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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 19:20


Pour Yldune Lévy et Julien Coupat, et tant d’autres

A quelques jours de la fin de l’année 2008, pendant que toutes celles et ceux qui le peuvent encore vont se réfugier dans des délires d’hyper-consommation, ou, plus raisonnablement, prendre des forces auprès de leurs familles et amis, il y a deux personnes vers lesquelles vont, plus particulièrement, mes vœux, mes souhaits.

Il s’agit de Julien Coupat et d’Yldune Lévy (oui, vous savez bien, la jeune femme que 90 % des articles ne présentent que comme "Yldune la compagne de...."). Ces deux jeunes gens ont été arrêtés le 11 novembre 2008, à Tarnac. Et depuis qu’ils ont été arrêtés, ils sont détenus. Détenus et "particulièrement surveillés". Pourquoi au juste, ont ils été arrêtés, et pourquoi sont ils détenus? Il faut le dire haut et fort aujourd’hui : POUR RIEN. Oui, POUR RIEN.

Dans un soi disant "Etat de droit", une soi disant "démocratie", régis par une soi disant "déclaration des droits de l’homme et du citoyen" qui aurait soi disant une "valeur constitutionnelle, il n’y a RIEN.

Leur dossier est vide, d’une vacuité inversement proportionnelle au zèle déployé par certains ministres du gouvernement Sarozy-Fillion pour tenter de mettre en œuvre, pourquoi pas, une "stratégie de la tension" digne des "années de plomb" italiennes.

Rappelez-vous pourtant. Le 11 novembre la France entière et au-delà découvrait Tarnac, "dangereux repaire de dangereux criminels". Là étaient terrés les membres d’un réseau de la "mouvance ultra-gauche anarco-autonome", qui étaient, c’était sûr et certain, responsables de quelques sabotages de lignes électriques (caténaires) sur des voies ferrées...et plus si besoin.

Vous me direz, on ne les a pourtant pas arrêtés pendus aux caténaires, donc on ne les a pas pris en flagrant délit ... Ben non, justement - vous imaginez bien que toutes les caténaires de France ne convergent pas à Tarnac. Mais alors? On avait, paraît-il, de très sérieux éléments pour leur mettre le grappin dessus à base de GIGN et tutti quanti, à ces 9 jeunes (qui deviendront vite "les 9 de Tarnac").

On nous avait dit, à nous (nous, "l’opinion publique", ou "le peuple", ou "les citoyens", voir "nous les gogos" c’est selon qui s’adresse à nous et ce que nous pensons être), donc, on nous avait dit qu’on allait voir ce qu’on allait voir, quelles preuves énormes et absolument indubitables de l’absolue culpabilité de ces 9 personnes on allait nous montrer. Et puis finalement, nous, le bon peuple, de plus en plus ému quand même, nous avons du constater que ce sac de preuves incontestables était vide.

En tout cas, bien trop vide pour justifier non seulement d’un maintien en détention, mais encore, d’un maintien en détention dans des conditions inhumaines, injustes (et je veux dire peut être "encore plus inhumaines" que pour les détenus de droit commun). En effet, quiconque lit de temps à autre le "Canard Enchaîné" pouvait apprendre, la semaine dernière, au détour d’une page, que (je cite) :

«Depuis un mois, à la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis, la nuit, toutes les deux heures, la lumière s’allume dans la cellule d’Yldune Lévy, présumée d’"ultragauche" saboteuse de caténaires SNCF. (…) Officiellement, c’est "pour la protéger d’elle-même". En réalité, comme le concèdent des juges en privé, il s’agit d’abord d’"attendrir la viande" de cette "dangereuse terroriste" promue par MAM ennemi public numéro un avec son compagnon Julien C. (…)

À la question de Libération (11 décembre) : "Comment s’expriment leurs velléités terroristes ?", le contrôleur général Christian Chaboud, responsable de la lutte antiterroriste, a répondu : "De par leur attitude et leur mode de vie."»

Attention donc : sachez que si votre attitude et votre mode de vie (?) ne sont pas conformes (conformes à quoi? Allez savoir...) , vous êtes déjà en mauvaise posture.

(Et si en plus vous êtes en train de lire mon texte sur "Bellaciao.org", ce dangereux site internet regroupant la fine fleur de la mouvance anarco-autonome d’ultra-gauche, selon sa Sainteté La Bible de Le Figaro, alors là , vous êtes très mal barrés).

De la même manière, on apprenait le vendredi 19 décembre dernier qu’un juge avait ordonné la remise en liberté de Julien Coupat mais que le Parquet avait immédiatement fait appel de cette ordonnance, et qu’ainsi Julien Coupat restait en prison jusqu’à nouvel ordre (ou jusqu’à Ordre Nouveau peut être ?) .

Entre temps, les 7 autres protagonistes ont été relâchés. Est-ce à dire pour autant que leur vie s’écoule à nouveau paisible, tranquille, joyeuse? Non, évidement, et loin de là. Seuls demeurent donc en prison actuellement Julien et Yldune.

Yldune, réveillée toutes les deux heures, probablement de plus en plus épuisée, le moral de plus en plus défaillant (et que cherche -t-on ainsi ? A la rendre folle? A la tuer psychologiquement?...A lui faire signer n’importe quels aveux bidons?).

Julien, dont on a moins de nouvelles "récentes" mais dont on sait que ses parents ont récemment obtenu le droit de visite, mais dont on peut imaginer qu’il subit ou a subi le même genre de traitement. Je regardais son l’intervention de son père, chez Laurent Ruquier samedi soir (tard, c’est après minuit et demie). J’ai vu un homme abasourdi, presque encore étonné de ce que vivait son fils, qui ne pouvait pas croire, presque, qu’il se passait ce qui se passait.

