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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 12:09

Le dialogue entre musulmans et juifs de France gelé par la guerre

 

Par Chloé Leprince | Rue89 | 04/01/2009 | 21H17

 

Le rapprochement entre le CFCM et le Crif pourrait ne pas survivre au regain de tension suscité par l'intervention militaire à Gaza.

 

Samedi près de 21 000 manifestants pro-palestiniens (selon la police) se sont rassemblés à Paris, alors que l'offensive terrestre de Tsahal était sur le point de démarrer, après une semaine de raids aériens sur la bande de Gaza.

 

Dimanche, c'était au tour du Crif d'appeler à une manifestation silencieuse, devant l'ambassade d'Israël à Paris, en soutien, cette fois, aux victimes civiles israéliennes. Selon les organisateurs, environ 4 000 personnes (12 000 selon les organisateurs) y ont participé, dont des personnalités comme Enrico Macias, le député-maire UMP du XVIe arrondissement Claude Goasguen, et Serge Klarsfeld, fondateur de l'association des fils et filles des déportés juifs de France.

 

Juste avant ce deuxième rassemblement, Rue89 a interviewé Richard Prasquier, qui préside l'organisation représentative juive depuis l'an dernier. Pour lui, il était temps que "les Juifs de France mais aussi tous les Parisiens" envoient un signal fort "non pas aux Palestiniens, mais au Hamas":

 

"Ma position n'est pas contre les Palestiniens, même si je suis très solidaire d'Israël. C'est contre le Hamas que je m'insurge. C'est est un obstacle à la paix, et il n'y a pas de négociation possible avec le Hamas, qui cherche les représailles et se fiche des victimes civiles, y compris chez eux, parce qu'ils ont besoin de ces morts".

 

"Le Hamas a une religion de haine et de mort. D'après l'article 7 de sa charte, je devrais être mort: ce n'est pas aux sionistes qu'ils s'en prennent mais à tous les juifs. Il en va avec le Hamas comme avec les nazis: on ne discute pas, on ne négocie pas."

 

Le dialogue entres les deux communautés avait progressé

 

A mesure que le conflit sur Gaza se durcit, une crispation vient bouleverser tout l'équilibre qui s'était installé, ces derniers mois, entre les représentants des communautés musulmanes et des juives en France.

 

Comme je le relatais il y a seulement deux semaines, le 23 décembre, à l'occasion de l'incendie criminel dans une mosquée près de Lyon, le dialogue entre les deux communautés connaissait justement des progrès sans pareil.

 

Peu après la vague de profanations islamophobes et cet incendie, Mohammed Moussaoui, qui a pris la suite de Dalil Boubaker à la tête du CFCM en juin, annonçait à Rue89 qu'il amorçait un virage, en prenant exemple sur le Crif.

 

Ce qui impliquait non seulement une mue culturelle des instances représentatives musulmanes vers un rôle plus politique que religieux, mais aussi la multiplication des relations de travail entre les deux organisations, pour "faire front commun contre les dérives". Une approche qui avait obéré la popularité -sinon la légitimité- de Mohammed Moussaoui aux yeux de sa communauté.

 

Mohammed Moussaoui critiqué par les plus radicaux

 

Ainsi, un communiqué du CFCM, qui évoquait le 24 novembre la perspective de "commissions de travail communes dédiées aux droits de l'homme, a l'éducation et aux questions internationales" , avait généré la réprobation de certaines sensibilités musulmanes. Notamment sur le Net, où Mohammed Moussaoui, pourtant peu médiatique, est peu ménagé.

 

Ainsi, le centre Zahra, dont Rue89 avait mentionné l'existence à l'occasion du spectacle de l'humoriste Dieudonné cet été, a posté sur Dailymotion cette vidéo où l'on fustige ces représentants de l'islam de France qui auraient pactisé avec "les tentacules sionistes" de "ces hypocrites" (Voir la vidéo, vers la 8e minute)

 

Sur Oumma.com, on entendait enfoncer un peu plus la légitimité de Mohammed Moussaoui en ressortant, début décembre, un communiqué remontant au 23 août, dans lequel le patron du CFCM rendait hommage aux soldats francais morts en Afghanistan (tout en regrettant les victimes civiles résultant de ce conflit):

 

"Depuis sa création, le Conseil français du culte musulman n’a cessé de susciter les critiques et les réprobations les plus vives de la communauté musulmane, le plus souvent à raison. On lui a ainsi reproché son alignement sur les pays d’origine, sa gestion néocoloniale de l’islam, son inféodation au ministère de l’Intérieur ou son manque de démocratie."

 

Le CRIF indigné par un communiqué de l'UOIF, membre du CFCM

 

Avec le durcissement du conflit israélo-palestinien, la position de Mohammed Moussaoui est plus inconfortable encore (ce dernier n'a pas encore répondu à mes demandes d'interview à l'heure où nous publions cet article).

Du côté du Crif, Richard Prasquier prend soin de dire son "respect" pour Mohammed Moussaoui, "même si nous n'avons pas la même position". Il dit lui avoir encore parlé "ces derniers jours" et être prêt à le faire "à l'occasion".

 

Toutefois, depuis leur dernière conversation téléphonique, la semaine dernière, le président du CRIF est tombé sur un communiqué de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) qu'il juge "ignoble" et qui pourrait changer la donne si Mohammed Moussaoui ne parvient pas faire valoir son autorité au sein du CFCM, dont est membre l'UOIF:

 

"Ce sont des Frères musulmans [organisation islamiste fondée en Egypte, ndlr], on le sait bien. Or ils affirment dans leur communiqué que l'offensive aérienne d'Israël sur Gaza est le pire génocide que l'humanité ait connu.

Un tel révisionnisme est intolérable. Monsieur Moussaoui n'est certes pas responsable de ce qu'écrit l'UOIF et je sais bien que l'écrasante majorité des musulmans de France ne pense pas ainsi. Mais une pause dans nos relations de coopération et de travail sera peut être nécessaire vu le contexte et vu ce que peut dire un mouvement qui est siège au CFCM."

 

Quand Attali prônait le soutien des juifs à l'émergence d'un "islam bourgeois"

 

Et au sein de la communauté juive? Richard Prasquier affirme que s'il y a bien "quelques extrémistes qui polluent le débat", il n'a pas eu vent de critiques particulières depuis que le Crif et le CFCM ont amorcé un dialogue plus nourri. Mais il précise que "les sceptiques risquent d'être plus nombreux du fait du conflit et des propos de l'UOIF".

 

Autant dire qu'il y a un monde d'ici à ce que se réalise ce que préconisait en 2007 Jacques Attali lors d'une conférence devant le Fonds social juif unifié. L'ancien conseiller de François Mitterrand y évoquait la nécessité pour les Juifs d'aider à la constitution d'un "islam bourgeois", y compris en y mettant de leur poche pour financer des imams... et des PME créées par "des gamins musulmans en banlieue".

 

Attention tout de même: l'ambition affichée par Jacques Attali n'a jamais été reprise à son compte par le Crif. Alors que le climat change radicalement, Richard Prasquier avance pour sa part que "la communauté juive n'en a pas les moyens" et que "de toutes façons, un islam bourgeois et modéré qui émergerait sous notre influence n'aurait aucune chance de se développer".

 

Modifié lundi 5 janvier à 11h20 après ajout du nombre de manifestants selon les estimations côté forces de l'ordre.

 

http://www.rue89. com/2009/ 01/04/le- dialogue- entre-musulmans- et-juifs- de-france- gele-par- la-guerre

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