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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 21:44

         

  Compte rendu de la Réunion du Samedi 18 octobre

Riche et passionnante réunion ce samedi 18 octobre à Paris, autour de l’analyse des racines et conséquences économiques, politiques et sociales de la crise économique mondiale. Réunissant plus d’une quinzaine de militants intervenant soit dans la construction du NPA, soit dans « Forces militantes » ou PRS de la gauche du PS, des militants de sensibilité libertaire ou investis dans l’ activité syndicale lutte de classes, dans la continuité de l’ activité de Comités unitaires issus de la lutte pour le « non » au traité constitutionnel européen, le débat réalisé ce jour là est l’expression du véritable besoin de mener jusqu’au bout un échange démocratique entre militants restés fidèles à la nécessité d’en finir avec le régime capitaliste, pour le socialisme maintenant, même s’ils ont fait ces derniers temps des expériences différentes.

Ce débat est d’autant plus une nécessité que, comme nous avons été d’accord de l’établir,  nous sommes entrés dans une nouvelle période historique celle qui voit le capitalisme se heurter de plein fouet à ses propres  limites, entraînant le monde dans une crise économique mondiale dont on a du mal à imaginer la violence et les formes,  menant en tout cas l’ ensemble de l’ humanité dans une véritable catastrophe. Une période où des millions d’hommes et de femmes  dont beaucoup portaient déjà un diagnostic négatif sur l’avenir que leur réserve le système, sont aujourd’hui contraints de se poser le problème: Comment les empêcher de nuire et comment  agir ?

Chacun est bien conscient que  la réponse va bien au delà de simples réponses de techniques économiques, qu’elle est profondément politique.

Pourtant il nous était indispensable d’extraire du chaos des évènements actuels la logique des racines de cette crise économique majeure. C’est ce à quoi s’attache dans un exposé introductif Robert Rollinat. Il est impossible de résumer son examen critique, complexe et rigoureux qui retrace le cours du capitalisme et de la lutte de classes depuis la seconde guerre mondiale, le tournant des années 70 et les tentatives du système de repousser jusqu’ à aujourd’hui les limites de ses difficultés à reproduire et réaliser son taux de profit extrait de la plus value produite par l’ exploitation du salariat. Le camarade Robert Rollinat a entrepris la rédaction d’un ouvrage : « La crise : une analyse marxiste »  dont nous vous informerons de la parution.

Une première discussion se mène sur la portée politique et sociale causée par la crise. Celle-ci provoque une panique qui répercute sur tous les gouvernements et formations bourgeoises. Car nous entrons dans une récession qui entraînera la mise au chômage de millions de personnes, des centaines de nouvelles émeutes contre la faim, des centaines de milliers de vies brisées. La classe dominante est contrainte de se repositionner, changeant de discours à 100%. Quand la classe dominante tient un discours qui n’est plus cohérent et qu’elle doit continuer à diriger on change de période et on entre dans une crise culturelle de commandement  D’où la tentative d’ obtenir l’unité nationale tout en s’orientant en même temps sur le maximum de répression. S’ exprime ainsi une véritable panique qui ne peut conduire qu’ à une situation confuse et chaotique. Quand 25% de la flotte qui transporte les marchandises élaborées en Chine viennent d’être mis à quai, si la Chine et le Japon tournent aussi vers la récession en fonction de la dépendance et de l’ imbrication  de leur économie avec l’économie américaine, nous risquons alors  de plonger dans la dépression.

Cela  conduit à l’explosion sociale. Ainsi on donne peu d’informations sur les multiples manifestations populaires aux USA qui ont suivi l’annonce de la première version du plan Paulson de sauvetage des banques et qui ont en partie contraint à une réélaboration de ce dernier. Et depuis quelques semaines les employés de Boeing l’une des principales entreprises américaines se maintiennent dans la grève. L’ entrée indépendante des salariés en lutte est la crainte majeure des gouvernants.

Dans ce sens une ligne de front est établie par Sarkozy : la discussion est possible avec tout le monde pour «  refonder » le capitalisme sauf avec « les collectivistes », c'est-à-dire avec toute force qui voudrait toucher à la propriété privée. A partir de là toutes les lignes régulationnistes sont appelées par Sarkozy à une union nationale, appel que les éditorialistes bourgeois commentent en disant: « Même s’il n’obtient pas formellement l’unité nationale, l’essentiel c’est le consensus ».

C’est ce qui ne manque pas de se produire.

Des camarades rendent compte du comment les dirigeants du PS ont été pris à     contre-pied par la crise, eux qui venaient d’enterrer le socialisme et d’ idéaliser « l’économie de   marché » dans leur nouvelle déclaration de principes. A la hâte chacun dans le PS s’efforce de se resituer sur l’échelle de la régulation du capitalisme. Comme toute la social démocratie internationale qui subit la crise sans réaction. Ainsi face aux mesures de Sarkozy de renflouement des banques, le groupe parlementaire  du PS, à part quelques très rares exceptions (celle de Mélenchon (Sénat) et de Marc Dolez (Députés)) a réalisé le consensus sur une abstention « pour ne pas faire obstacle au sauvetage des banques » engagé par Sarkozy.

