une fois des modèles du modernisme des années 1960. Maintenant, elles sont les maisons incroyablement négligées, exiguës et pourries des personnes d'une vingtaine d’ethnies différentes, mais majoritairement des Nord-Africains, des Maliens, des Turcs et des Pakistanais. Certains appartements dans les Bosquets ont été démolis. L’immeuble utilisé pour le film de Travolta de 38 millions d’euros doit être effacé d'ici la fin de l'année. D'autres tours ont été miraculeusement transformées de bâtiments sales, gris, et couverts de graffitis en de structures agréables, fraichement peintes en blanc et crème ou en jaune.

 

M. Ly était réticent de nous laisser s’approcher des jeunes traînant dans la cité. « Trop compliqué », dit-il. Il nous a tout de même présentés à Mamoudou et ses amis. Les avis étaient partagés sur le nouveau statut des Bosquets comme un lieu de film. Hymed, 24 ans, dont la famille vient de l'île Maurice, a déclaré : « Je suis pour ce film. Si ça fait parler les gens de cet endroit et ça apporte un peu d'argent, alors, je suis pour ».

 

Mamoudou s’est plaint que toute bénéfice serait de courte durée - et perverse. « Les gens vont penser que la vie ici est géniale, car nous voyons des stars de cinéma marcher dans la rue », a t-il dit. « Dites-leur ce qui se passe réellement. Ils embellissent quelques appartements, enfin, mais ensuite ils mettent les loyers si élevés que la population locale est poussée à partir ».

 

http://www.independent.co.uk/news/world/americas/can-travolta-bring-hope-to-the-forgotten-ghettoes-955507.html



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