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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 11:06


Publié sur Rue89 

www.rue89.com
 

Le débat israélo-palestinien tourne court à Paris

 

Par Pierre Haski

 

Le débat a tourné court. Comme prévu [1], pourrait-on ajouter. Après deux jours de « colloque scientifique » studieux sur l'état des lieux en Israël et en Palestine, la soirée de clôture, mardi à l'école normale supérieure de Paris, imaginée par Esther Benbassa [2] comme un débat avec la participation de représentants israéliens et palestiniens a été à la fois houleuse et improductive.

 

A l'extérieur de Normale Sup, rue d'Ulm, près du Panthéon à Paris, une cinquantaine de manifestants pro-palestiniens ont jeté des oeufs sur la façade pour protester contre la présence au débat d'un diplomate israélien. La police a dû assurer la protection des lieux, et, à la fin du débat, le diplomate a été exfiltré par les policiers par une porte de derrière.

 

Et à l'intérieur, outre des contestations dans la salle contre la présence du représentant de l'Etat d'Israël, il y a eu, à la tribune, un dialogue de sourds qui a montré l'ampleur du fossé actuel entre les deux peuples. Les propos léinifiants du ministre plénipotentiaire de l'ambassade d'Israël, Sammy Ravel, n'ont pas aidé, il est vrai, à jeter les bases d'un débat productif, au point que, à la fin de sa première intervention, Esther Benbassa, maîtresse de cérémonie, s'est tournée vers lui et lui a demandé sans détours : « croyez-vous à tout ce que vous dites ?  »…

 

Le diplomate israélien partageait la tribune avec Leila Shahid, représentante de l'Autorité palestinienne en Europe, ainsi qu'avec le philosophe Régis Debray, le chercheur français Alain Dieckhoff, et le chercheur israélien basé en Grande Bretagne Avi Shlaïm.

 

Dns un climat chauffé à blanc en raison du souvenir encore chaud de la guerre de Gaza en janvier dernier, et la toute fraiche constitution du gouvernement de Benyamin Netanyahou, comprenant des éléments d'extrême droite dont le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, les propos du diplomate israélien sur le « dialogue », la « paix », l'« union des modérés » de la région contre les « extrémistes » sont mal passés.

 

La colère de Leïla Shahid

 

Leïla Shahid, la représentante palestinienne, avec son habituel talent oratoire, a réagi au quart de tour aux paroles douces du représentant d'Israël :

 

« C'est une insulte de vous entendre. Vous prenez le monde occidental pour des imbéciles qui ne savent pas ce qui se passe. Ce discours de propagande ne passe plus. C'est une insulte à leur intelligence. Chaque mot est une fabrication qui ne passe plus ».

 

 

La représentante de l'Autorité palestinienne a souligné qu'en seize ans de négociations depuis la signature des accords d'Oslo en 1993, les Palestiniens « n'ont rien obtenu », ce qui, à ses yeux, enlève toute crédibilité à l'argument du diplomate attribuant l'impasse actuelle aux « terroristes du Hamas ».

 

« Ne dites pas qu'il y a d'un côté les bons Palestiniens et de l'autre les mauvais ».

 

Le philosophe Régis Debray a même poussé l'argument plus loin encore, en se demandant « à quoi bon toutes ces parlotes », au point de se faire reprendre par Leïla Shahid qui refuse de renoncer à la voie négociée. Régis Debray, auteur d'un récent « Candide en terre sainte » [3] (Gallimard), a fait valoir que la colonisation des territoires palestiniens se poursuit, réduisant les chances d'un Etat palestinien, alors que le reste du monde détourne le regard.

 

Il a expliqué qu'il avait fait un rapport aux autorités françaises après son dernier voyage en Israël et Palestine, pour attirer l'attention sur cette situation, mais qu'on lui avait répondu :

 

« vous avez raison, mais il ne faut pas le dire »…

 

Cette soirée tenait de l'impossible pari, du fait de la polarisation extrême provoquée par la guerre de Gaza et le résultat des élections israéliennes, mais aussi de ce qu'elle produit en France. On a en eu des exemples hier, entre un représentant israélien tenant un discours modéré en parfait décalage avec celui sans fioritures de son ministre, et un public lassé de discours vains sur une paix aux allures de mirage, sans cesse reportée. Pari impossible mais que l'audacieuse Esther Benbassa a quand même tenté, ce qui est tout à son honneur.

 

URL source: http://www.rue89.com/2009/04/08/le-debat-israelo-palestinien-tourne-court-a-paris

 

Liens:

 

[1] http://www.rue89.com/making-of/2009/04/06/debattre-du-proche-orient-le-pari-desther-benbassa

 

[2] http://www.rue89.com/passage-benbassa

 

[3] http://www.la-croix.com/livres/article.jsp?docId=2328271&rubId=43500

 

[4] http://www.rue89.com/making-of/2009/04/06/debattre-du-proche-orient-le-pari-desther-benbassa

 

[5] http://www.rue89.com/passage-benbassa

 

[6] http://www.parisduvivreensemble.org/

 

[7] http://fischer02003.over-blog.com/article-29718313.html

 

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