Ce consensus du groupe parlementaire du PS laisse présager de nouvelles synthèses comme celle qui rassembla au Congrès du Mans les partisans du « oui » et ceux du « non » au projet de constitution européenne, synthèse qui ouvrit la voie à la candidature de Ségolène Royal, à la défaite politique face à Sarkozy, et au passage d’une première couche de cadres du PS au gouvernement Sarkozy. Pourtant selon le témoignage de certains camarades, dans le cadre de la crise et comme expression de la politisation de la société française, quand dans les AG de préparation du Congrès, une position pour un gouvernement de rupture avec le système capitaliste, ses contre réformes et ses traités européens « de concurrence libre et non faussée » est défendue sans complexe,  elle rencontre une vraie attention qui fait écho aux  opinions de nombreux déçus du PS ayant abandonné ce parti sans avoir trouvé encore une voie de réorganisation.


Une réflexion tendue affleure parmi des militants tentant de secouer le carcan du système des diverses « écuries » engagées dans  le consensus régulationniste,  afin de chercher à répondre aux urgences sociales et politiques du moment.     
     
La discussion s’engage sur quelle politique opposer face à ce capitalisme du « désastre » et sur les mots d’ordre qu’il convient de mettre en avant.

Un camarade avance : Le combat politique va s’ordonner sur cette réflexion : Pourquoi payerions nous leur crise ? Il met en avant quelques propositions transitoires pour combattre : liquidation des paradis fiscaux, réintroduction du contrôle des changes, réalisation de véritables nationalisations bancaires sans indemnisation ni rachat, levée du secret bancaire et contrôle non par des banquiers mais par des organisations de travailleurs, retour à des circuits d’épargne alimentant des dépenses sociales (par exemple l’aide à la construction de nouveaux logements etc…)

Au cours de la discussion il se dégage la compréhension que ces mots d’ordre, justes en soi, ne doivent pas être utilisés comme un catalogue de techniques financières et économiques et que leur utilisation dépend du rapport de force créé par le combat des salariés. Pour cela il convient d’éclairer le cadre général, expliquer et stigmatiser le système. Jamais la question du socialisme ne s’est posée de manière aussi aiguë et ce à travers une question toute simple : « Ces gens là sont dangereux pour la société, on ne doit pas leur laisser le pouvoir » ceci lié bien sûr à ce qui deviendra récurrent : « Ils trouvent des milliards pour sauver les banques et pour nous 100 euros c’est trop » ! Le mot d’ordre politique « Nos vies valent plus que leur profit » répond certes au contexte présent mais il doit trouver ses compléments sur le problème du pouvoir politique. Car poser le problème politique du pouvoir démocratique dans une campagne de propagande, d’agitation et d’analyse est une urgence. C’est cette perspective qui permet de tracer un cadre où la lutte pour les revendications  inscrit son horizon.

Des camarades témoignent de leur expérience au sein des comités pour un NPA et de la difficulté à dégager cette ligne politique. Même si la situation est hétérogène d’un comité à l’ autre, souvent les réunions publiques se limitent à faire un constat des attaques subies par la classe des salariés et à l’exigence d’une action « tous ensemble » tournée en direction  des bureaucraties  syndicales, lesquelles saucissonnent les luttes en s’adaptant à travers « le dialogue social » aux contre réformes du gouvernement. C’est un cercle vicieux. Ces camarades ont parfois le sentiment que la profondeur de la crise et de l’ampleur de ses conséquences frappe de sidération même parfois les cadres les plus radicaux. La ligue a fait le pari courageux et positif de s’ouvrir et d’ouvrir publiquement aux militants qui intègrent ces comités, les débats internes qui la traversent et dont beaucoup tournent autour de la difficulté de sortir du statut d’opposant aux directions des partis traditionnels et donc dépendant de leurs initiatives ou de l’absence d’elles. Pour que le NPA puisse regrouper la large couche de salariés qui cherchent une issue, il convient qu’ il se hisse jusqu’à ce combat politique en se portant par exemple candidat à un gouvernement de rupture avec le capitalisme, les mesures qu’il prendrait, les forces sur lesquelles il s’appuierait.

Le camarade libertaire sans s’opposer aux tentatives de regroupements politiques constate que  ceux-ci sont incapables d’avoir l’écoute de la masse de la jeunesse. Il évoque les nombreux groupes de jeunes qui s’engagent dans  des actions concrètes de rupture dégageant une pédagogie anti capitaliste, sur le terrain de la lutte contre la répression, sur la solidarité avec les Sans papiers etc.... D’ autres camarades font allusion à des groupes qui pratiquent ce type d’action comme « La Pelle et la pioche » tout en cherchant la cohérence d’une action politique en participant à la construction des comités pour un NPA,  ou comme « Jeudi noir » et « Macaq » dont certains animateurs sont liés  à la gauche rupturiste du PS.