Un homme venu défendre aussi l’honneur et la probité de son fils, et un homme venu dénoncer aussi très courageusement ,sans fard, à mains nues, et sans avocat ni immunité parlementaire, ce qu’est ce système, ce qu’est en train de devenir ce pays depuis 3 ans.

Un homme qui, je pense, a forcé le respect et l’admiration de tous les invités présents, et de la plupart des téléspectateurs. M. Coupat, je vous dis bravo, vous avez été très juste, vos mots ont été simples, votre analyse claire, vous ’avez beaucoup touchée et attachée davantage encore à la cause de votre fils et de ses compagnons d’injustice.

Tout juste regretté-je que vous n’ayez pas été plus entouré de "personnalités" pour mener ce combat. Et moi, la question qui m’obsède, de plus en plus, c’est "pourquoi". Pourquoi sont-ils ENCORE en prison à ce jour? Pourquoi la mobilisation pour les protéger d’un système qui est manifestement devenu fou, n’est pas plus forte?

Pourquoi est-ce que encore une fois, la majorité des partis politiques et figures dites "de gauche" sont aussi muets, aphones, inaudibles, une fois passé leur petit communiqué indigné d’usage? Mais merde, que se passe-t-il dans la France aujourd’hui? Et que va-t-il se passer demain? Pas un jour sans que l’angoisse qui étreint ma poitrine depuis plusieurs semaines augmente. L’angoisse et la honte également. La honte d’être une "nationale" de ce pays croupissant, amorphe, pourri, fascisant, de ce pays qui semble renouer avec le pire de son histoire....

La honte de me dire que les bouches semblent closes, que les cœurs semblent secs, que les raisons semblent figées et les courages oubliés. J’ai l’impression d’être entrée dans un cauchemar que je ne pensais pas pouvoir vivre un jour à ce point. Un cauchemar dans lequel les soirs et les matins sont bruns.

Un cauchemar fait de chiens policiers, de surveillance généralisée, de mensonge d’Etat, de propagande outrancière, un cauchemar fait de prisons, de barreaux.

Un cauchemar où mon pays, la France, dont je porte 1/62 millionième de la responsabilité à titre individuel, continue sa descente vers le fascisme, où l’on maintient au cachot sans raison un jeune homme de mon âge, où l’on torture une jeune femme emprisonnée au nom d’une présomption de culpabilité aggravée qui ne veut pas dire son nom, aggravée par quoi d’ailleurs? Aggravée par le fait de ne pas être un mouton bêlant du capitalisme et du libéralisme.

Aussi, je dédie à Julien Coupat, à Yldune Lévy, mais aussi à Cyril Khider, à Jann-Marc Rouillan, entre autres, et plus généralement, à tous les encagés, à tous les enchaînés, à tous les suppliciés du système, à toutes les victimes de l’injustice profonde de la répression d’Etat, et de l’inhumanité totale du système carcéral, le magnifique et dernier livre du grand Jack London, "Le vagabond des étoiles".

Cet ouvrage sublime raconte les derniers mois de Darrell Standing, qui s’apprête à être pendu dans la prison d’État de Californie, à San Quentin. Il y a huit ans, alors professeur d’agronomie à l’école d’agriculture de Berkeley, il a été condamné à perpétuité pour crime passionnel.

Sur les huit années d’incarcération, il a passé cinq ans dans les ténèbres d’un cachot, surnommé la "mort vivante". En attendant l’heure fatale, il s’évade au gré de son imagination et de la puissance de son esprit, dans le passé.

Il s’imagine, il se rêve au cœur du Paris de Louis XIII sous les traits du comte Guillaume de Sainte-Maure ; comme enfant rescapé d’une caravane de pionniers massacrés par les Indiens ; en marin anglais marié à une princesse coréenne du XVIe siècle ; en centurion de Ponce Pilate au moment du procès de Jésus ; en homme des cavernes à l’aube de l’humanité...

Échappant à la souffrance de l’angoisse et aux ravages de l’enfermement et de l’isolement, par la même occasion, Darell Standing se paie le luxe d’échapper au plaisir que susciteraient chez ses geôliers, des résistances physiques qu’il sait parfaitement inutiles et vaines et qui ne lui ont valu jusqu’alors que les coups et la camisole, chaque fois plus serrée, au point de presque l’étouffer.

Ainsi, en ne leur laissant plus que son enveloppe charnelle, et en voyageant de plus en plus loin et de plus en plus longtemps dans sa tête, plongé dans une sorte de catatonie volontaire, il les contourne, il les prive de ce qui fait leur justification : mater et casser l’Autre.

Ce livre est considéré comme le dernier acte du militant socialiste acharné et de l’être extraordinairement humain que fut toute sa vie Jack London.

Tenez bon, Julien et Yldune. Vous êtes nos frères et nos sœurs, nos camarades aussi, d’une certaine manière, alors, tenez bon, nous pensons à vous, nous allons faire en sorte de nous mobiliser de plus en pus nombreux pour vous faire sortir, pour que cessent le délit d’opinion, la détention abusive, les traitements inhumains et dégradants que vivent presque tous les prisonniers de France et de Navarre. Toutes mes pensées aussi à vos familles, pour certaines très affectées par ces incarcérations, beaucoup de courage à toutes et tous. Pourvu que demain le jour se lève, et que le soleil brille enfin. L’avenir ne peut appartenir qu’à celles et ceux qui se battent pour la Liberté et le respect réel de la dignité de l’humain.
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Bellaciao
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article76605


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