La forme « parti » est elle en elle-même un obstacle à la libre initiative des    militants ? Ne voit on pas  cependant que la forme « réseaux » qu’ on lui oppose parfois, n’est pas en elle-même une garantie pour dégager cette libre initiative. Des nœuds de réseaux se constituent où il y a inégalité entre les militants. Certains disposent de plus d’ informations que d’autres, parfois une rétention d’information se constitue. Comment se donner les conditions d’un débat démocratique ?   

La discussion évoque alors l’ émergence d’une nouvelle individualité militante dans le cadre de la décomposition des vieux appareils des partis traditionnels englués dans leur défense du système capitaliste. On ne vote plus aujourd’hui par discipline et adhésion à un parti, on se sert du vote comme d’une arme conjoncturelle pour battre tel candidat de droite ou pour punir un social- libéral qui a trahi notre confiance, en fonction d’une appréciation sur la situation politique et les rapports de force. Des militants n’ hésitent plus à prendre l’ initiative de s’adresser personnellement aux autres salariés leur expliquant les raisons pour lesquelles ils ont décidé de s’engager avec d’autres dans telle ou telle action et comment ils se situent par là dans l’ histoire. Ces textes sont lus avec la plus grande attention. Il se dégage ainsi l’ idée qu’il convient de se parler, d’échanger, de confronter . Des millions d’ hommes et de femmes engagent une réflexion politique hors du carcan des appareils. Tout en subissant dans leur grande masse le poids des défaites reçues depuis plus de vingt ans, ils se déterminent aussi dans l’ action revendicative ou autre après une réflexion sur les conditions dans lesquelles elles sont décidées. S’ils peuvent se saisir du combat ils n’ hésitent pas à s’engager dans des combats extrêmement courageux comme dans les grands magasins ou les fast food ou bien dans les combats du « réseau éducation sans frontières » ou la solidarité avec les SDF ou les Sans Papiers.

Pourtant le rouleau compresseur et de la société dominante et de ses appareils d’état et de propagande pèsent très fort. L’ absence d’une recomposition politique et syndicale démocratique de la conscience permettant d’envisager un autre horizon que celui du capitalisme joue comme un facteur de dislocation  et d’attentisme. Il y a aussi le besoin d’assimiler, de comprendre la période, un besoin de mûrissement. Comment jouer notre rôle d’éveilleurs, d’alertes ? Comment aider à ce que  se dégage la voie de la lutte contre le système capitaliste, pour le socialisme ? Pourtant les conséquences dramatiques de la crise du système ne peuvent que contraindre à une explosion sociale dont les formes et l’ ampleur ne peuvent être prévues. Celle ci quand elle aura lieu disposera t elle d’un cadre militant reconstruit, d’une véritable recomposition démocratique politique et syndicale aboutie ? Cela est peu probable même s’il convient d’ intervenir pour en faciliter l’ émergence

Chacun des militants réunis est engagé dans une intervention. Tous sentent le besoin de disposer d’un cadre de débat et d’intervention pour échanger librement sans les limites que posent souvent les pesanteurs imposées par les appareils militants saisis de sidération face aux situations nouvelles et la conscience de leurs responsabilités. La proposition de constituer un CLUB de réflexion critique et d’intervention, un « Club pour le socialisme maintenant » a traversé toute la réunion.  Un club inscrit dans la tradition des clubs de la « révolution de 48 » ou de « La Commune de Paris » où dans le foisonnement de la réflexion chacun pouvait passer d’un club à l’autre tout en luttant et en  cherchant à construire un instrument d’émancipation efficace.

Au centre de son fonctionnement et de son activité de réflexion doit s’exercer la démocratie la plus totale. Celle ci exige aussi que chacun prenne ses responsabilités, sans s’auto censurer, sans se contenter de déléguer à celui qui « saurait mieux », qui « dirait mieux ».

L’élaboration commune est une lutte, un engagement. La question de la démocratie dans le CLUB est une question centrale de la même manière qu’elle est une question centrale dans la lutte des classes, dans le fonctionnement des organisations des salariés et des organismes de lutte dont ils se dotent pour la mener, comme elle est centrale dans la construction d’un état débarrassé de la propriété privée des grands moyens de production et de ses appareils répressifs. Si l’ espoir qu’a soulevé la révolution d’octobre de 17 a été mis en échec c’est parce que cette question a été foulée aux pieds, de la même manière que c’est son non respect qui amène  les bureaucrates à décider contre les salariés et contre les militants. Enfin nous tenons à ce que ce CLUB soit un club dont l’ activité s’exerce avec les militants avec lesquels nous avons tissé des liens en Province, qu’il soit un CLUB Paris-Province
     
La décision est alors prise de mettre en chantier un texte pour la fondation de ce CLUB et la proposition de l’ intituler « CLUB SOCIALISME MAINTENANT » est retenue.
       
Paris 25 octobre 2008

Jean Puyade
                                                                     


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